SCENE IV
LE C£NS£UR
Il ne peut pas rester !••.. dans un moment où nous n'avons point de marine.....
ARISTIDE
Il faudrait avoir la rage des allusions pour aller chercher- celle-là.
LE CENSEUH.
Oh! vous ne connaissez pas le public , il a des yeux de lynx; et quoique les nôtres soient bien exerces, nous laissons toujours passer quelque chose qu'il ne I^anqlle pas de saisir.
ARISTIDE
Cependant,' Monsieur, dans l'état où vous l'avez mise, ma pièce ne sautait être représentée.
LE CENSEUR
Laissez donc ! je suis sûr qu'elle y gagnera*... En ne blessant personne, vous aurez tout le monde pour vous , et votre succès sera fait d'avance.
ARISTIDE
Si vous aviez la complaisance de relire mon manuscrit?.... vous verriez que le. second acte tout entier est supprimé, et qu'il vaut autant supprimer la pièce. Je ne vois cependant pas la raison....
LE CENSEUR
lEUe est bien simple : dans cet acte vous sacrifie;i perpétuellement un homme en place , revêtu d'un titre.... On ne peut pas laisser des choses
semblables. Mettez un banquier, ce que vous voudrez , enfin. '
ARISTIDE
Mais, Monsieur, un homme en place ne peut-il pas avoir des ridicules?
L£ CENSEUR
Généralement, ils n'en ont guère.... Est-ce un ridicule d'être dévoué , bon serviteur du roi ?
ARISTIDE
Non , sans doute ; mais je puis atteindre ceux qui feignent tous ces beaux sentimens.
LE CENSEUR
Monsieur^ je n'en connais pas de cette sorte... Reprenez , s'il vous plaît ,. votre manuscrit ; il ne sera rien changé aux suppressions que l'on vous demande.
ARISTIDE i Dumaf.
Oh Dumas!... que tu es heureux de ne pas faire de pièces!...
( Ilsaortent. j