SCÈNE V
KAYMOND, à part, — Straton s'était donc trompé I il n'y a personne. (A Nina.) Comment va-t-elle?
NINA. -— Elle est un peu assoupie, elle dit qu'elle se sent mourir.
RAYMOND. — C'est vrai, elle va mourir.
NINA. — Ah ! ne parlez pas ainsi» monsieur»
IN BIÉLODHAME. il
RAYMOND. — Sorlez! — Oui, elle va mourir!
Qu'elle est encore belle ! quel terrible poison ! pas de douleurs, pas de traces! Ramire ne m'a pas trompé. Oui, elle va mourir, je vais rester seul, mais vengé! Je cherche dans mon cœur et je n*y trouve pas de regrets. Ah ! si : par moments je regrette qu'elle ne souffre pas. Je souffre tant, moi, je l'aimais tant ! Mais que me disait donc Straton, que son amant était ici? Ah I je l'aurais tué devant elle. Elle meurt, elle se croit aimée, regrettée ! elle ne soulfre pas tant que moi. (Il s'approche du lit.) Hélène, vous dormez?
HÉLÈNE. — Non, je meurs. — Mes membres sont morts, mes idées s'éteignent. — On ne peut donc pas me sauver ?
RAYMOND. — Vous u'êtcs pas aussi mal que vous le croyez ; il va venir un liabile médecin que je suis allé chercher. — Vous vivrez, vous aurez une longue vie encore de plaisirs, de fêtes et d'amour.
HÉLÈNE. — Oh ! ne me trompez pas, je sais ce que le prêtre m'a dit, et je sais aussi ce que je sens. (À part.) 11 ne me survivra pas, il va venir me rejoindre dans la mort.
RAYMOND. — Folies! vous vivrez, et je gage que vous danserez, d'ici à quinze jours, à la noce d'un de nos voisins qui était hier ici, et qui ne peut manquer de nous inviter. — Ce sera un beau mariage et un beau couple. — La fiancée a dix-huit ans et est ravissante. — L'époux est trcs-bien. — Quel îifife peut-il avoir? Quel âge peut avoir M. Paul? '
iS UN MELODRAME.
HÉLÈNE, comme réveillée en sursaut, — Paul ! (|ui parle de Paul ?
RATMOND. — Moi. Je vous dis qu'il se marie dans quinze jours, et j'espère bien que vous danserez à sa noce.
HÉLÈNE. — Se marier ! Paul ! dans quinze jours ! {À part,) Je sais où il sera dans quinze jours : an ciel ou dans Tenfer avec moi.
RAYMOND. — Lui-même. C'est son oncle qui vient de me le dire ; il épouse cette charmante Isabelle que vous connaissez. — Il a fait quelques façons, ditToncle; il avait une amourette, une intrigue, une femme mariée ; — mais il a compris que ces choses-là ne durent pas. — Et d'ailleurs, il n'a pu voir Isabelle sans en devenir amoureux.
HÉLÈNE, se relevant sur un coude. — Écoutez, Raymond : vous m'avez aimée, je le sais. Je vais mourir, ne me trompez pas. — Au nom de l'affection que vous avez eue pour moi, au nom de votre salut éternel , au nom de ma mort, dites-moi la vérité. Est-il vrai que Paul Vermondi va épouser Isabelle ?
RAYMOND. — Rien n'est plus vrai. Mais quelle importance cela a-t-il ?
HÉLÈNE. — Vous ne voudriez pas, vous n'oseriez pas tromper une femme mourante. Oui ou non, Paul épouse-t-il Isabelle?
RAYMOND. — Je vous Ic jurc par mon amour pmir vous!
HÉLÈNE. — Ah !
(Raymond marche dans la ctianibrc et paratt chercher quelqu'un oa quelque chose, on du moins quelques (races. Pendant ce temps, Hélène est en proie à la flèvre du délire.)
UN NËLODRANE. 95