CAMILLE, HORTENSE
HORTENSE
Oui, trop bonne en effet... car ce délai qu'il te denande... ce délai de cinq jours est encore une ruse poliique...
CAMILLE
Comment cela?
HORTENSE
Les élections ont lieu dans trois jours, et d'ici là, le receveur e général et le préfet, les trois autorités du département comme il te le disait très-bien, vont, chacun de leur côté rivaliser de zèle et de démarches pour faire nommer le tuteur de celle dont ils espèrent la main.
LES MALIIEVn» HEURKUX 383
CAMILLE
Mais c'est une conduite indigne... déloyale...
HORTENSE
Du tout... manœuvre électorale... pas autre chose I...
CAMILLE, avec colère.
Aussi, que Tun d'eux s'avise de me faire la moindre déclaration, à moi ou à ma fortune... tu verras comme je le recevrai, et je prouverai bien par là, je l'espère...
HORTENSB, Yivement.
Que tu n'aimes aucun des trois! j'en suis certaine... (La
regardant lentement et en aouriant.) En dirais-tU autant de tOUt le
fronde ?
CAMILLE
Qu'entends-tu par là?...
HORTENSE
Qu'il y a de par le monde un certain petit jeune homme... Bi doux, si modeste, si franchement amoureux... qu'il a fait ma conquête... et pourtant ce n'est pas moi qu'il aime... c'est une autre... Juge alors, si tu étais cette autre...
CAMILLE, arec ironie.
Oh ! ce serait dangereux. (s'effor«ant de aourire.) Et quel est le nom de ce séducteur, sans le savoir?
HORTENSE
Je te le dirai... si tu me promets de ne pas rougir.
CAMILLE
Avec une pareille recommandation... le premier nom venu vous rendrait pourpre...
HORTENSE
Préface adroite pour motiver le léger incarnat qui déjà
couvre tes joues... (S'approchant d'eUe et lui prenant la main.) Est-
ce que tu as déjà deviné que j^allais nommer M. Henri llfelval?...
^ CAMILLE, troublée et roagÎMant.
Moi !...
H0RTBN8B.
Tiens... tiens, que disais-je I... qu'as-lu à répondre à cela?
CAMILLE
Que tu te trompes complètement! Mon pauvre père m'a dit en mourant : ce Ma fille, je ne vois qu'un avantage dans « les biens que je te laisse, c'est que tu pourras, avec ta c fortune, choisir un mari qui n'en aura pas ; à la condition, « seulement, que ce sera un honnête homme, un homme de « mérite, qui aura un état, une position et utie conduite « honorables... Tu me le promets^ mon enfant? » Je le lui ai juré, Hortense, et vois maintenant, toi-même , s'il m'est permis de penser à M. Henri ? — Quel est-il ?
HORTBNSB.
n est, je CFoiS) sans fortune !
CAMILLE, TÎToment.,
Oui. n n'a quo cela pour lui ! Mais ce qui diminue ce seul mérite à mes yeux, c'est qu'il en avait une fort belle, dif-on, qu'il a dissipée... dans l'oisiveté, dans l'inconduite; et maintenant encore il est sans état, il ne fait rien.., cô qui est une chance de plus pour mal faire.
H0RTBN8B.
Tu es bien sévère pour ce pauvre jeune hommo l
CAMILLE
Tu es bien indulgente pour lui...
HORTENSE
Qui t'a prévenue contre?
CAMILLE
Qui t'a prévenue pour?
HORTENSE
Le vicomte Edouard de Comnènes, qui lui a voué estime et amitié... et le vicomte se connaît*..
CAMILLE
En mauvais sujets.
H0RTBN8B, virement.
Qui t'a donné une pareille idée ?
CAMILLE
Sa réputation, qui est détestable et qui vaut, diton, encore mieux que lui !... et tôi-méme, qui ne passes pas une soirée sans faire au vicomte des reproches ou une querelle. Et, tiens, voilà que tu rougis à ton tour.
HORTENSE
Moi!...
CAMILLE
Parce que tu ae ir^e dis pas la vérité... parce que tu sais bien, toi-même, que M. Henri Melval est criblé de dettes.
HORTENSE
Le bruit en a couru, j'en conviens!... mais tout à Theure encore, Lidiana, ma couturière, dont le mari est tailleur, et tailleur de M. Henri !... ne tarissait pas d'éloges sur son compte... c'est un jeune homme plein d'ordre, de talent et de mérite qui ne ressemble à aucun autre... Il paye son tailleur !
CAMILLE
En vérité !
HORTENSE
Fort exactement !
CAMILLE
Et cependant, on me disait... on m'affirmait...
336 PROVERBES — NOUVELLKS — ROMANS