‹ Proverbes romantiquesChapitre 96 sur 157 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

. L'ONCL£.

Oui, mon ami..* dont j'enrage! Car c'est à soixante ans qiLon regrette d'être seul et qu'on passerait volontiers par-dessus les désagrémens communs à tant d'époux. Écoute ce qui m'arriva. Une jeune personne, appartenant à une riche famille ^ frappa mes regards dans un de ces bals où la société renaissante venait en foule oublier, cinq années de privations. Son air noble et graçic^ux , sa taille svelte et bien prise, sou élégante coiffure à la grecque s^ttiraient autour d'elle un essaim d'adorateurs , dont je grossis d'abçrd le nombre. Mais pensant qu'au milieu de ce concert d'hommages mon silence serait plus sûrement remarqué, je résolus d'affecter près d'elle une froide indiffé-^ rence, dont sa coquetterie ne tarda pas à se blesser. C'était justement où je voulais en venir; quelr ques explications à double entente me donnèrent lieu d'apprécier la finesse de son esprit, et les réunions brillantes^ qui •se succédaient sans relâche nous fournirent mille occasions d'engager un petit roman, dont un prompt mariage me semblait être le dernier chapitre.

LE NEVEU

Que vous deviez être heureur, mon oncle ! Faire la cour à une demoiselle bien 'élevée. . . cela doit être charmant !

178 LE PORTE-FEUILLE, etc.

LX)NCLE.

Plus que tu ne peux croire, mon ami!... Surtout lorsqu'on voit une épouse dans celle qui reçoit Tos soins , car une épouse qull aime est le plus précieux trésor que Thonime puisse trouver sur la terre. Maris tu vas savoir l'événement qui renversa tout-à-coup mes projets. • Depuis trois mois j'étais amoureux et payé de retour; j*en avais presque obtenu l'aveu, lorsqu'une fête au château d'un fournisseur vint mettre fin aux doutes qui mè restaient encore. Le soir , fuyant le bruit des danses et des instrumens, je m'étais écarté en causant avec ma jeune personne dans les allées du .parc: la solitude, la nuit, le mystère me rendirent pressant; je sentis sa jolie main trembler dans la mienne, une subite ivresse assaillit ma raison , sa tête s'égara... tu devines le reste. Ne m'interromps pas!.. Je rentrai chez moi tout pensif : l'amour heureux ne m'avait jamais laissé tes réflexions inquiètes qui m'occupèrent toute la nuit , sans que je pusse en définir la nature. Le lendemain , je reçus la lettre que tu vois.

LE NEVEU

Elle doit être curieuse Oh la jolie petite

écriture!

iiim.)

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