SCÈNE ni
j^me DUVERNOIS.
Voici une surprenante nouvelle : on dit
que monsieur de fait une manière de
banqueroute.
M*"® DE CLAIRFAYT
Cela n'est pas possible, il étoit riche, et n'a jamais fait aucune dépense. A. quoi se seroit-il ruiné?
jyjme DUVERNOIS.
On dit que c'est sa femme.
M™* DE CLAIRFAYT
Elle ne paroissoit pas plus dépenser que lui.
M™^ DUVERNOIS
Pardonnez-moi, elle recevoit du monde, tenant table, elle avoit beaucoup de domestiques, et tout paroissoit en désordre chez elle.
M"^ DE CLAIRFAYT
Toutes ces dépenses ctoient peu de chose, à proportion des grands biens qu'il y avoit dans cette maison.
M™® DUVERNOIS
Il n'y a point de richesses qui ne finissent quand on vit dans le désordre.
M. DE CLAIRFAYT
A quoi peut aller ce désordre ? un peu trop de dépense en babils? on en a bien pour une somme médiocre.
M™^ DUVERNOIS
On dépense trop en habits, on joue, on ne paie pas , on achète pour contenter les marchands qui se ruinent aussi par leur avidité , et donnent à crédit ; on veut un grand train , les valets mal payés servent mal, les chevaux meurent, il en
t)E ADAME DE MAINTENON, BdQ
faut d'autres , les créanciers se lassent d'altendre, on a des procès; comme ils sont mauvais, on les perd et on est condamné aux dépens; il n'y a point d'argent pour payer , on saisit les terres , et voilà
où en est monsieur de ; toutes ses
terres sont dans cet état-là, et il aime mieux tout abandonner que de passer sa vie à plaider.
M™® DE CLAIRFAYT
S'en prend-il à sa femme ?
^me DUVERNOIS.
Oui , assurément , ils en sont brouillés à se séparer.
j^me DQVERNOIS.
Et les enfants ?
M™* DUVERNOIS
Ils savent très mauvais gré à leur mère; elle est le mépris de tous ceux qui la connoissent, et ceux qui lui ont aidé à se ruiner ne la regardent pas.
j^jme jj^ CLAIRFAYT.
Voilà une grande ingratitude.
^me DUVERNOIS.
C'est un triste personnage d'avoir à
36o PROVERBES
s'en plaindre"; je m'en vais voir ces malheureux , ils me font pitié.