SCÈNE FIL
M. DAIGREFEUIL.
Je me trouve trop heureux de vous avoir épousé, madame; mais, afin qu'il n'y ait jamais de mal entendu entre nous, ne serez-vous pas bien aise que je vous explique franchement ce que je désire de vous?
m"* mélanie.
Vous me ferez le plus grand plaisir du monde, car j'ai bien envie que vous soyez content de moi.
M. DAIGREFEUIL.
J'ai désiré vous épouser sur ce que j'ai su de l'éducation que madame votre mère vous a donnée, et je ne me serois jamais résolu à prendre une fille nourrie dans le monde.
M"« MELANIE.
Est-ce que vous ne l'aimez point?
M. DAIGREFEUIL.
Non, certainementjje ne l'aime points et il faut que vous soyiez de même. J'ai du bien raisonnablement, qu'il faut ménager et même augmenter pour nos enfants^ Je ne vous veux aucun ajustement.
m"® mélanie.
Mais je vous déplairai , si je suis trop. négligée.
M. DAIGREFEUIL.
Il faut être propre, mais non pas ajustée. Que désirez-vous présentement ? vous voilà établie; pourquoi voudriez -vous vous parer?
m"* mélanie.
Pour vous, uniquement.
M. DAIGREFEUIL.
Je vous en tiens quitte. Vous ne vousii parerez point pour moi, puisque je vous, déclare que j'en serais très fâché et même scandalisé. Vous dépenserez peu,nous irons souvent seuls à la campagne pourépargner; il vous viendra des enfants qui vous occuperont, et dont vous devez être la gou-
t)E MADAME DK MAINTENON. B^C^
vernante ; vous verrez madame votre mère tant que vous voudrez; vous aurez soin de foire vivre dans l'ordre notre petit domestique; vous travaillerez pour meubler votre maison: il me semble que voilà les règles de conduite d'une honnête femme , et je crois que vous voulez l'être. Me laissera~t-on ma gouvernante et sa fille ?
M. DAIGREFEUIL.
Votre gouvernante n'a plus affaire auprès de vous. Vos intérêts sont les miens; je ne vous laisserai rien faire de mal-à-propos. Pour votre jeune femme-de-chambre, elle ne vous convient pas ; c'est une évaporée , peu propre à vous donner des avis; mais en voilà assez pour un jour , je vous quitte, et reviendrai dîner avec vous.
m"'' MÉLANIE.
Où suis-je, et qui me consolera dans la douleur qui m'accable ?
Qui compte sans son hôte, compte deux fois,
3^'jo proverbes