SCÈNE VL
]»"•= AMONY.
Je reçus hier une visite *de mademoiselle Méric; elle me paroît peu raisonnable, et peu respectueuse pour sa mère.
M. DESTIRAL.
C'est peut-être que vous l êtes un peu trop avec la vôtre?
m"*" AMONY.
Peut-on en faire trop pour une mère, et une mère à qui je dois tout.
M. DESTIRAL.
Vou5 ne lui devez pas plus que les autres.
m"'^ amouy.
Ah! monsieur, ne savez-vous pas les soins qu'elle a eus pour moi?
M. DESTIRAL.
C'est que vous ne connoissez que ceuxlà; mais elle n'a fait que ce que toutes les mères font.
DE MADAME DE MAlNTENON. id"^ M'^*" AMONY.
Vous me surprenez fort, je croyois lui avoir de grandes obligations.
M. DESTIRAL.
Vous êtes bonne et un peu innocente; quand votre esprit sera plus ouvert, vous verrez les choses comme elles sont.
m"^ amony.
Je ne demande qu'à les voir, et je souhaite fort d'avoir de l'esprit.
M. DESTIRAL.
Je suis ravi de vous voir ce goùt-là, et de ne pas vouloir être de ces femmes qui ne savent que certains devoirs qui ne sont que pour les petits esprits.
m"*' AMONY.
On m'a dit de vous croire en tout; c'est à vous de m'éclairer.
M. DESTIRAL.
Je le ferai de mon mieux , mais gardez moi le secret, tout le monde n'est pas capable des maximes que je veux vous donner.
IMl"*' AMONY.
Je suis secrète.
2r>4 PROVERBES
M. DESTIRAL.
MaiS) le serez-vous pour votre mère?
m"* amony.
Je ne lui ai jamais rien caché jusqu'ici.
M. DESTIRAL.
Il faut que vous appreniez à lui cacher quelque chose , si voiis voulez que je vous parle comme à une personne raisonnable.
m"* amony.
Est-ce que ma mère ne l'est pas?
M. DESTIRAL.
Elle l'est autant que son médiocre esprit le lui permet, mais je crois que le vôtre sera plus élevé.
m"'' amony.
Faites de moi ce que vous voudrez, pourvu que j'aie du mérite.
M. DESTIRAL.
Promettez -moi donc le secret?
m"* amony.
Je vous le promets, monsieur i et je vous le garderai fidèlement.
M. DESTIRAL.
Je VOUS conduirai en tout; il faut d'abord commencer par oublier tout ce que
DE MADAME DE MAlNTENON. 265
madame votre mère vous a dit, et prendre d'autres idées.
m"*" amony.
Elle m'a toujours parlé chrétiennement et raisonnablement.
M. DESTIRAL.
Il faut être chrétienne, mais non pas petitement, ni comme une bourgeoise.
m"^ AMONY.
Que faut-il faire ?
M. DESTIRAL.
Il faut donner toutes les marques extérieures de religion, et du reste ne vous en pas tourmenter.
m"® AMONY.
Et sur cet honneur qu'on m'a tant re-" commandé?
M. DESTIRAL.
Il faut tout de même en paroître remplie; mais ne 'vous en pas contraindre selon les occasions.
m"^ AMONY.
Tout ce que vous me dites m'étonne ?
M. DESTIRAL.
N'en soyez pas surprise, ce sont les premières impressions qui sont les plus
i66 PROVERBES
difficiles à effacer , mais j'espère tout de votre esprit et d'une certaine élévation de cœur que je vois en vous avec plaisir. m"*^ amony.
Est-il vrai , monsieur, qu'il y ait quelque chose de bon en moi ? Encore une fois, je m'abandonne, et je veux vous croire en tout, sans écouter mes répugnances mal fondées.