SCÈNE IV
VÉTIVER, ZACCHARIE.
VÉTIVER
Zaccharie, le marchand de chevaux I
ZACCHARIE.
Vétiver qui m'a précédé I
310 PROVEROEd — NOUVELLES — HOMÀNS
vÉnvBii«
Tu viens pour un mémoire ?
ZÀCCHAaiE.
Et toi aussi?...
VÉTIVER
Précisément ; on me doit trois mUle francs.
ZAGGBARIE.
On m'en doit quatre.
VÉTIVER
Qu'on ne le payera pas... car il y a une vingtaine de créanciers... dont voici les noms.
(u lui donne la lUte <iu*U tenait à la main.) 2AGGâAaiB.
Est-il Dieu possible ?
vÉTlvfia.
Vois plutôt.
ZAGGHARIE, parcourant la liste.
n n*y a donc plus que des créanciers dans ce pays... on ne voit que de ça...
VÉTIVER
Quant à l'actif... rien au présent et pas davantage pour l'avenir... pas la moindre espérance 1... pas un oncle paralytique!...
ZACCHARIE.
Je ne peux alors, morbleu, me donner qu'un seul plaisir pour mon argent... c'est de tenir notre jeune homme sous les verrous d'une prison.
VÉTIVER, lui remettant la lettre qn'He&ri «criTait à sa sœur.
Tu ne le pourras même pas !... D est décidé à se tuer... lis plutôt !...
ZACCHARIE.
C'est donc un débiteur insaisissable. (lisant.) Oui, ma foi... quelle indignité !•#. quelle trahison !«»• quel manque de pro-
-r i n • — • " ■ — - ' Il I ■■■
cédés... Voilà comme on agit maintenant... nous enlever notre seul gage...
VÉTIVER
Et poarlftttt c'est Un brave jeune homme... qui ne demanderait pas mieux que de nous payer.
ZAGGHARIE.
Ds disent tous ça... mais les moyens?...
VÉTIVBR.
n y en aurait... si tu le voulais... 1
ZAGGHARIB) yivement.
Si je vetULé.. être payé?...
VÉTIVER
Nous pouvons à nous deux, par une combinaison qui m'est venue, lui faire obtenir, pendant cinq ans, une position de huit mille livres de rentes.
ZACCHARIB.
Gomment cela?
VBTIVBR.
Écoute bien I En le voyant ce matin si honnête et si bon en&nt, en pensant à son éducation... et à ses talents... car c'est un avocat de mérite, qui manie la parole mieux que toi et moi..., je me suis dit... nous avons prochainement une élection à faire...
ZACCHARIB.
C'est vrai...
VÉTIVER
Eh bienl... en faisant élire notre débiteur... représentant...
ZAGCBARIfi.
Y penses-tu?... J'ai lu dernièrement que les représentants ne payaient plus leurs dettes.
VÉTIVER
Allons donc...
ZACGHARIE.
Que r Assemblée... leur en avait donné la pennission... On disait même que dans les ménages gênés, ou dans les familles nombreuses, il y aurait toujours, de droit, un représentant... qui serait chargé de toutes les dépenses de la maison.
VÉTIVER, haussant les épaules.
Allons doncl te dis-je I...
ZACGHARIE.
A telles enseignes que je ne vends plus un cheval... sans demandera celui qui achète: Êtes-vous représentant?,.. Et ça ne me suffit pas : il faut qu'il m'en donne la preuve, il faut qu'il m'exhibe ses papiers... sans cela, rien de fait.
VÉTIVER
Rassure-toi... on vient de changer cela.
ZACGHARIE.
Quand donc ?
VÉTIVER
tout récemment et d'urgence : l'Assemblée nationale ne trouvait plus de prêteurs. Aussi je te réponds de Henri Melval...
ZACGHARIE.
C'est différent ! (Réfléchissant.) Il est de fait que toi qui n'es rien, et qui, grâce au ciel, n'es pas...
Inviolable...
ZACGHARIE.
Ça me rassure... et avec ta garantie, il sera représentant !
VÉTIVER, Tivement.
11 le sera... Il n'a pour adversaire qu'un seul candidat...
M. DcsgraviUiers... qui se fait vieux et ne monte plus à cheval. Y liens-lu?
ZACCHARIE.
Ma foi, non!... il ne m'achète plus rien!
VÉTIVER
Tandis que M. Melval...
ZACCHARIE.
Six chevaux le mois dernier!... il est vrai qu*il ne les paye pas I
VÉTIVER
Mais il les payera 1 cela dépend de nous I Sa nomination est certaine, si nous nous entendons tous... si, dans chacun de nos quartiers... nous le vantons, nous le prônons... nous parlons en sa faveur ; et comme, grâce au ciel, il a beaucoup de créanciers...
ZACCHARIE, regardant la liste d'an air triste.
Pas assez !
C'est vrai 1... mais enfin il a fait ce qu'il a pu, le pauvre jeune homme; faisons comme lui!... Je cours arrêter les poursuites de nos confrères et leur donner le mot d'ordre !
ZACCHARIE.
Moi je monte à cheval!... à une condition : c'est que le premier payé... ce sera moi...
VÉTIVER
Non pas ! ce sont les parfumeurs qui ont le plus souffert dans la dernière crise.
ZACCHARIE.
Ce sont les chevaux, vu les chemins de fer!
VÉTIVER
Point de disputes! l'idée nous en est venue à tous deux, c'est à nous deux de réclamer la première année législative!
ZACCHARIE.
Tu dis : huit mille francs 1... Quatre pour moi... trois pour toil
VÉTIVER
Le reste pour la masse des ^féanciers...
ZACCHARIE.
Qui auront de plus, pour eux, les autres années.
VÉTIVER
Par ce moyen notre jeune représentant aura £iit ses affaires.
. ZACCHARIE, «rec joit.
Et les nôtres l*.»
VÉTIVER
Et celles de la France... par dessus le msrshéfi.v
(Ttut lêê dtmx itfUM pttt It fond.)
PMXlIlME PARTIE