‹ Proverbes inédits. PubliésChapitre 198 sur 221 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

l'espérance.

Eh bien! mademoiselle, qu'en ditesvous? n'est-elle pas gracieuse?

MÉLANIE

Oij faut-il que j'aille quand je ne serai pas dans la chambre de madame?

l'espérance.

Venez chez ses enfants leur faire la cour; mais gardez-vous bien de les toucher, de les caresser; il faut les divertir sans les approcher.

SCklSE FUI.

ALPHONSINE

Je suis venue vous chercher pour savoir si vous êtes en condition.

MÉLANIE

Oui ; mais je crains d'avoir bientôt à en sortir. Les gens chez qui je suis, paroissent bien difficiles à contenter, je ne sais si c'est ma faute ou la leur. Comment vous traite votre maîtresse?

DE MADAME DE MAINTENON. 3l5 ALPHONSINE.

Comme si j'étois sa sœur, excepté que je la sers; mais elle reçoit mes services, et les demande avec tant de douceur et de bonté, que je me trouve consolée d'avoir à servir,

MÉLANIE

Êtes-vous souvent auprès d'elle?

ALPHONSINE

Presque toujours.

MÉLANIE

Vous passez donc votre vie debout?

ALPHONSINE

Je suis debout pour l'iiabiller, et après cela je suis assise.

MÉLANIE

Vous vous asseyez devant vos maîtres ?

ALPHONSINE

Est-ce ïjue vous ne l'osez devant les vôtres ?

MÉLANIE

Pour me bien éclaircir, contez-moi vos journées.

ALPHONSINE

Ma maîtresse se lève à une heure réglée, elle n'appelle personne, et prie

Dieu assez long-temps pour me donner celui dont j'ai besoin; je vais dans sa chambre lui donner une écharpe, elle va à la messe, et j'y vais avec elle. Au retour, elle s'habille sans y donner beaucoup de soin, elle lit tout haut, ou me fait lire en travaillant assise auprès d'elle ; on dîne, je mange avec elle s'il n'y a point trop de monde; elle demeure quelque temps avec la compagnie , s'il y en a, et il m'est libre d'y demeurer, ou d'aller oiijeveux. Quand il n'y a personne, elle est quelque temps avec son mari, elle reprend son ouvrage dès qu'il est sorti, elle me parle avec une bonté charmante; on fait encore quelque lecture, elle prieDieu, et je puis faire mes prières auprès d'elle, ou aller dans ma chambre; on soupe comme on a dîné, on cause quelques instants après le souper, et ensuite elle se couche.

MÉLANIE

Son mari est donc de même humeur qu'elle?

ALPHONSINE. Jîj

C'est la bonté et la politesse même; il *"

DE MAUAME DE MAINTKNON. 3l5

ne reçoit pas le plus petit service de moi, sans m'en faire des excuses , et il faut que tous les gens me servent comme si j'étois la fille de la maison.

MÉLANIE

Vous êtes bien heureuse.

ALPHONSINE

Instruisez-moi comme je vous ai instruite, puisque je ne prends pasmoins de part à votre bonheur qu'au mien.

MÉLANIE

Ma maîtresse se lève un jour à sept heures, un jour à midi, parce qu'elle prétend que les gens de qualité en usent ainsi; elle prend un bouillon, se met à sa toilette, où elle est jusqu'à deux heures, et de très mauvaise humeur; elle fait apporter tous ses habits, et ne sait celui qu'elle veut mettre; elle gronde sans cesse de ce qu'on toyche les choses qu'on lui donne. Elle m'a reproché de ne pas savoir vivre avec les grands, elle m'appelle campagnarde, gueuse, misérable. Son mari se fait déchausser par moi, si son valet ne s'y trouve pas; ils parlent ensemble de leurs richesses; ils cherchent k

3l6 PROVERBES

se faire traiter en grands seigneurs, et ne le savent pas; je suis tout le jour debout, ma maîtresse ne travaille jamais, elle attend compagnie, et il n'en vient guère, ce qui la met de mauvaise humeur , tous leurs gens vont les quitter , et je crois faire de même.

// n'est rien de si orguilleux qu'un gueux revêtu.

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