LE MAIRE, M. LEBRUN
M. LEBRUN
C'est un fléau , vous dis-je , et Texpression n*est pas trop forte.
LB MAIIE.
Pour Dieu, mon gendre^, débitez ces maximes à votre club de libéraux , mais épargnez-les moi ; elles sont fort déplacées ici. Je sais que vos amis, lecteurs du Constitutionnel^ ont des phrases toutes faites pour injurier les Missionnaires : je m'attendais à leurs clameurs et je^ les ai bravées. La révolution a jeté dans le peuple des racines profondes qui ne sont point coupées encore ; la parole divine peut seule accomplir cet ouvrage.
M. LEBRUN
On croirait, à vous entendra, qu'il n'y a plus
25o , LA MISSION.
de clergé !... Cette parole divine dont vous attendez de si puissans effets n'a-t-elle donc pas ici d'organes? Notre curé qui appuie ses saintes prédications par de bonnes œuvres, ne saurait -il suffire à propager la foi , et à entretenir le feu de la charité ?
LEMAIBE.
Les moyens communs sont inhabiles à réparer les maux extraordinaires : nous sommes sur un volcan, et il s'agit de l'éteindre avant d'être anéantis par son éruption.
H. LEBRUN
Où diable voyez-vous des volcans? Il me semble , à moi , que tout est fort tranquille : les contributions se payent sans bruit, le recrutement s'opère sans murmures , les crimes deviennent plus rares chaque jour, l'ordre règne , en un mot, et s'il doit être troublé vous n'en devrez accuser que vous-même. Croyez -moi, des Missionnaires dans un pays chrétien sont inutiles s'ils ne sont pas nuisibles; autant j'estime ces prêtres courageux que leur ferveur entraîne dans les contrées sauvages pour y porter, au milieu des dangers, la lumière de l'évangile , autant je redoute ces apôtres intolérans qui transforment , parmi les nations civilisées, la chaire de paix en tribune politique.