‹ Proverbes inédits. PubliésChapitre 185 sur 221 · SCÈNE IL CONSTANCE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL CONSTANCE

Quel plaisir de vous retrouver, après lane si longue séparation, ma chère sœur,

ADÉLAÏDE

11 est bien grand pour moi : mais vous me paroissez en mauvais état?

CONSTANCE

Vous n'êtes pas de même, ce me sem-^ ble, quel bonheur avez- vous trouvé?

ADÉLAÏDE

Quand la perte de nos biens nous sépara , je songeai promptement à ce que je pour rois faire pour ne pas tomber dans la

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nécessité , je pris courage, je me mis dans une chambre, et j'attirai de petites filles chez moi; je m'appliquai à leur montrer tout ce qu'on m'avoit appris dans ma jeunesse ; les parents en furent satisfaits , et il y eut de l'empressement à m'en donner, ce travail' me fournit abondamment de quoi vivre; je pris un plus grand logement, et je continue dans cet emploi, le trouvant également bon pour ma fortune et pour mon salut.

CONSTANCE

Je vous admire; mais je n*aurois jamais la force d'en faire autant, et j'aime mieux manger en repos ce que je puis trouver dans la charité de ceux qui connoissent ma misère. Voilà tout ce que j'ai fait depuis que je vous ai quittée.

ADÉLAÏDE

Quoi ! vous ne voudriez pas venir partager mon travail et mon bien ?

CONSTANCE

Non; je ne saurois rien faire.

ADÉLAÏDE

Ce malheur est plus grand que la misère. J'admirois l'autre jour deux jeunes

DE MADAME DE MAINTENOW. igS

garçons de notre quartier, l'un est né bien fait, l'autre estropié à n'avoir que les bras de libres , et tous deux dans une extrême nécessité. Celui qui est sain demande l'aumône, et l'estropié gagne, par son travail, de quoi subsister, et de quoi nourrir un autre misérable qui lui rend les services dont il a besoin.

CONSTANCE

Je n'ai jamais pu comprendre qu'on pût vivre de son travail , et j'aime mieux mourir à l'hôpital.

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