‹ Proverbes, nouvelles, romansChapitre 52 sur 78 · P3GRAV|[I'LIERS · texte numérisé non relu

P3GRAV|[I'LIERS

Ten suis charmé... Gomment vont nos affaires, mon cher monsieur Rouget ?

ROUGET

Pas si rondement qu'il y a trois jours!... Vous étiez seul...

c'était plus commode. Moi qui suis maire de ma commune, 'e parlo biea; tout le monde vous le dira... Mais on parlé toujours plusàFaise quand on n*a, comme le curé en chaire, persoime pour vous contredire... Et Zaccharie, le marchand de chevaux,... iin brutal qui a huit àtpëntâ dé bdnne terre dans notre endroit... et qui est membre dtt conseil mutiici* pal... Zaccharie a dit qu*iljie fallait pas vous nommer...

DifseRAirtLtitEfts.

Et pourquoi ?;..

ROUGET

Parce que dans un temps vous avidfl été dii4« et puis que vous aviez été ça... et que maintenant vous étiee à k fois ci et ça... enfin des horreurs de vous, et qu'il valait mieux en nommer un autre...

f>6SGilAviLttEtld.

Et, qui donc?.*.

ROUaET.

Henri Melval*i.

DB86RAVILLIBRS.

Estril possible 1... cet apprenti avocat... que ma femme reçoit et que j'ai vu parfois à nos soirées dansantes ?

ROUGET

J*ai voulu, comme de juste, tomber sur lui...

DESGRAVILLIERS.

G*était facile... un inconnu... un homme de rien...

ROUGET

C'est là le gênant... tn qu'il n'a jamais rien été«.é on n'en peut rien dire.

DBSGRAVILLIBRS.

On dit toujourel

ROUGET

C'est ce que j'ai fait... À tout hasard I Et puis ils ont tous peur de moi dans notre endroit, vu que j'ai, quant à la taille,

aZ4 PROVEllBES — NOUVELLES — ROMANS

un mètre quatre-vingts centimètres, vous voyez, et que je laisse pousser ma barbe rousse... ce avec quoi je mène le conseil municipal qui n*est pas fort... Et puis un autre moyen...

DESGRAVILLIERS, d'un air flatteur et caressent.

Ce cher monsieur Rouget...

ROUGET

Quand on a Fair de ne pas voter comme je veux... je frappe sur la table et je fais ma grosse voix en criant : « Vive la guillotine!»

DESGRAVILLIERS, effrayé et sautant sor son fauteuil.

Âh ! mon Dieu...

ROUGET, riant d'un rire béte.

G*est une gentillesse... un argument... qui me réussit toujours... et que j*aî voulu employer hier... mais, au moment où je criais : « A bas les têtes !... » j*ai senti tomber sur la mienne un coup de poing à assommer un boeuf. C'était cet imbécile, ce révolutionnaire de Zaccharie, qui, me prenant au mot, voulait commencer par moi !

Ce pauvre Rouget !

ROUGET

Et à moins d'être béte comme lui... on sait bien, quand on parle de têtes à abattre, qu'il ne s'agit pas des nôtres... au contraire !

DESGRAVILLIERS.

Il fallait te montrer, et lui apprendre à vivre. \

ROUGET

Je n'ai pas voulu... parce qu'il est petit, mais trapu, nerveux et rageur en diable !... Et pour en revenir à Henri Melval, il continue à le pousser... comme un forcené... et il n'est pas le seul !... Dans tous les quartioi*s de la vUle... il

LLS MALIIKURS HEl/REUX 325

y a des réactionnaires, dos scélérats... tranchons le mot... (Avfic indignation.) des individus, qui vont de maison en maison, parlant en sa faveur...

DESGRAYILLIERS.

C'est bien singulier, une candidature comme celle-là!... Non pas que je le craigne...

ROUGET

Et vous avez raison... car je suis là!... et les huit cents voix dont je dispose... seront à vous...

DESGRAYILLIERS.

Tu en es sûr?...

ROUGET

Pardi I... je mène ça encore plus aisément que le conseil municipal ! C'est moi, vu qu'ils n'entendent rien à la lecture, qui leur lis les journaux de Paris ; je leur rédige ça comme je veux, et ça n'en est pas plus mal ! C'est moi, vu qu'ils ne savent pas écrire, qui écris leurs bulletins... Voilà les avantages de l'éducation ! Aussi je vous réponds de votre nomination... parce qu'avant tout il faut que les bons l'emportent...

DESGRAYILLIERS, lui frappant sur l'épaule.

Ce brave Rouget! que de zèle... de désintéressement!...

ROUGET, tirant de sa poche une longue feuille de papier.

Voici la note des frais pour la semaine dernière... les journaux et les bons livres dont vous payez l'abonnement... les petits verres distribués au cabaret et au café, ou bus par moi pour rafraîchir mon éloquence... ça va, ce mois-ci, à cent écus... C'est un mois plus altéré qu'un autre... à cause de l'approche des élections...

DESGRAYILLIERS, faisant la grimace.

C'est un peu cher...

ROUGET

Comment, sacrcdié... un peu cher !... j'y mets du mien!

Scribe. — Œuvres complètes. Vm* Série. — !«» Vol. — 49

326 PROVERBES — NOUVELLES — ROMANS DESGRAVILLISIIS, virement et ouvrant son tiroir.

Je veux dire seulement... que voilà beaucoup d'argent dépensé—

ROUGET, prenant l'argent d'un air affligé.

Pardinel... cela me fait autant de peine qu'à vous, pour le moins I... car cet argent-là est aussi le nôtre, puisqu'il doit un jour nous appartenir. C'est donc notre blé que nous mangeons en herbe 1

DESGRAVILLIERS, aree colère.

Par exemple !...

ROUGB'T.

C'est vous qui me l'avez dit vingt fois pour que je le redite aux autres.

DESGRAVILIilBRS, m radonaisMUit.

D'accord, et quand viendra le moment...

ROUGET

Et bien! alors, puisque vous ne demandez pas mieux... si vous essayiez un peu... pour en donner l'idée?

DESGRAVILL&5R8.

Comment cela ?

ROUGET

Vous avez de si beaux bois, à deux mille francs l'arpent pour le moins, qui s'étendent... près de ma pièce des Aulnaies.

DESGRAVILLIERS, fronçant le sooieil.

Hein?...

ROUGET

Il y a entre autres... un lot d'un hectare qui feit hache ; sur moi... c'est ce qui me va le mieux... et je me suis toujours dit que, quand ça commencera, ce sera d'abord de co lot-là que je m'accommoderai...

DESGRAVILLIERS.

Soit... mon cher, nous verrons...

LES MALHEtlBS ttEUREtJlC Sîl

ROUGET, arec un rire aride.

Si nous voyions tout de suite I...

DESGRAVILLIERS, d'an ton sérieux.

C'est impossible... mon cher, parce que si j'étais seul... ça ne v£|U(lrait rien... U faut que cela soit exécuté en même temps... et par tout le monde à la fois.

ROUGET

Youi avez beau dire... il faut toujours que quelqu'un commence... et ne fût-ce que pour encourager les autres,., si vous donniez Fexemple en me restituant d'abord ces deux arpents de bois... sur ma part à venir...

DESGRAVILLIERS, un peu effrayé.

Ëh bien ! après ma nomination, nous parlerons de ça...

ROUaSTy aree colère.

Parlons-en tout de suite... ou je croirai que vous voulez m'affronter, me dépouiller de mon avoir et de ma propriété !

DESGRAVILUERS, arec frayeur.

Monsieur Rouget...

ROUGET, de même.

Me voler ce qui m*est dû... ce qui m'appartient... et je saurai défendre mon bien, et je vous prouverai, sacredié, si je suis, ou non, un fonctionnaire public... en faisant voter ma commune tout entière pour M. Melval.

DESGRAVILLIERS, s'ettorgant de rire.

Allons donc !... nous ne nous brouillerons pas, monsieur Rouget, pour une plaisanterie pareille...

MOUGET, se «aimant.

C'est ce que je dis... d*autant que je publierai partout votre dviime... votre patriotisme à mon ég«^rd«4. et alors... votre nomination est enlevée à l'unanimité I

DESGRAVILLIERS, à part.

C*est possible!... et pour quatre mille francs!... (Haut.) Va pour les deux arpents de bois...

ROUGET

Que vous m'abandonnez... (se frottant les mains.) Enfin, voilà donc, que ça commence le partage 1... nom d'un nom 1 il n'y a que le premier pas qui coûte I

DESGRAVILLIERS, Toyant la porte du fond qni s'ouvre.

Adieu!... voici ma pupille, mademoiselle Camille de Solanges I

ROUGET

C'est, celle-là qui a de belles prairies, de belles terres et de beaux bois au soleil ; plus de quinze cents hectares I Si vous pouviez lui persuader de faire comme vous...

DESGRÀVILLIERS.

Silence I au nom du ciel !...

(Roo^t sort.)

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