‹ Proverbes inédits. PubliésChapitre 208 sur 221 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MARTINE

Est-ce toi, ma chère Marguerite, j'ai de la peine à te reconhoître ?

MAIi^GUERITE.

C'est moi-même, il est vrai que je me meurs.

MARTINE

On m'a dit que tu étois si bien placée!

MARGUERITE

On t'a dit vrai ; mais j'ai bien de la peine.

MARTINE

Qu'est-ce que tu fais?

MARGUERITE

Je sers ma maîtresse en tout et partout: je suis sa femme -de -chambre, sa cuisinière, son laquais, sa couturière, siK^

blanchisseuse, et en un mot je suis de tous métiers.

MARTINE

Est-ce que tu es toute seule ?

MARGUERITE

Et par ma faute. Ma maîtresse vouloit partager en deux tout ce que je viens de te dire ; mais j'ai eu peur qu'une autre partageât aussi les profits, et peut-être l'amitié de madame, qu'elle ne me débusquât, et j'ai entrepris de tout faire.

MARTINE

Tu as fort bien fait, car tu auras tout.

MARGUERITE

Mes héritiers auront tout; car pour moi je sens bien qrie je ne ferai pas de vieux os.

MARTINE

Tu te repens donc ?

MARGUERITE

Oui, vraiment, je me repens; car je sens que tout m'échappe des mains , et que je n*eu aurai que le mal.

M"»» MANDON.

C'est un grand malheur de ne point prendre conseil, et d'abonder dans tous les sens.

M. DE NEMOURS

On trouve souvent des personnes de ce caractère; mais avez- vous quelques raisons particulières de faire cette réflexion?

M"« MANDON.

Oui, je suis toute affligée de la ridicule scène que mademoiselle Valence donne présentement.

M. DE NEMOURS

Quoi! cette grande dévotion! peut-elle mieux faire ?

M"* MANDON.

Elle a entrepris au-dessus de ses forces, et la voilà dégoûtée , changeant de conduite, vétuc d'incarnat, et déchaînée pour tous (es divertissements.

M. DE NEMOURS

La piété n'a guère duré.

M™' MANDOxN.

Elle ne ponvoit pas durer, n'ayant d'autre conseil que le sien , et ayant voulu commencer par où à peine on pourroit fmir.

M. DE NEMOURS

Auriez-vous voulu qu'elle eût résisté à de si bons mouvements ?

m"^ mandon.

Les bons mouvements doivent être réglés. La vraie piété n'est ni étourdie ni imprudente, mais il falioit prendre un bon conseil, qui auroit conduit ces mouvements à une heureuse fin.

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