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Proverbes romantiques

Ce Volume , outre les sept Proverbes qu'il renferme^ devait en contenir deux autres : l'esprit d'opposition qui se fait remarquer dans ceux que je livre au public est un gage assuré des obstades dont la censure menace aujourd'hui les productions de ce genre ^ et dont la suite de mes Essais ne m'eût assurément pas garanti.

Timide comme l'est toujours la faiblesse j cette censure tant redoutée ne frappe pas seulement la littérature politiT que; sa forcje .d!inertie paralyse dans les

ij AVERTISSEMENT.

journaux tout ce qui les rattache à l'opi- . nion générale. Un ouvrage qui n'a pas eu la sanctiori de Mont-Rouge est à jamais proscrit de leurs annonces ^ et si les relations commerciales ne suppléaient lentement à ce silence ^ les provinces ignoreraient jusqu'aux publications de la presse.

Ce danger peut n'être que fictif, mais il n'en est pas moins imminent : sans cesse en contradiction avec eux-mêmes , nos hommes d'état nous ont habitués à toutes les craintes , et la France tremble au jourd'Jiui devant une ordonnance dont la révocation fut l'aurore du règne de Charles X.

Ce coup fatal achèverait la mission que , la censure dramatique avait déjà si bien commencée 5 et cependant , ne voyonsr nous pas dans l'effet de ses indulgences passagères la condamnation de son habituelle sévérité?.... Une seule fois , ses ciseaux laissent échapper intact un manuscrit destiné au Théâtre Français , et cette scène nationale , atteignant le but de son antique institution, nous présente enfin ^

AVERTISSEMENT. ' iij

dans LES Trois Quartiers, le tableau fidèle de nos mœurs et de nos ridicules actuels. Les spectateurs, en saisissant les allusions dont cette pièce est remplie , se sont-ils empressés à la sortie de conspirer contre l'or<îre public ? Non , les spectateiM'S ont ri , chacun est rentré chez soi, et le budget s'est voté.

De tels exemples parlent trop haut pour avoir besoin de commentaire j mais la logique n'est pas à l'ordre du jour , et s'il est vrai que la censure des journaux ne soit retardée que par la difficulté de trouver des censeurs, nous devons craindre qu'elle ne nous arrive demain.

Pour éviter le sauf-conduit des commissaires chargés de l'art dramatique , les écrivains ont adressé aux salons la Vérité qu'ils ne pouvaient confier à la scène.

M. Théodore Leclercq a prouvé qu'on pouvait représenter encore la société devant «Ile-même : tous les châteaux ont reproduit ses s|)irituelles esquisses , et quelques paravents ont suffi pour offrir à nos yeux

iv AVERTISSEMENT.

,ce que le rideau de nos théâtres ne nous avait pas dévoilé.

Mais si cette rpute s'écarte d'un écueil^ elle ne saurait éviter celui qui se prépare j il faut donc le franchir avant qu'il soit ouvert. Si ce volume était favorablement accueilli ^ je ne halaincerais pas à y joindre bientôt les deux proverbes qui devaient en former le complément. Jusque-là^ je crois devoir céder aux conseil^ de mes amis, pour donner le temps à l'éditeur d'éluder les dispositions hostilei dont on effraie la librairie , et mettre ses intérêts à l'abri du silencç forcé des journaux.

Au château de J^ardy.^ le 16 juin 1827.

Proverbes romantiques ! Comment, vous

donnez aussi dans ce genre-^là? — Sans doute. — Cela commeùce à être eflfrayant , et je ne sais ce que va devenir notre littérature. Malgré les efforts du champion redoutable de l'Académie française, la nouvelle Muse a <ïéjà pénétré dans le sanctuaire des quarante immortels , et tandis que nos grands théâtres n'offrçnt plus les chefe-d œuvre des maîtres qu'à l'admiration d'un petit nombre de p»sélytes, le Bénéficiaire y qui déguisait en vain son origine sous la forme classique des cinq actes, a vu cent fois de suite la foule inonder le péristyle des Variétés. Enfin Baal triomphe, et non content de lui voir, usurper la place du vrai Dieu dans l'enceinte de nos temples, vous voulez encore consacrer ses autels Jusqu'au sein des foyers domestiques*.... Paisibles possesseurs des salons de campagne , les proverbes avaient du ja^ins gardé leur pureté première; élevés au niveau des autres compositions dramatiques par le .spirituel auteur du Jury^ ils semblaient devoir désarmer la colère des Vandales , et vous voulez

aussi les envelopper dans la contagion ? vous voulez

leur inoculer le. romantisme? Mais en vérité

c'est une barbarie Plaisanterie à part, ce

genre est tout-à-fait faux. — Plaisanterie à part , je le trouve très-vrai. — C'est ce que vous ne me ferez pas entendre. Je ne sais rien de plus faux que le Solitaire et le Renégat. — Ni moi non plus. — Vraiment?.... Vous navez donc pas employé d'inversions ni de néologismes? — En aucune sorte; j'ai tâché d'être simple et naturel. ^ — Vous avez au moins fait agir et parler des êtres abstraits , le Temps, l'Espace; les Anges, les Démons? — Je m'en suis bien gardé : tous mes personnages sont des êtres très-réels , des êtres tels que la société en présente tous les jours à vos yeux , et ce sera ma faute si vous n'en retrouvez pas. quelques-uns de votre connaissance. — Pour le coup je ne vous comprends plus, et je ne vois pas en quoi vous

êtes romantique Ah ! je vais vous y prendre :

je gage que vous avez proscrit les unités de temps et de lieu. — Oui , quand j'ai eu besoin de le faire. — Voilà ce que je trouve éminemment faux. — Pourquoi? — Parce qu'on ne pourra jamais me faire ^croire qu'une action qui dure deux heures embrasse un espace de plusieurs jours ou de plusieurs mois. —Vous. admettez bien qu'elle embrasse un espace de vingt-quatre heures. — C'est

un terme étabU; il en faut un, et cehiMà est raisonnable.— Il ne le serait pas pour des sp'ec* tateurs habitués à voir des pièces dont laction ne durerait tout juste que le temps de la représentation. — Mais nous n'avons pas cette habitude, et noire illusion se prête à un temps plus étendu , pour que la vraisemblance soit d'accord avec nos plaisirs. — Ne noua reprochez donc pas de vouloir les augmenter. 7— Bast!.... Jje vous défie d'être intéressant en violant ces règles capitales. — Vous n aveie donc pas lu Clara Gazul?»^ Si vraiment ; mais au moins si cet ouvrage est romantique dans la forme , il est classique dans le fond : les situations sont naturelles, le dialogue vrai, les caractères bien observés..... Vous riez? — Sans doute, parce que je vois que vous pMdez ma cause. — Pour Dieu, expliquez-moi donc ce que vous entendez par romantisme? — Je ne saurais , à ce sujet, vous faire mieux comprendre mes idées, qu'en vous ri^ortant une suite de conversations dont j'ai recueilli dernièrement la substance. J'étale au Théâtre-'Français ; on venait d'achever Cinna^ et j'avais examiné avec attention un trèsjeune hoinme qui occupait, avec sa soeur, le devant de la loge où je m^étais placé; A la grande scène du cinquième acte , le frère était resté froid et impassible ; la sœur fondait en larmes,

et voici ce que j entendis lorsque le rideau fut baissé.

juE FR£R£»

Eh bien ! tu pleures comme un enfant.

LA SCEUR.

Je t'avoue que cela m'a singulièrement émue : lorsque j'ai lu cette pièce dans le beau Corneille que tu as eu en prix Tannée dernière , je n'ai pas éprouvé cet effet-là.

LE FRERE

J'aime pourtant bien mieux la lire que la voir jouer.

LA SCEÛR.

Oh !.. .. Talma est si beau !

LE FRERE

C'est cela parce que tu l'as entendu dire.

LA SCEUR.

Regarde mes yeux, et tu verras que je le pense.

LE FRÈRE

Tu ne t'y connais pas Mon professeur m'avait bien dit que je ne serais pas content : lui qui a vu Brizard, il doit être bon juge, je crois. Effectivement, j'ai trouvé que Talma dépouille Auguste de toute sa noblesse ; on ne sait s'il parle en vers ; on croirait entendre un brave bourgeois dans son cabinet , qui dit à l'un de ses voisins , dont il a eu à se plaindre: Soyons amis, c'est moi

qui t'en convie ; allons , qu'il ne soit plus question de rien Ce n'est pas de la tragédie.

LA SOEUR

C'est ce que tu voudras ; mais cela m'a bouleversée.

LE FRÈRE

Parce que tu es une femme ; mais moi qui suis au fait des traditions , moi qui juge avant de me laisser attendrir , je ne suis pas la dupe de mon cœur.

LA sceuR.

Je ne sais pas juger, j'en conviens , aussi je n'ose pas toujours avouer ce que féprouve.

LE FRERE

Et quand il dit à Cinna , qui veut l'interrompre :

Tu tiens mal ta promesse C'était une intona-

tiori comme tout le monde en trouverait une

Je ne dirais pas autrement , si tu ne me laissais pas finir , après m'avoir assuré de ton silence jusqu'à la fin de ma phrase. Eist-ce de cette manière que doit parler un empereur?

LA SOEUR

Si j'étais impératrice , et qu'il m'arrivât d'être seule avec mes bonnes amies , je leur parlerais comme je fais tous les Jours.

LE FRÈRE

Encore une fois , tu ne sais ce que tu dis : il y

a au théâtre une vérité de conveutbn qu'il faut

saisir.

LA SCEUR.

Ah ! je ne sais pas tout cela.

LE FRÈRE

C'est par cette raison qu'il faut t'en rapporter aux personnes instruites.

LA SGEUR.

Tu veux donc que je demande ton avis pour savoir quand je dois pleurer?

^ LX FRÉRI.

Il n*y a pas moyen de raisonner avec les femmes. Commence par lire le Cours de Littérature de La Harpe , et nous causerons ensuite : cela te formera peut-être le jugement. .

LA SGEUR.

Tu n'es pas aimable^ mon frère : je n'ai pas, comme toi, remporté des prix au collège; je n'ai pas reçu de leçons de peinture , de violon , d'anglais et d'italien, et comme tu possèdes sur moi tous ces avantages, tu devrais être plus indulgent.

LE FRERE

C'est que je voudrais te donner un peu de goût»

LA SGEUR.

J'ai peur que tu ne m'ôtes du plaisir.

Quelques jours après, le hasard me fit rencon-

trer mes deux jeunes gens au Musée; j'arrivai en même temps qu'eux devant le tableau du naufrage de la Méduse , et j'écoutai leurs réflexions.

LA SCEUR.

Oh !. . . . cela fait frémir.

LE FRÈRE

Tu as bien raison , car c'est détestable.

tA SCEUR.

Vraiment, ce tableau est mauvais?....

LE FRERE

Ne vois-tu pas que le coloris est uniforme partout?

LA SOEUR

Dieu !.... que ces tnalheureux ont bien l'air de soufirir tous les tourmens de la faim !.... Ce cadavre jeté sur le bord du radeau!.... Ce vieillard qui tâte le cœur de Son fils immobile !.... Ce nègre qui agite un mouchoir en l'air ! . . . . Oh tiens , tiens ,

un vaisseau dans le lointain Âh! ils vont être

sauvés!

LE FRERE

Es-tu folle?.... C'est une toile que tu regardes.

LA SGEUR.

Ma foi , je l'oubliais. Vois , je suis toute glacée.

LE FRERE

Mais fais donc attention aux défauts : nulle harmonie dans les lignes; toutes les figures jetées au

hasard; aucune combinaison dans les plis des vètemens.

LA SCEUR.

Ah ! je ne sais pas dessiner , et je n'entends rien à ce que tu me dis ; tout ce que je sais , c'est que jamaif tableau ne ma frappée comme celui-là.

LE FRÈRE

Cela doit être; quand on ne connaît pas les règles , on juge en aveugle ; mais mon maître de dessin m'avait prévenu , et je vois qu'il avait pensé juste. C'est de la peinture de genre.

LA SCEUR.

Je suis sûre que j'cft rêverai cette nuit.

LE FRÈRE

Quel dommage qu'un talent pareil ait été égaré dans une fausse route ! Tiens, regarde à côté ce Marius : voilà un véritable tableau. Comme ces poses sont académiques.... Comme le manteau

du vieux Romain est bien drapé C'est là qu'on

découvre de l'art.

LA SCEUR.

Oui y oui , c'est beau. . . mais j'aime mieux l'autre.

LE FRERE

Tu me fais pitié Rien n'est amusant comme

les gens qui jugent les arts sans en connaître les principes. Est-ce pour rien qu'il y a une école à Rome , et crois-tu que l'imagination suffise pour

PRÉFACE. ô

faire un peintre? Il faut étudier les grands maîtres, et suivre la i^oute qu'ils nous ont tracée, parce que c'est en la parcourant qu'ils ont produit des chefs-d'œuvre. Viens dans l'autre * galerie , je te. montrerai les tableaux des peintres d'Italie.

LA SGETJR.

Je veux bien, mais nous reverrons celui-ci avant de sortir.

Je quittai les deux jeunes interlocuteurs , et le . lendemain je me trouvai placé près d'eux à une représentation d'Otello, au Théâtre-Italien. Après la pièce j'entendis encore ce qu'ils dirent.

LE FRÈRE

Vas-tu t'extasier cette fois ?

LA SCEUR.

Vraiment je n'ose te dire ce que je pense , car mon maître de piano m'a tellement répété que la réputation de M"" Pasta était une affaire de vogue , que je crains de me tromper.

LE FRÈRE

Elle t'a donc fait plaisir?

LA SGEUR.

Elle m'a transportée.

LE FRERE

C'est une chanteuse distinguée, sans doute; mais elle a l'organe voilé.

LA SOEUB.

Te le dîraî-je? Le son de sa voix me porte J^ l'âme, et ce défaut que tu lui trouves est à mes yeux une qualité de plus.

LE ?REKE.

Voilà bien l'enthousiasme !

LA SGEUR.

Non , je te dis ce que j'éprouve. Quand elle chantait la romance du Saule, il me semblait entendre quelque chose d'aërîen , de vaporeux que je ne puis rendre ; je n'étais pas sur terre , et la salle, les spectateurs, le théâtre, tout avait disparu.

LE FEERE.

Ah ça, il y a de la magie , là dedans !

LA SCEUR.

Moque-toi tant que tu voudras , mais c'est là l'effet que j'ai ressenti.

LE FRERE

Sérieusement, dans la scène avec Otello , n'as-tu pas remarqué qu'elle a donné un la qui n'était pas très-juste.

LA SCEUR.

J'avais bien le temps d'y faire attention !. . . C'est a peine si je pouvais respirer ; l'accent du désespoir, de l'innocence injustement soupçonnée, était tout ce qui me frappait, et je gagerais qu'elle

n'a pas prie garde elle-même à la note dont tu parles.

L£ FBÈRE.

Ah si Ton se laisse aller ainsi à ses émo-

lioils , on détruira toute théorie ; mais je veux qu'elle ait bien rendu la situation, et qu elle ait sacrifié la justesse d'un son à la vérité du jeu, il n'en est pas moins vrai qu'elle a manqué de

noblesse Que signifie ce geste dont les dilet--

tanti ont paru enchantés? Se mettre presque à genoux en posant les deux mains sur la cuisse , et regarder fixement Otello?

LA SŒUB.

Il est bien question de n<Àlesse , quand une femme dit à son mari : Comment, c'est aux discours de ce traître que vous ajoute? foi ! ! Il s'agit de désordre, de passion , d'entraînement.... et...

enfin je ne puis m'exprimer mais j'en suis

encore toute émue^ , .

LE FRERE

Toutes les règles , tous les principes sont pour toi comme s'ils n'existaient pas...... Jamais nous

ne nous entendronst Amuse-toi en ignorante.

LA SOEUR

Et toi , baille en connaisseur.

L'opposition de ces deux jeunes gens, chez l'un desquels la nature seule parlait, tandis que

l'autre se laissait guider par les règles admises, m'a plus fait réfléchir que toutes les controverses imprimées sur les arts. Supposez maintenant qu'ils aient tous deux pris la plume pour jeter sur le papier quelques proverbes sans conséquence , et ce que vous allez lire ne sera pas Fourrage du frère , mais celui de la sœur.

LÇ COSMOPOLITE.

QUI YEKRA, SAURA.

PERSONNAGES

ARTHUR

RICHARD

Clf ALCADB.

JNI60, aubergiste espagnol.

VK MOllfB.

THIELMANN

STAUB f-étudians allemands.

Olf OrriClBir ALLEMAND.

RESCHID-PACrfA.

CM JEDIfR GRBC.

PLUSIECBS ESPAGNOLS.

PLOSIEU88 iTUMANS ALLEMANDS.

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