SCENE PREMIERE
M^^^ DALINGRE.
Je t'avoue, ma pauvre Marie , que je suis prête à me désespérer.
MARIE
Eh! qu'est-ce que vous avez? vous êtes demoiselle, vous êtes jeune, vous avez de quoi vous marier ; que voudriez-vous davantage ?
Je donnerois tout cela pour un peu de liberté !
MARIE
Comment liberté ? Est-ce que vous êtes «n prison ?
8o PROVERBES
M^'^ DALlxNGRE.
Je ne suis guère mieux.
MARIE
Vous êtes comme les autres avec père et mère , que voulez-vous de plus ?
m"^ dalingre.
Quoi ! lu ue me trouves point malheureuse de ne me pas divertir , et d'être toujours avec ma famille ?
marie.
Pourquoi ne vous divertissez-vous pas avec votre famille ? ue logez- vous pas avec elle? ne voyez-vous pas la compagnie qu'elle voit? ne vivez-vous pas tous ensemble ?
M^'^ DALINGRE.
Oui, mais tout cela avec contrainte, avec dépendance , et je voudrois être maîtresse.
MARIE
Où avez -vous donc été nourrie ? je ne vous entends point avec votre dépendance. Qu'est-ce que cela veut dire ? il me semble encore une fois que vous êtes comme les autres.
M^^" DALINGRE.
Je voudrois des plaisirs : j'ai passé dix
DE MADAME DE MAINTENON. 8l
ans dons un couvent à garder une règle; j'avois espéré de la liberté ; je me trouve encore pis ici.
MARIE
Vous ne gardez pas de règle. Mais , qu'appelez-vous liberté ?
M^^^^ DALINGRE.
D'aller où je voudrois.
MARIE
Si vous aviez affaire à moi, je vous ou^ vrirois la porte; où iriez - vous ? nous vous verrions bientôt revenir.
M^^^® DALINGRE.
Je ne le crois pas.
MARIE
Mais qu'est-ce donc que vous croyez que les autres font? pour moi,je n'ai guère vu de personne plus heureuse que vous.