TRENTE LIEUES EN POSTE
EDUOND.
Je ne vois rieni Elle iie vient pasi (atk impaiiincs.) Elle ne viendra pasi Postillon, quelle heure esUlî
Cinq beurea viennent de sonner à Conflans.
EDMOND
Cinq heures! seulementl attendons... Je ne puis rester en
place, (il u pToutn* en long et lo large sur la grande roule.) J'ai
beau marcher à grands pas, l'aiguille c'en va pas plus vite. El comment tuer le temps? (s'air^um pria ta la caitche.) Postillon, quel est ce beau château dont le parc s'étend jusqu'ici?
LE POSTILLON
Le château de Bercy, qui appartient à M. de Ntcolaï.
"S PIIOVEKBES — NOUVELLES — ROMANS
EDMOND
Et ce grand bâtiment non loin de la rivière ?
LE POSTILLON
La maison de campagne de Tarchevi^que, et à côté le séiiiinaire. Ils sont là une bande de malins, des espiègles, qui s'en donnent joliment.
EDMOND
Qui? les séminaristes?... Tu connais cela?
LE POSTILLON
Je crois bien, il y en a partout, et heureusement, car loutes les routes qui conduisent chez eux sont toujours soignées et réparées; il n y a pas à craindre que l'ingénieur du département s*avise de les négliger; ce qui est bien propice tout de même pour les chevaux de poste.
Certainement.
LE POSTILLON
Dans celui-ci... le séminaire de Gonflans... j'ai une connaissance, le neveu à Jean-Louis le grainetier, qui vient d'y entrer. Logé, nourri, et rien à faire... c'est un meilleur état que celui de postillon.
EDMOND, sans Técouter et regardant sa montre.
Je n'y conçois rien; il faut que ma montre soit arrêtée... Postillon, quelle heure est-il?
LE POSTILLON
Parbleu! v'ià trois fois que vous me le demandez... le quart sonne; et tenez, v'ià les corbeaux qui sortent... C'est le séminaire qui se rend à matines, ou à quelque chose comm( ça. (parlant à son cheval.) Ohé! ohé ! petit gris!... sacredié^. veux-tu te tenir?... Il a toujours peur quand il les voit. Otea doue vot' chapeau, not' bourgeois.
LE TÊTE-A-TÊTB 71
EDMOND
Et pourquoi donc?... devant le neveu à Jean-Louis le grainetier?
LE POSTILLON
C'est égal, je Ty ôte toujours. Hein! en v'ià-t-il!... sont-ils gros et gras ! tous jeunes gens ! Quels beaux soldats ça aurait faits pour Alger!
EDMOND, regardant du côté de Paris.
Je crois que j'aperçois un fiacre... oui vraiment. Dieu! qu'il va lentement!
G*est son état, comme le nôtre de courir la poste : chacun le sien. Mais dites donc, monsieur, est-ce que vous comptez que je vais rester ici en faction jusqu'à ce soir?
EDMOND
Je t'ai dit que je te payerais une poste de plus.
LE POSTILLON
C'est différent.
EDMOND
Le fiacre approche... j3 ne me trompe pas... je l'ai aperçue^ c'est elle, (courant au-devant de la Toiture qu'il ra ouvrir.) Mathildc, Mathilde, c'est bien vous! (L'aidant à descendre.) Ne
craignez rien, ne tremblez pas ainsi.
MATHILDE
Soutenez-moi, je n'ai pas la force de marcher.
EDMOND
Quelle pâleur! qu'avez-vous?
MATHILDE
Je me sens mourir. (Apercevant la madone qui est au bord de
la route.) Sainte- Vierge ! protégez-moi! Edmond, je suis venue parce que je vous l'avais promis, et pour ne pas manquer à m^ parole... Maintenant, laissez-moi retourner à Paris.
EDMOND
Renoncer à vous ! jamais !
J'ai mal fait, le ciel m'en punira : je ne dois pas vous livre.
EDMOND
; Et comment faire maintenant? Gomment pourriez- vous rentrer à l'hôtel? Le sort en est jeté; fiez-vous à moi et à •mon amour. Ma calèche est là qui nous attend, et dans quelques heures nous serons à l'abri des poursuites.
MATHILDE
Vous croyez donc que quelque danger nous menace, qu*on peut nous poursuivre?
EDMOND
Moi, du moins,
MATHILDE
Ahl venez alors, venez; plutôt me perdre que de vous exposer.
EDMOND
Combien je suis heureux ! (n la soutient jusqu'à la calèche, l'aide à j monter, s'y élance après elle.) Postillou, partez I
LE POSTILLON
Oui, monsieur, (a son cheval.) En route, p'titgrisl
(il fait claquer son fouet; la calèche part au grand galop. Mathilde, la tète cachée dans son mouchoir, reste quelque temps sans rien dire.)
EDMOND
Mathilde, vous êtes à moi, rien ne peut plus nous séparer! Pourquoi pleurer ainsi? vous n'êtes pas raisonnable.
Jamais mon père ne me pardonnera.
EDMOND
Et pourquoi donc? U est si bon! il vous aime; et quand
nous serons arrivés en Italie, quand nous nous y serons mariés, il oubliera tout. Je n'ai pas son immense fortune, il est vrai; mais j'ai un nom, de la naissance, et j*ai tant d'amour pour vous !
MATHILDE
Ah ! sans cela, Edmond, croyez-vous que jamais j'aurais pu me décider à une pareille démarche ?
EDMOND
nie fallait bien, ou vous m'étiez ravie. Votre tante vous entraînait loin de la capitale, dans sa terre prôs de Lyon; et là, sans doute, un autre mariage...
MATHILDE
Jamais je n'y aurais consenti. Vous ne me connaissez pas ; je n'ai que seize ans, mais j'ai du caractère, et les serments que j'ai faits, je les tiendrai jusqu'au tombeau.
EDMOND
C'est comme moi, vivre et mourir avec vons.
MATHILDE, avec exaltation.
Toujours, n'est-il pas vrai?
EDMOND
Toujours.
LE POSTILLON, s'arrétant et faisant daqner son fouet. Ohél ohé! deux chevaux et les harnais. (Descendant de cheT«U)
J'espère, mon bourgeois, que je vous ai mené bon train.
MATHILDE
Où sommes-nous ?
LB POSTILLON
A Charenton... La première poste, (otant son chapeau.) Vous savez, mon bourgeois, qu'il y a poste royale.
EDMOND
Certainement. Voilà pour toi, et dis qu'on se dépêche.
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LE POSTILLON, à part
Diable! cent sous de guides... Le bourgeois est généreux.
EDMOND à demi-Yoix.-
Et sois discret.
LE POSTILLON
Oui, monseigneur, (a l'autre postiUon qui met tes bottes.)
Allons, Théophile, allons, feignant, un peu d'intensité! (a demi-voix.) C*est un princo étranger qui enlève la fille d'u! banquier.