‹ Proverbes: Un mélodrame: De bas en haut: Le testament normandChapitre 33 sur 52 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

(Paul dans le tombeau. — U regarde autour de lui, porte plusieurs fois la main sur ses yeux, et sort du coffre.)

PAUL. —A quelle horrible mort j'étais condamné! Et c'est elle !... Ah ! elle me croyait traître et parjure! Et d'ailleurs, en mourant, elle suppliait Raymond de ne pas exécuter Tordre qu'elle avait donné dans le délire de la fièvre et du désespoir. J'échappe à cette épouvantable agonie, mais je ne veux pas échapper à la mort; — je tiendrai mon serment, — j'irai la rejoindre là où elle m'attend déjà, et ou elle doit trouver que je suis bien lent à venir. — Ah ! chère morte, ce n'est pas seulement pour tenir mon serment que je veux mourir ! — Que ferai s-je ici-bas sans toi? — Tu étais mon bonheur et ma vie; — mais ce que je souffrais là-dedans est au-dessus de la force et du courage de l'homme. — Ce poignard sera plus prompt, et j'aime mieux une mort volon-

taire, pour te rejoindre, — ô chère moitié de mou

âme! — Elle est là, là, dans cette froide bière.

Pourquoi n'a-t-on pas pu nous mettre dans le

même cercueil? — Gomment, elle est là, cette

femme si belle ! — Je veux mourir en embrassant son

cercueil !

(Il tire son poignard.)

Mais pourquoi non ? Je veux la voir encore une

fois; je veux mourir plus prés d'elle.

(Paul veut disjoindre avec son poignard les planches du cercueil, puis il s*arrête.)

Il ne faut pas que je brise ce poignard; j'en vais

avoir besoin tout à Theure. Ah ! ces deux scélérats

ont laissé un outil.

(11 prend le ciseau apporté par Marc. — Les planches du cercueil tombent une à une, puis ou voit le corps d*Hélène vêtue de blanc.)

doux et charmant visage ! quel calme et quelle sérénité elle a gardés dans la mort ! Oh ! en exhalant le dernier soupir, elle ne doutait plus de moi, elle savait qu'elle allait m'attendre ; elle était sûre que je ne manquerais pas à ce dernier, à cet éternel rendez-vous. Sans cela, elle n'aurait pas cet aspect d'un sommeil paisible. — Pardonne, chère âme envolée, les regrets que je donne à ce corps charmant qui reste ici. — Allons, elle m'attend.

(Il s*agenouille près du cercueil ; il contemple encore Hélène, il baise une de ses mains, il s'appuie sur le cercueil et pose le poignard sur son cœur à lui.)

Hélène, Hélène, me voici !

(A ce moment entrent par la brèche Nina et Antonio. — Nina recule, Antonio avance.

IN UELODRÂNË. 41

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