SCENE VI
HÉLÈNE, dans son délire, — Ah ! il se marie I il attend que je sois morte ! Il me disait de l'attendre là-haut ou là-bas, et je l'attendrais toujours pendant... toute réternité. Horrible trahison ! Eh bien I non, il ne Tépousera pas!... Ehbicn ! non, il ne manquera pas au rendez-vous ! il y viendra !... il y viendra en même temps que moi !
(Raymond rentre dans la chambre.)
HÉLÈNE. — Raymond, écoutez-moi : j'ai en ce moment un accès de force; mais, après cet accès, je vais mourir ; écoutez-moi bien. Vous m'avez aimée, vous m'avez donné votre nom, vous m'avez entourée d'affection ; si je n'ai pas répondu comme vous l'espériez à ce que vous avez fait pour moi, pardonnez-moi. Je meurs... je meurs à vingtdeux ans... je meurs malheureuse, désespérée. Dites si vous me pardonnez, et si vous tiendrez une promesse que je vais vous demander.
RAYMOND. — Vous pardouncr ? Et quoi donc, ma belle, ma chère, ma fidèle épouse? (À part.) Ce coffre, ce trou qu'on y a fait ! Straton avait raison ! — Que voulez-vous que je vous promette ?
HÉLÈNE. — Ecoutez : si vous ne teniez pas la promesse que je vais vous demander, — songez que je vais mourir, — que vous seriez puni. — Ah I je donnerais mon paradis en échange de votre punition. — Eh bien ! — aussitôt que je serai morte, — je veux qu'on enterre avec moi ce coffre, où j'ai
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renfermé tous vos présents, — tout ce que j'ai de précieux. — Je ne veux pas que rien de cela appartienne jamais à une autre femme.
RAYMOND, 8€ levantcxalté. — Âli ! cela, je vous le promets. — Je vous le jure sur ma damnation éternelle! Oui, si vous mourez, ce coffre sera enterré avec vous.
HÉLÈNE. — On ne l'ouvrira pas.
RAYMOND. — Soyez tranquille, on ne l'ouvrira pas.
HÉLÈNE. — Ah î comme vous dites cela, vous savez donc ?
RAYMOND. — Oui, jc sais tout !
HÉLÈNE. — Alors, vous ticudrcz celle promesse?
RAYMOND. — Je le jure... à vous et à Dieu !
HÉLÈNE. — Ah ! je meurs !...
(Elle retombe sans mouvement.)
RAYMOND. — ' Est-elle donc morte ? (Il met la inain
sur le cœur d'Hélène.) Non... pas encore... Quelle
étrange passion que la vengeance 1 Cette haine,
faite d'amour aigri, elle vaut l'amour; je ne la
changerais plus contre de l'amour. Ah ! oui, je la
tiendrai, ma promesse !
(Elle revient à elle, mais le paroxysme de flèvrc est passé; .elle regarde autour d'elle avec étonnement.)
HÉLÈNE. — Ou suis-je?... Je ne suis donc pas encore morte?... Non !... Oh! mon Dieu ! je me rappelle... Raymond, Raymond, ce n'est pas vrai... ne le faites plus, c'est un crime affreux... Dites-moi que vous ne le ferez pas... Enterré vivant !
(Hélène retoml)e sur son lit et reste (icuduo.)
RAYMOND .(f£ tMt la main sur le cœur d'Hélène )
UN HELODUAME. 23
— Celte fois elle est morte. A Tautre maintenant; à celui qui me l'a enlevée, qui m*a enlevé tout le bonheurde ma vie. Holà ! quelqu'un ! Appelez, Nina, appelez mes neveux ; que tout le monde entre I
(Entrent Nina, Marc, Straton^ et plusieurs domestiques.)