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SCÈNE IV

CAMILLE, DESGRAVILLIERS, pnis HORTENSE.

CAMILLE

On m'a dit, mon cher tuteur, que vous me demandiez pour une importante affaire...

Oui, ma chôre enfant... pour une affaire...

HORTENSE, rentrant avec une robe à la dernière mode, qu'eUe regarde

avec complaisance.

Un peu bouffante, à cause des huit rangs de volants, mais c'est égal.

LES MALHEURS HELRBUX 329

DESGRAVILLIERSi avec impatience.

De quoi s'agit-il î

HORTENSE

De ma robe nouvelle, monsieur... qui me va à merveille... jugez-en.

CAMILLE

Délicieuse I

HORTENSE, se regardant devant une glaoe.

La taille est un peu longue, n'est-ce pas ?

CAMILLE, qtdttant DesgraviUiers, et courant près d'Hortense.

Non, vraiment... je trouve seulement que le corsage n'est peut-ôtre pas assez échancré... (a Desgraviuiers.) N'est-ce pas, monsieur? regardez donc I

DESGRAVILLIERS, avec impatience.

Il s'agit bien de cela, mademoiselle... quand j'ai à vous parler de choses du plus grand intérêt.

HORTENSE, toujours devant la glace.

Elle est à vous !... elle vous écoute... (a camiiie.) Donnemoi seulement des épingles ; voilà deux ou trois plis trop accusés... et je vais, pendant votre grave entretien, indiquer quelques corrections..

DESGRAVILLIERS.

Pour nous troubler et nous distraire...

HORTENSE

Point 1... Je ne vous écoute pas.

DESGRAVILLIERS, s'asseyent près de Camille, qui vient de se jeter dao!

un fauteuil.

Ma chère pupille, vous voilà presque majeure...

HORTENSE, toujours devant la glace, et plagant des épingles.

Si VOUS lui annoncez cela comme une bonne nouvelle...

\ DESGRAVILLIER8.

Ma femme, vous allez vous faire rappeler à Tordre... (a camUie.) Je disais donc, ma chî^re enfant, que vous voilà arrivée à votre majorité, avec soixante-quinze mille livres de rentes...

CAMILLE

Je le sais... monsieur....

DESGRAVILLIERS.

Et, de plus, belle... gracieuse... charmante...

HORTENSE, tonjonrs deTant la glace.

Elle le sait aussi.

DESGRAVILLIERS.

Et cependant vous n'avez accueilli jusqu'ici aucune proposition, aucune idée de mariage.

CAMILLE

C'est vrai, monsieur.

DESGRAVILLIERS.

Ce n'est pas naturel !.., et moi qui ai Thabitude et le talent de voir ce qu'on me cache et de deviner ce qu*on ne me dit pas... j'en ai conclu que cette froideur était feinte.... cette indifférence affectée, et qu'au fond du cœur vous aviez, sans vouloir l'avouer, quelque secrète préférence...

CAMILLE, troublée et se défendant arec beaucoup d'émotion.

Moi, monsieur... qu'osez-vous dire?... Jamais... jamais!... et je ne comprends pas ce qui peut vous faire supposer...

HORTENSE, arrangeant les plis de sa robe.

Ah 1 mon Dieu 1... ma chère.,, quelle émotion... quoi trouble!... Je te vois d'ici dans la glace... et je suis à la fois ravie et surprise...

CAMILLE

De quoi?

HQRTENSE,

De l'idée que mon mari... pourrait avoir raison,

CAMILLE, qui s'est remise, souriant.

Tu en seras, Je le crains bien, pour tes frais.

DESGRAVILLIERS.

Enfin, mesdames... il m*a semblé que le receveur du département... ne déplaisait pas à ma pupille...

CAMILLE, riant aux éclats.

Âh 1 voilà une imagination...

HORTENSE

Elle rit de trop bon cœur, monsieur, pour c[ue vous ayez rencontré juste...

DESGRAVILLIERS.

 moins que le général commandant la division militaire...

(CamiUe continue à rire.) OU plutôt nOtrO préfet lllHnôOie...

CAMILLE, fiant toujdws.

Quoi I tous les trois !

DESGRAVILLIERS.

Non 1 mais dans le doute. .* ne voulant favoriser ni désespérer aucun prétendant... j'ai accueilli leur demande avec une égale bienveillance.

CAMILLE, cessant de rirç «t prenant un air Mebé.

Mais vous avez eu tort ! très-grand tort !

DESGRAVILLIERS.

J'ai dit ': bienveillance I... sans donner aucun espoir... sans me prononcer... et sans engager en rien votre consentement...

CAMILLE

N'importe, monsieur. Gela n'a pas de nom ; et, sans qu'il soit besoin d'en délibérer plus longuement, je les remise tous trois.

DESGRAVILLIERS.

Soil! seulement, par égard pour moi... et pour les trois premières autorités du département, je vous demanderai de ne pas leur faire connaître votre refus avant quatre ou cinq jours...

CAMILLE, étonnée.

Et pourquoi, s*il vous plaît ?

DESGRAVILLIERS.

Pour me donner le temps de ménager leur amour-propre blessé et d'arranger les choses de manière à ce qu'aucun des trois ne conserve de ressentiment contre vous.

CAMILLE

Je ferai ainsi que vous le désirez.

DESGRAVILLIERS^

Ah I vous êtes trop bonne !

(il baise la main de Camille et se retire.)

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