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SCÈNE PREMIÈRE

Denx jours aprèi. -— Le cabinet de If. Detgratilliers.

DESGRAYILLIERS, en robe de chambre, écriyant; HORTENSE, •a femme, en déshabillé élégant du matin, debout prèi de son bureau.

HORTENSE, te8«|t m p^ier à la main.

Dix-]iui^ cents francs de la march^de de modçg.., (Jeux cents de M, Vétiver, rnop parfumeur.,. e( ceQt \ow i^ l4 couturière... Total... (a Desgrayiiiiers ^sltr^mile.) Cç moHft vous donne toujours des attaques de nerfs.

DES6RÀVILLIERS.

Vous venez me parler chiffons... lorsque j*écris une circulaire à mes électeurs...

HORTENSE, reprenant d'un ton plua solennel.

Total!...

^* DBSGRAYILLIBRS.

I Vous voyez bien que je n'ai pas la tête à moi... et qu'il m'est impossible de m'occuper de ce mémoire dont je n'ai pas entendu un seul mot.

HORTENSE

Il n'y a d'essentiel que le dernier : Total... cinq mille francs.

316 PROVERBES — NOUVELLES — ROMANS DESGRAVILLIERS, leyant la tête aree indignation.

Cinq mille francs ! Permettez !... dix-huit cents, deux cents et cent louis n*ont jamais fait que quatre mille quatre cents...

HORTENSE

Vous voyez bien, monsieur, que vous avez écouté... ce qui est trùs-mal... en ménage.

DESGRAVILLIERS.

Comment, s'il vous plaît ?

HORTENSE

Et c'est pour vous punir de votre indiscrétion et de votre mauvaise foi, que je maintiens le chiffre de cinq mille francs... et vous les payerez... à l'instant I

DESGRAVILLIERS.

Payer... quand je suis tout à ma circulaire...

HORTENSE

Vous dépensez en élections plus que moi en toilettes... et cinq mille francs de bijoux ou de dentelles valent mieux que cinq mille francs d'électeurs...

DESGRAVILLIERS.

Une facture exagérée...

HORTENSE

Pas plus que votre circulaire.

DESGRAVILLIERS, prenant le mémoire de sa femme et lisant, tt Popeline solide et bon teint... » (Haussant les épaules.*

* Croyez cela!

HORTENSE, prenant la circulaire dt son mari et lisant.

(c Mes sentiments patriotiques et mon dévouement pour h France... »

DESGRAVILLIERS, lisant.

« Taffetas bleu, glacé rose, couleur changeante! »

HORTENSE, lisant.

« Mes opinions immuables... »

DESGRAVILLIERSy arec impatience» at jetant le mémoire tor le bureau.

Ehl madame... terminons I

HORTENSE

C'est ce que je dis. Payez I

DESGRAVILLIERS, ourrant sa caisse, et prenant dei billets de banqse.

Puisque c'est ainsi qu'il faut toujours finir...

HORTENSE, prenant les billets.

n vaudrait mieux commencer par là ! Et je ne comprends pas pourquoi, avec votre fortune et votre position dans le monde, vous vous donnez à plaisir tant de désagréments.

(Montrant la circulaire.) Qui VOUS y Oblige ?

DESGRAVILLIERS.

Vous n'entendez rien aux affaires du pays... N^est-ce pas aux grands propriétaires du sol aie défendre ?

HORTENSE

D'accord I Sous la Restauration vous vous étiez fait député légitimiste; c'était un état comme un autre... un état...

DESGRAVILLIERS.

Qui rapportait beaucoup I

HORTENSE

Soit ! Mais, votre état perdu, il fallait, sous le règne suivant, rester tranquille et vous taire !... Point. Vous n'avez pas eu de cesse que vous ne fussiez pair de France ! Et maintenant, vous visez à la représentation, en flattant tout haut le parti de Tordre, et tout bas ses adversaires.

DESGRAVILLIERS, ayec fierté et noblesse.

Mes nouveUes convictions ne me font pas oublier les an-

ciennes... Tai été dernièrement à Wiesbaden, vous le savez?...

HORTENSE

En passant par Glaremont et en revenant par la Montagne.

- Incognito.

HORTBNSB.

Mais enfin» si voos éteç nommé, avec qoi voterez -vous ?

(Deagrariliiers roule M Ub«tière entre eei doig^ el t^ tait.) AveC la

branche aînée ?

DBSGBÂVILUBRS.

Non.

HORTKNSB.

La branche cadette Y

DBSORAVILLIBRSé

Non!

HORTENSE, «ree iodignatioB.

Vous voterez avec la république gociale?*.

DESGRAVILLIERS.

Silence I

HORTENSE

Vous qui avez des maisons, des rentes...

DESGRAVILLIERS.

Silence !

HORTENSE

D*immense8 propriétés à conserver...

DESGRAVILLIERS, à demi-Toiz.

G*est pour cela I,., Si les honnêtes gens triomphent... je fai rien à craindre... d*eux, tandis que des autres... c*est bien différent... et je paye d*avance leur amitié, comme on paye une compagnie d'assurances en cas d'incendie... Mon Dieu, je ne suis pas le seul^M tous les grands génie«i ep sont

liBB MALHEURS HEUREUX 310

- ' ^— — M^»^— — -^^ I I II I m^^^Ê^ Il

à... On se fait nommer par les conservateurs, et Ton vote vec les autres I

HQRTENSE,

Mois r^tim^ 4^9 hgnqétds gensv.«

Us sont si oublieux... ou si indifférents. •• D'uUleuni.., j*i^r-? rangerai... j'expliquerai tout cela... dans mes mémoires... que j*ai déjà vendus, une spéculation d*oatre-tombe, où je pe parlerai que de mol, et oq j'aurai, comme H. de GhMeaubriand...

Le courage posthume d'attaquer les survivants.

DBSaRAVILLIBRS.

C'est de la prudence 1... c'est de la haute politique)

HORTENSB.

C'est de la peur !

DES6RAVILLIER8, d'un air de fonveralii ndprla.

Comme vous voudrez ; les hommes d'État ne disputent jamais sur les mots.

HORTENSE

Mais, cependant, monsieur...

PESQR^YILtl^RS, ha«4Mlit Jet épanlet.

n n'y a rien d'absurde oopm^e les femmes, qu^d elles veulent se mêler de ce qui ne les regard0 pas.

BORTENSB.

C'est qu'au contraire, cela nous regarde beaucoup, moi et Camille votre pupille I Au lieu de bals et de concerts, de sociétés agréables et spirituelles, nous avons des sociétés politiques. Mon salon est un comité permanent où, au lieu de faire de la musique, on fait dep motions et des projetis de loi. |don boudoir même, gr^ce aux gens que vous recevez, et sans

pitié pour nies tapis, deviendrait un club... si je n y mettais bon ordre...

DBSGRAVILLIERS.

Je crois bien... vous y admettez de préférence tous les élégants de la ville, tous ceux qui dansent des redowas, soupi^ rent des nocturnes ou vous font la cour, et excepté mon bon ami le vicomte Edouard de Gomnènes... (mon véritable ami^ celui-là... un second moi-même, et c'est peut-être pour celi que vous vous disputez sans cesse avec lui et que vous ne pouvez le souffrir) excepté lui, je n*en connais pas un seul qui ne soit un de vos chevaliers déclarés.

HORTENSE, toariant.

Cela vous déplatt !

DESGRAVILLIERS, haussant les épaules.

A moi! qu'est-ce que cela me fait!.. Si vous saviez combien le véritable homme d'État est au-dessus de pareilles fadaises!... et pourvu que vous n'entraviez pas ma carrière politique... est-ce que je m'oppose à vos coquetteries? Est-ce que je m'en aperçois? Est-ce que j'ai le temps de m'en apercevoir?,.. Je me plains seulement du choix de vos soupirants.

HORTENSE

En vérité...

DESGRAVILLIERS.

Et je dis que si vous aviez pour moi quelque affection, ou du moins quelques égards, vous n'écouteriez pas, comme vous le faites, tous ces petits étudiants qui sortent à peine du collège... des jeunes gens de dix- huit à vingt ans... (Ayec humour.) Pas uu hommc sérieux! pas un électeur 1

HORTENSE, riant.

Je comprends... c'est-à-dire que si j'accueillais des gens majeurs et jouissant de leurs droits électoraux, des gens influents et disposant de plusieurs voix...

DESGRAVILLIERS.

Ce serait plus convenable... et, du moins, cela servirait à quelque chose...

HORTENSE, riant.

Admirable!... De sorte que, s'il arrivait malheur... vous seriez tenté, d'après le système de votre ami le vicomte, d'appeler cela un malheur... heureux !

DESGRAVILLIERS.

Eh ! madame!., qui vous parle de cela?

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