Omnes motus, tàm corporales quàm spiritua
Or la volonté fst uno créature, une cause qui, dans son opération, passe de la puissance à Pacte.
Par conséquent, elle est subordonnée, dans son être et dans son opération, à l'influence du premier Etre, à l'action de la Cause première, à la motion du Premier Moteur. Comme toutes les causes créées, la volonté ne peut agir que par la vertu de Dieu : elle est mue, appliquée, déterminée à Tacte. Dieu lui donne une motion efficace, comme il convient à la Cause Première, laquelle ne peut manquer son effet; mais il ne lui ôte pas la contingence : rien ne serait plus contraire à la transcendance de la divine causalité. On doit dire de la volonté que Dieu lui fait tyx's efficacement produire un acte pleinement volontaire et parfaitement libre.
Telle est la conclusion rigoureuse de la théorie des décrets prédéterminants et de la prédétermination physique.
Mais est-ce vraiment la doctrine de saint Thomas?
los, roduciintur in primiini movens simpliciter. quod est Deiis. Et ideo quantunicuiiKiiic natura ali({ua, corporalis vel spiritiialis, ponatur pcrfocta, non potest in suum actuni procedere, nisi nioveatur a Deo... Sic i^ntnr actio cnjuslibot cntis croati dependet a Deo (piantùni ad duo : uno modo, in quantum ab ipso habet perfectionem sive formain per (juam a^it; alio modo, in quantum ab ipso movotur ad agendum. » (^\ Ih., 1, 2, qu. 109, art. 1).
Suivant rAngélique Maître, les causes créées sont dans les mains de Dieu comme l'instrument dans la main de l'ouvrier. Cette formule de la motion divine, le saint Docteur l'emploie expressément pour la volonté : « Les esprits et les volontés, dit-il, sont subordonnés à Dieu, comme des instruments à l'agent principal^. » Personne ne peut donc mettre en doute que le saint Docteur n'ait enseigné la même chose sur l'opération de Dieu dans les causes naturelles et dans la volonté. Les textes sont formels, aux endroits mêmes où la question de l'influx divin est traitée par le Maître.
Dans la troisième question de potentiâ, article 7 : utrûni Deus operetur in operatione n%tiirœ, les objections 12, 13 et 14, proposées contre la théorie de la prémotion physique, si clairement contenue dans cet article, sont tirées du libre arbitre. L'homme est libre, — la volonté est maîtresse d'agir, — l'agent libre agit de lui-même : « donc < Deus non operatur in voluntate opérante. » Ainsi argumente saint Thomas contre sa propre doctrine. D'où l'on voit que sa théorie embrasse la volonté même. Du reste, l'argument sed contra, qui est la preuve d'autorité en faveur des conclusions de l'article, ne saurait être plus clair.
1. « Sub Deo, qui est primus intellectus et volens, ordinantur omnes intellectus et voluntates, sicut instrumenta sub principali agente. » [Cont. Ge7it.,lll, 147.)
C'est le texte d'Isaïe : « Omnia opéra nostra operatus es in nobis Domine. » Il s'agit donc de nos actes libres. Bien plus, l'article môme débute par ces mots : « Respondeo dicendum quod simpliciter concedendum est Deum operari in naturâ et vohtntate operantibus. » Vers le milieu, après la réfutation de Toccasionalisme, l'exposé de la théorie est annoncé par ces paroles : « In ipsâ naturâ vel vohtntate opérante Deus operatur : quod qualiter intelligi possit, ostendendum est. » Suit la démonstration. Enfin, la conclusion est formulée en ces termes : « Ainsi donc Dieu est cause de toute action, en tant (pril donne la vertu active, (lu'il la conserve, qu'il l'applique à l'acte, et ([u'(41e agit par lui. Joint à cela (pie l'activité de Dieu c'est Dieu même, et qu'il osi présent an plus intime de l'être, non comme ])artie essonlicll(\ mais par son influx conservateur, il s'ensuit que lui-même opèn^ immédiatement dans cha(|ue agent, sans exclure l'activité de rai!:ent naturel ou volontaire^ »
1. « Sic ei'go Deus est causa nctionis cujuslibet, in(iuantum dat virtutem agendi, et in quantum conservât eam, et in quantiun applicat actioni, et in (Iiuintùni ejus virtute onniis alla virtus agit. Et cùni conjunxerimus liis (|uod Deus sil sua virtus, et quod sit intrà rem ([uamlihet, non sicut pars essentire, sed sicut tenens rem in esse, secjuelur quod ipse in quolil)et opérante immédiate operetur, non exclusà operatione volunlnlis et ualura\ »
130 PRÉDETERMIXATION PHYSIQUE.
Il est donc manifeste que la théorie enseignée dans cet article s'applique aux opérations de la volonté.
La chose n'est pas moins claire dans le Co7itrà Gentiles. A la fin du chapitre 67 : Qiiocl Deus est causa operandi omnibus operantibus, le saint Docteur cite à rajDpui de sa doctrine le texte précédent d'Isaïe, celui de saint Jean : « Sine me nihil potestis facere, » et celui de saint Paul : « Deus est qui operatur in nohis velle et perficere. » Puis il conclut ainsi : « Et hac ratione, fréquenter in scripturà, naturae effectus operationi divina^ attribuuntur , quia Ipse est qui operatur in onvni opérante per naturam vel per voluntateni. » Donc, lorsque saint Thomas, au chapitre 70, résume la théorie du chapitre 67 dans cette formule : « Superius agens dat virtuteiii ipsam inferiori agent! per quam agit, vel conservât eam, aut etiam applicat eam ad agendum, » cela doit s'entendre de la volonté non moins que des causes naturelles.
Dans la Somme théologique (1 p., qu. 105, art. 5 : utrùm Deus operetur in omni opérante), Targument sed contra est encore le fameux texte du prophète Isaïe : « Omnia opéra nostra operatus es in nobis. Domine. » Gela ne suffit-il pas à nous avertir que saint Thomas va parler de l'opération de Dieu dans toutes les causes secondes, même dans la volonté? Par conséquent, c'est aussi de la volonté qu'il faut
entendre que « Deus in omnibus intime operatur, » et encore que « Deus non solùm dat formas re?jus, sed etiam conservât eas in esse, et applïcat eas ad agendum, et est finis omnium actionum. »
Ces textes ne souffrent pas le moindre doute sur la pensée du Docteur Angélique. Oui, Dieu appli(]ue la volonté à agir, et cette application se fait par une véritable prémotion physique. Ou saint Thomas n'a jamais enseigné que Dieu, comme Cause Première et Premier Moteur, applique efficacement à l'acte, en d'autres termes, détermine à agir les causes secondes, — et rien peut-être n'est plus clair dans l'enseignement du Maître, — ou il l'a enseigné des agents volontaires tout autant que des agents naturels.
Mettons cette vérité dans son plein jour; faisons voir clairement (pie, selon saint Thomas, Dieu meut physiquement la volonté, même aux actes libres.
Il ne s'agit pas ici de Tinlluence que Dieu (.'xerce efficacement sur la volonté en s'ofii'rant à elle comme objet, c'est-à-dire comme Bien Universel et Fin Suprême. Il est clair que, sous ce rapport. Dieu seul peut mouvoir la volonté en renq3lissant son appétit inné du bien'. Il s'agit de la motion de Dieu agissant