‹ Proverbes, nouvelles, romansChapitre 34 sur 78 · U!^^ DE BUSSIÈRES · texte numérisé non relu

U!^^ DE BUSSIÈRES

J'en suis persuadée, et j'en doutais si peu, que mon intention était de vous demander la seule lettre que ma niùce vous ait écrite, et qui, ce matin encore, à ce qu'elle m'a dit, était là, dans votre portefeuille.

EDMOND, ouvrant son portefeuille et donnant la lettre.

Comment donc ! trop heureux de vous donner cette preuve de ma sincérité. •

M^^ DE BUSSIÈRES, la prenant.

C'est bien, monsieur... Je pars donc avec ma nièce, (Avee intention.) qui ne m'a jamais quittée : j'achèverai la route avec elle; j'arriverai avec elle à ma terre, où ma famille nous attend ; et là, notre amitié et nos conseils la guériront bien vite de quelques défauts, fruits de son inexpérience et de sa jeunesse; mais ce qui n'appartient qu'à elle, c'est la noblesse et l'élévation de ses sentiments, -c'est surtout la bonté (Je son

cœur. Avec ces qualités-là, et grâce à la leçon d'aujourd'hui, on se corrige aisément, et bientôt, je l'espère, ma nièce deviendra une femme accomplie. Vous n'y aurez pas peu contribué, monsieur, et ce sera pour vous une satisfaction intérieure de tous les instants.

EDMOND, s'inelinant.

Madame, certainement...

LE GARÇON, entrant avec an plat de rôti.

Monsieur, voici les perdreaux.

M'""^' DE BUSSIÈRES, souriant.

Je vous laisse avec eux, et retourne à mon hôtel... (sur un mouTement d'Edmond.) Nou, non,ne VOUS dérangez pas, de grâce! Désolée d'avoir interrompu votre souper.

(EUe sort.) EDMOND, resté seul, et jetant areo colère ta serviette sur la table.

Vit-on jamais une aventure pareille? Et elle avait peur que je n'en parlasse!... Ah bien, oui! on se moquerait trop de moi à Paris. Avoir conduit jusqu'ici, dans ma voiture, une jeune personne charmante... le souper prêt... la couverture faite... et tout cela pour rien... rien au monde... J'en suis pour mes frais de voyage ! Si jamais maintenant on me rattrape à courir la poste de cette manière-là!... C'est une bonne leçon, et je me souviendrai du proverbe :

// vaut mieux tenir que courir.

OU

Page 1