s, th., 1 p., qu. 2îi, art. 5, ad
2. Le R. P. Th. de Régnon, S. J., néomoliniste, trouve que « Dieu, qui peut se proposer pour fin positive et antécédente de manifester sa miséricorde, 7ie peut se proposer pour fin positive et antécédente de manifester sa justice vindicative. » — Cette impossibilité est-elle évidente? — Bossuet ne l'a pas vue. « Les hommes veulent bien enten(h'e, dit-il, les permissions du péché qui tournent à leur avantage. Mais quand on vient à leui* dire que Dieu permet leurs péchés pour faire éclater sa justice, comme cette permission tend il les faire souffrir, leur amour-propre s'y oppose. Il n'en faut pas moms reconnaître que Dieu permet le péché parce que sans cette permission il n'y aurait point de justice vengeresse et qu'on ne connaîtrait
Mais si l'on demande pourquoi il a prédestiné ceux-ci et réprouvé ceux-là, « quare hos elegit in gloriam et illos reprobavit, » la raison humaine ne sait que répondre une chose : parce qu'il Va voulu, « non habet rationem Nisi divinam voluntatem. » C'est l'incompréhensible mystère de l'élection et de l'amour.
Pour achever de rendre sa pensée, l'Angélique Maître emploie ces comparaisons. Dans l'univers matériel toute la matière première des êtres est homogène. Pourquoi cette masse
pas la sévérité de Dieu, qui est aussi adorable et aussi sainte que sa miséricorde. » {Défense de la tradition, livre XI, chap. v). — Molina lui-même ne paraît pas l'avoir aperçue. « Aliqui volunt communiorem scholasticorum sententiamnon ità esseintelligendam, quasi Deus, ante prsescientiam peccati originis, quosdam, quos voluit, elegerit, reliquos, pro sua libéra voluntate, rejecerit ac reprobaverit , ad su8b misericordi^e et justitia? vindicativa? ostensionem ; sed quod id fecerit, post notitiam peccati, saltem originis, dùm per Ghristum et in Ghristo (cujus incarnatio, si Adamus non peccasset, futura non esset) quotquot beandi erant, de statu perditionis in sempiternam felicitatem perducere statuit... In quo non cerniticr illa, Deo indigna, inhumanitas sive crudelitas, quod sine ullâ ratione ex parte reproborum, et culpa, quae id mereretur, A^oluerit Deus tantam hominum multitudinem rejicere et reprobare... {Co7ico7'dia, -in qn. 23, art. 4 et 5, disp. 1, meml). 8, édition Lethielleux, 1876, page 480). — Molina enseigne que la manifestation de la justice est une des lins, quoique non pas la seule ni la principale, pour lesquelles Dieu permet les péchés et réprouve les pécheurs. (Ibid., pp. 436-439.)
do matière existo-t-olle sous diverses formes et constitue-t-elle différents corps? C'est que Dieu a voulu dans le monde matériel des espèces variées. Mais pourquoi cette portion de matière est-elle précisément do Pair et celle-là de l'eau? L'unique raison on est la volonté divine. De môme dans un édifice : pourquoi y a-t-il des pierres ici et des pierres là ? on peut l'expliquer sans peine. Mais pourquoi cette pierre est-elle ici plutôt que là? c'est le choix de l'ouvrier ou de l'architecte.
Si Dieu donc ne prédestine pas ces hommes, c'est qu'il ne le veut point. Voilà tout ce que notre faible raison peut savoir de ce mystère.
Dieu cependant ne fait aucune injustice aux réprouvés, car la prédestination, le choix, l'amour, toutes ces divines privautés, ne sont pas le payement d'une dette, mais un don absolument gratuit. Et qui n'est libre de ses dons? Comme le père de famille dont parle Jésus- Christ, l'amour infini peut dire à l'homme : Toile qiiocl tuuin est, et rade: an non licet niUii qitod volo f'acere^ ^
Mais si Dieu n'est pas injuste à l'égard des réprouvés, nous savons cependant qu'il veut
1. Mattli. '20, 1"). — Sur tout cet exposé, cf. Cont. Gent.. lib. 3, cap. KU. 102, IGo.
leur salut éternel : « Yult ornnes homines sal- Yos fieri. et ad agnitionem veritatis venire^ » Gomment accorder cette volonté du salut pour tous avec la réprobation de plusieurs 2, peutêtre du plus grand nombre 3?
C'est que, dit saint Thomas*, cette volonté générale n'est pas absolue, mais conditionnelle, « non est simpliciter velle, sed secundùm quid. » Les théologiens disent, après le Damascène, qu'elle est antécédente et non pas conséquente. Toujours est-il qu'elle manque d'efficacité. Dieu ne veut pas efficacement le salut de tous, car, s'il le voulait, de cette volonté toute-puissante qui produit toujours son- effet, assurément tous les hommes seraient sauvés.
Qu'est-ce donc que cette volonté antécédente et inefficace * ?
Une velléité plutôt qu'une volonté absolue, répond saint Thomas; car tout ce que Dieu