‹ Proverbes romantiquesChapitre 138 sur 157 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LE MAIRE

Mon gendre , vous êtes un fou, pour ne dire rien de plus. Votre conduite aux dernières élections ne me 1 avait déjà que trop prouvé. Une fois pour toutes, si vous voulez que nous restions amis, ne me parlez jamais de ces sortes d'aflfaires. Je pourrais facilement vous confondre, mais vous êtes si têtu que j'aime mieux y renoncer.

U. LEBRUN

Soit ; je dois , avant de finir sur ce chapitre , vous adresser une prière. Yous avez enjoint à Félix de ne plus paraître au spectacle et de se montrer à la mission : ses dix-sept ans devraient être à vos yeux une excuse suffisante de ses goûts, et je vous avoue franchement qu'il m'est pénible de voir mon fils placé entre le respect qu'il doit à vos ordres , et la répugnance qu'il témoigne à leur obéir. Je ne puis les blâmer devant lui , et dans le fond de mon âme je ne les approuve pas.

LE MAIRE

Vous aurez du moins, je l'espère, quelques égards pour mes fonctions. Ma famille doit le bon exemple , et si vos principes vous empêchent de le donner, vous n'emploierez pas votre autorité de père pour détourner mon petit-fils de ce devoir. Cet enfant est dans la mauvaise voie

a52 LA MISSION.

M. LEBRUN

C'est-à-dire qu'il suit mes traces?.... Laissez

donc foire : s'il s'égare , j'en répondrai.

{ Entre le directeur àja théâtre. ) LE DIRECTEUB.

Monsieur le Maire, je viens vous foire mes adieux.

LE MAIRE

Hé quoi , vous nous quittez ?

LE DIRECTEUR

11 le fout bien : depuis huit jours que les Missionnaires sont ici, j'ai beau forcer le spectacle, les loges restent vides. Ils prêchent contre moi, ils excommunient ma troupe, et menacent du même sort les curieux qui viendront nous entendre ; si je foisais des recettes , je me consolerais encore de ce terrible arrêt ; mais les dames de la ville, qui paraissent plus timides, n'osent approcher du théâtre, et se signent en passant sur la place. Décidément je laisse le champ de bataille à ces Messieurs : je voudrais en vain soutenir la concurrence.

M. LEBH0N.

Allons , voilà le commencement. Les soirées iront être charmantes !

LE MAIRE

Mais , mon cher , vous vous effrayez à tort.

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