s. th., 1 p. qu. 2, art
la puissance à Pacte, c'est-à-dire un être qui devient quelque chose qu'il n'était pas auparavant. Exemple : un homme en marche; il passe d'un lieu à l'autre, il devient présent en un lieu où il n'était pas : cet homme est en mouvement. Une plante qui bourgeonne; elle est en voie de se couvrir de feuilles et de fleurs; d'abord dépouillée et aride, elle devient ornée et féconde : cette plante est dans le mouvement de la vie. On le voit, le mouvement c'est le « devenir » : « Moveri est fieri. »
L'être en mouvement clevie^it quelque chose, « fit. » Il n'était donc pas ce qu'il devient; mais il pouvait le devenir : il était en puissance. « Nihil movetur nisi secundùm quèd est in potentià ad illud ad quod movetur. » L'homme qui marche est en puissance par rapport au lieu où il va; la plante qui bourgeonne est en puissance par rapport aux feuilles et aux fleurs. « Moveri est entis in potontiâ. »
Mais, d'autre part, qu'est-ce que mouvoir? C'est faire passer de la puissance à l'acte, c'est mettre en acte. « Movere nihil aliud est quàm educere aliquid de potentià ad actum. » Exemple : l'homme est mis en marche par la vertu motrice de son âme : l'âme est le moteur ; — la plante bourgeonne sous l'influence des agents extérieurs : ceux-ci meuvent la plante ; — un train s'avance sous l'action de la vapeur : la vapeur est le moteur du train.
Remarquez maintenant que pour mouvoir, pour faire passer de la puissance à l'acte, il faut d'abord être en acte. « De potentiâ non potest aliquid reduci in actum nisi per aliquod ens in actu. » En effet, pour imprimer un mouvement, il faut être une vertu, une force, c'est-à-dire qu'il faut avoir en soi, d'une certaine manière, le mouvement produit. L'âme, les agents physiques, la vapeur, sont des forces. Un être, où le mouvement ne se trouverait pas, qui ne serait pas une vertu motrice, mais une pure puissance au mouvement, — la matière inerte, par exemple, — ne pourrait pas le produire. Il serait néant, pur non-être, par rapport au mouvement, et rien n'agit qu'autant qu'il est : « Nihil agit nisi secundùm quod est; — operari sequitur esse. » D'où il suit que rien ne meut qu'autant qu'il est en acte : « Aliquid movet secundùm quôd est actu. — Movere est entis in actu. »
Si donc le moteur doit être en acte, « movere est entis in actu », tandis que la chose en mouvement doit être en puissance « moveri est entis in potentiâ; » comme, de par le principe même de contradiction, une chose ne peut être, en même temps et sous, le même rapport, en acte et en puissance, — « non est possibile ut idem sit simul in actu et in potentiâ secundùm idem, » — il faut nécessairement conclure, qu'une chose ne peut, par rapport au mêm€ acte, mouvoir et être mue,
OU se mouvoir elle-même : « Impossibile est qu6(l, secundùm idem et eodem modo, aliquid sit movens et motum, vel quôd moveat seipsam. »
Par conséquent, tout être en mouvement 'est mu par un autre. « Omne quod movetur, ab alio movetur^. »
N'est-ce pas là un principe manifeste, qui tire immédiatement son évidence du principe même de contradiction, des notions premières de puissance et d'acte, du rapport fondamental de l'être et de l'opération ?
Movere est entis in aciu — moveri est entis in potentïâ.
Impossibile est autem aliqind esse, simul et secundùm idem, in actu et in potentiel.
No7i potest igititr aliquid esse, seciindiim idem et eodem modo, movens et motum, vel movere seipsiim.
Ergô omne quod movetur, ab alio movetur^,
1. In taiitùm aliquid indioet inoveri ab aliqno, in quantum est in potcntià ad plura ; oportet enini ut id ((uod est in potentià reducatur in actum per aliquid ([uod est in actu : et hoc est moveri. {S. th., I, II, 9. art. 1.)
2. « Pour ceux qui l'ont pénétrée et comprise, dit M. l'abbé Farges dans une de ses savantes Études 'philosopliiqucs, cette proposition — (Omne quod movetur. al) alio movetur) — n'est ni obscure, ni sul)tile, ni inutile, mais plutôt lumineuse et invinci])le comme les plus beaux théorèmes d'Euclide. C'est la réduction géométrique du principe de causalité ou de raison
Voilà le principe.
Or, toute créature, quand elle agit, est un être en mouvement, puisque son opération n'est pas sa substance même, mais un simple accident, un mode passager de la substance, et que la créature n'agit qu'en passant de la puissance à l'acte.
Donc, dans toute opération des créatures se fait sentir l'influence d'un moteur qui les applique à agir, d'une cause supérieure qui les met en activité.
Quelle est cette cause?
Le second principe sur lequel saint Thomas appuie sa doctrine va nous montrer Dieu. Nulle cause, dit le saint Docteur, ne donne l'être qu'autant qu'elle agit par la vertu de Dieu ; car l'être est dans les choses la perfection universelle et transcendante, laquelle ne peut procéder que d'une cause qui soit au-dessus de toutes les autres, et qui, pour ainsi parler, soit par nature l'Être même. Or Dieu seul est absolument et à la perfection l'Être et la Cause. C'est donc par la vertu et la motion de Dieu que toutes les créatures donnent l'être, en tant qu'elles agissent comme instruments de l'Être parfait et de la Cause Transcendante. Voilà pourquoi Dieu, qui est intimement pré-
suffisante au principe premier de contradiction ou d'identité. {Théorie de l'Acte et de la Puissance, chez Roger et Ghernoviz, à Paris.)
sent à toute créature, opère immédiatement en elles dans chacune de leurs opérations ^ les meut, les applique à l'acte, en un mot, les prédétermine à agir.
Dieu, Premier Etre et Première Cause; la créature, être d'emprunt et cause mendiante : ces deux faits, non moins assurés que les principes, sont la base de granit qui porte toute la théorie.
1. Cont. Gent., lib. 3, cap. 6G, 67. — Qu. 3, de Potejitiâ, art. 7, 4» in corpore.