‹ Proverbes romantiquesChapitre 95 sur 157 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

LE NEVEU

Gomment 9 elle était poudrëe !... Vous n'auriez pas dû me dire cela ; je m'en faisais déjà un portrait enchanteur mais poudrée ou non, vous

conviendrez qu'un jeune homme de bonne famille aurait dû former une liaison plus sortable.

L'ONCLE

N'est-ce pas liïr qui va me faire de la morale , à présent?

LE NEVEU

Faites attention, mon oncle, qu'au moment où nous sommes , vous n'avez encore que vingt et un ans ; je puis donc prendre cette liberté.

L'ONCLE

Que ne dis-tu vrai !.... maïs c'est justement cet âge, mon anii, qui faisait mon excuse, comme il fait aujourd'hui la tienne , relativement à l'élève du conservatoire , que tu ne regarderais seulement pas si tu avais dix ans de plus , et que tu fusses en position d'avoir des attachemens phis convenables.

LE NEVEU

Passons donc k la quatrième lettre.

L'ONCLE

Ah! pour celle-là elle date delà première

époque sérieuse de ma vie , et l'aventure qu'elle rappelle à ma mémoire m'a jadis occupé bien vivement ! La révolution avait éclaté : ses beaux

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jours et ses orages -imprimaient une trop forte secousse à tous les cœsrs, pour y laisser une place aux douces impressions du plaisir. L'espoir, la terreur, l'enthousiasme, l'abattement, rhéroîsme agitaient tour à tour les âmes , et ma jeune imagination ne résista pas à ce choc tumultueux. Chacun prenait alors les armes : je courus des premiers dans les camps payer ma dette à la patrie. Jemmape, Hondscoote, Fleurus créèrent pour moi des émotions nouvelles , dont la grandeur fit disparaître celles qui m'avaient autrefois suffi. Je traversai donc ces années de gloire et de malheurs sans qu'aucune femme pût distraire long-temps ma pensée du vaste spectacle que j'avais sous les yeux. Le calme enfin succéda aux tempêtes; la tourmente politique s'apaisa par degrés ; les salons, qui se r'ouvraient dans la capitale, ofi*rirent un aimable repos aux longues fatigues de la guerre, et je m'empressai d'en goûter les douceurs» La gravité des circonstances qui venaient de s'écouler avait donné à mon esprit une marche moins légère : je songeai à me marier. Ma fortune me permettait un établissement avantageux , et mon cœur en fixa bientôt le choix.

LE NEVEU

Mais , mon oncle , vouéT avez toujours été garçon !

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