SCÈNE
(A Paris.)
ARTHUR, RICHARD
RICHABD.
Comment, en vérité, nous quittons Paris?
ARTHUR
Eh! oui, nos places sont retenues... Ne vas-tu pas te plaindre? Combien de fois m'as-tu dit que tu souscrivais d'avance à toutes les entreprises folles ou sages que je pourrais tenter! Riches tous les deux , tous les deux sans famille , notre amitié est le seul nœud qui attache chacun de nous à quelque chose : nous serons donc bien partout où nous serons ensemble.
RICBARI).
J'en conviens.; mais nous passons la vie si agréalj^Jemeht dans cette capitale ! Point d'a0Wres, point de soucis , toujours des plaisirs , que veux-tu de mieux?
i6 LE COSMOPOLITE.
ARTHUR
Richard 9 ton apathie me désole : ne sentiras-tu jamais , au fond de ton cœur, ce désir inquiet de connaître et de voir? Not^'e jeunesse languira-t-elle constamment dans cette fatigante, monotonie ?. Pour moi, je suis las d'être témoin de tant de sottises ; je veux quitter un pays où les illusions sont détruites , où le positif et Tégoîsme ont glacé tous les cœurs, où ^tandis que runpaçle de morale religieuse et couvre d'or les tables d écarté , l'autre regrette hautement l'austérité républicaine , et mange des truffes à chaque repas ; où l'on ne voit enfin que charlatans et compères qui vendent leur baume au plus haut prix, en riant des sots qui l'achètent.
RICBARD.
Tu es bien bon de t'échaufier la. bile pour si peu de chose ! moi qui n'ai pas ton imagination ardente , je n'ai jamais été la dupe de personne ; je n'aime ni ne hais, et n'ai de penchant que pour l'habitude.
ARTHUR
Grand bien te fasse ! il est de certaines choses auxquelles je ne puis m'habituer, moi. Je ne trouverai jamais plaisant de perdre le cinquième de mon reveùu, et dussé-je vivre cent années, la congrégation ne me semblera jamais aimable.