SCENE XII
Daus la rue.
UN A\DUGLE, jonenr de clarinette, conduit par un chien. UN AUTRE MENDIANT, appuyé sur des béquilles.
l'aveugle. — Le brutal ! Ces domestiques, ces fainéants, ça parle plus durement aux pauvres que
leurs maîtres. (Il souffle dam sa clarinette.) Qui va là ?
LE BOITEUX. — Un confrère.
L* AVEUGLE — Un avcuglc?
\£ BOITEUX. — Non, un boiteux.
L* AVEUGLE, d'uti toti dédaigneux. — Ah I ce n'est qu'un boiteux ?
LE BOITEUX. — Est-ce parcc que tu joues de la clarinette que tu es si fier ? Joli instrument , qui rend sourds ceux qui Tentendenl, et aveugles ceux qui en jouent ! Est-ce parce que tu es aveugle? Mais qui est-ce qui n'est pas un peu aveugle? Je ne suis que boiteux, mais je ne suis pas un boiteux comme un autre. J'ai une plaie hideuse à voir que je montre aux passants, avec l'autorisation du maire et avec garantie du gouvernement. Certes, mon frère, je ne voudrais pas être aveugle et perdre ma plaie : je ferais un marché de dupe, j'y perdrais. Je le pardonne ta fatuité et ton ignorance, parce que tu n'y vois pas.
(L'aveugle, un moment interdit, cherche aatour de lai ; puis il donne an coup de bâton à son chien.)