‹ Proverbes inédits. PubliésChapitre 221 sur 221 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SUZANNE

OÙ étois-tu cachée ? je te cherche depuis ce matin.

JUSTINE

Que me veux- tu?

SUZANNE

Aller avec toi , si tu pouvois m'y faire entrer.

JUSTINE

Tu t'ennuies chez nous; il n'y a ni bruit ni tintamarre.

SUZANNE

Sais-tu déjà ce qui nous est arrivé?

JUSTINE

Si je le sais , on en parle tout haut dans les rues, et ta maîtresse est la fable du monde.

SUZANNE

On a bien raison, je n'ai jamais vu une femme si insensée ; je voudrois

<|u*elle fût bien loin. Voilà mes plus belles années perdues.

JUSTINE

Ne t'a-t-elle pas payée ?

SUZANNE

Payée! elle n'a pas le sou, la pauvre misérable.

JUSTINE

Mais tu t'es bien divertie, et tu a vois le bel air. Conte-moi, je t'en prie, comment on s'est ruiné en si peu de temps.

SUZANNE

Ma maîtresee ne pensoit jamais à ses affaires, elle doènoit à toute dépense, elle ne comptoit jamais, ellejouoit son argent comptant, elle achetoit à crédit, elle dormoit jusqu'à midi, et veilloit toute la nuit; nous faisions tout ce que nous voulions , chacun tiroit de son côté , grande chère volée par les domestiques.

JUSTINE

Mais faisoit-elle comme cela dès qu'elle fut mariée ? ,

SUZANNE

On dit que non, que petit à petit elle en est venue là; elle aimoit l'ajustement

362 PROV. DE MAD. DE MAINTEIfON.

et le plaisir ; c'est une femme sans courage , qui ne vouloit point se donner de la peine.

JUSTINE

La voilà bien, elle s'en repentira à loisir.

SUZANNE

Prends pitié de moi , elle deviendra ce qu'elle pourra.

JUSTINE

Quoi! tu ne l'aimes point ?

SUZANNE

Le moyen d'aimer une folle ! je tâchois de m'en divertir ; mais dans le fond je ne pouvois la souffrir.

JUSTINE

Viens voir ma nvaî tresse, pour juger de la différence qu'il y a de femme à femme.

Lu femmes font et défont les maisons^

Page 1