‹ Proverbes inédits. PubliésChapitre 184 sur 221 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. DE SOMBREUIL

Vous, soyez le bien-venu, monsieur; il y a long-temps que j'avois envie d'avoir rhonneur de vous voir.

M. DE SAINT-DIDIER

Je ne le désirois pas moins; mais j'ai tant d'affaires chez moi, que je ne puis guère quitter.

M. DE SOMBREUIL

Pour moi, je n*ai point d'affaire; j'ai abandonné mon bien , parce qu'il ne me rapporloit que très peu de chose. Que pouvez-vous faire du vôtre, qui vaut encore moins que le mien ?

M. DE SAINT-DIDIER

Je le fais valoir avec de la peine et du

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soin ; mais il me suffit pour ma subsistance et pour celle de toute ma famille.

M. DE SOMBREUIL

Ce que vous dites n'est pas possible, je connois ce que vous avez , vous ne sauriez aller au bout de l'année.

M. DE SAINT-DIDIER

Je vous surprendrois donc bien, si je vous faisois voir que j'en ai de reste, que j'envoye de l'argent à mon fils aîné à l'armée , et que je pourrois bien marier ma fille aînée ?

M. DÉ SOMBREUIL

Vous avez donc la pierre philosophale?

M. DE SAINT-DIDIER

Je ne l'ai point, mais je travaille, je me lève matin, je me couche tard, nous sommes sobres, et trouvons moins de honte à ne manger quelquefois que du pain avec des légumes, que d'être à charge à nos amis, ou d'aller mendier du secours. .

M. DE SOMBRFUIL.

Un homme de votre condition vivre de légumes l

M. DE SAINT— DIDIER

Nous n'eu vivons pas toujours, et nous faisons quelquefois très bonne chère, par le gibier que je tue, et par notre bassecour; mais si nous pouvions vendre ce que nous mangeons, nous le ferions volontiers, ne comptant point pour un malheur de vivre de pain; mon bonheur est d'avoir une famille qui pense comme moi.

M. DE SOMBREUIL

Où trouvez- vous de l'argent pour habiller vos enfants ?

M. DE SAINT-DIDIER

Ma femme et mes filles filent la toile et l'étoffe dont nous avons besoin.

M. DE SOMBREUIL

Vous les élevez donc en servantes?

ont-elles oublié leur naissance?

M. DE SAINT-DIDIER

Elles s'en souviennent pour ne faire jamais de batisesses, j)our s'élever par leur courage au-dessus de leur fortune, et ces personnes qui ne sont vêtues que de la toison de leurs moutons, ont assez de générosité pour être ravies, que le profit

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de leurs épargnes soit employé pour celui de la famille qui en a le plus besoin.

M. DE SOMBREDIL.

J'ai été contraint de retirer mes enfants du service du roi; nous cherchons les uns et les autres à nous donner à quelque particulier, et en attendant tout nous manque.

M. DE SAINT-DIDIER

Je vous plains de prendre ce parti.

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