I. Ap. Dummermulh, pp
î. De ijratia, disp. 3, arl. 7, ii. 668.
leurs causes prochaines. En effet, les actes futurs libres n'ont aucune connexion nécessaire avec leurs causes prochaines, puisque la perfection des causes libres consiste a pouvoir agir ou ne pas agir... C'est la doctrine de saint Thomas quand il dit (1 p., qu. 14, art. 15) : « Celui qui connaît « l'effet contingent dans sa cause seulement n'en « a qu'une connaissance conjecturale, car la cause « contingente n'est pas déterminée par nature à « produire son effet » . Il paraît donc que la supercompréhension des causes imaginée par Molina n'est ni vraiment thomiste, ni raisonnable. Les molinistes lui ont substitué un autre médium, qu'ils tirent du principe de contradiction. Mais Molina l'avait déjà rejeté comme contraire à la doctrine d'Arislote (il eût pu ajouter de saint Thomas), a l'opinion commune des docteurs et à l'essence même des choses contingentes ^ Ce n'est
1. Concord. qu. 14, art. 13, disp. o2. « Quidam conlendenles in fuluris conlingentibus seinper allorani parlein, anlequàm evenial, esse ex aelernilate veram delerminatè, et alleraiii delerminatè falsam, — eàqiie ralione ex nalurà rei unam esse cognoscibilein fuluram delerminatè, et alteram non fulurarii delerminatè, — aibitranlur Deam antè omnem actum liberum suae voluntatis scire, non solùm qiiid per liberum arbilrium creaium sit in quâcumque hypotbesi fulurum, sed etiam quid ipsemet Deus sit libéré volitiirus..... Verumtamen contingentia fiitura ex iiatuiâ rei esse delerminatè vera, el cum Arislotelis doctrinâ, communique doclorum senlenliâ, et cum nalurà ipsâ contingenlium pugnat. » C'est après avoir rejeté ce médium que iMolina recourt « ad infinilam et illimilatam Dei perfectionem , quâ allissimo eniinentissimoque quoJam modo unumquodque arbilrium creatum comprehendit ».
LE BANNl'SlAMSME DES THOMISTES. 75
donc pas sans motifs (}un le P. de Hégnoii s'échappe il dire « qu'il faut renoncer a expliquer le comwent de la science moyenne » , car « aucune des ex[)lications proposées n'est satisfaisante ». Lt voilà pourquoi, « expliquer cette science, c'est œuvre de dilettautisme pliilosopliique ». D'où il ai)paraît que les médium molinisles de la prescience divine des futurs libres -n'ont pas été puisés a la source môme des doctrines thomistes ^ Quant au concours sunuitcufé, qui est un influx de Dieu avec la cause, mais non pas dans la cause, le R. P. de Régnon proclame hautement quim tel concours n'est pas celui qu'a enseigné saint Thomas. « L'opération divine dans l'action d'une cause seconde, dit-il, n'est pas un simple concours tombant exclusivement sur l'effet sans atteindre la faculté, comme le soutient r Ecole de Suarez (et Molina lui-ntème). C'est une véritable motion de la cause seconde ; c'est par la cause seconde que la cause première atteint l'effet... A mon sens, on djit dire, si Von veut suivre la doctrine de saint Thomas, que la cause première meut réellement la cause seconde , et qu'une inlUience de Dieu dans toute action tombe sur la cause avant de parvenir ;i l'efTet... Je crois ne faire ici que traduire saint T/unnus'^ ». Ainsi s'exprime le R. P. de Régnon. Longtemi)s auparavant, le P. Daniel, jésuite, avait écrit au célèbre dominicain xNoël
■1 . liannez et Molina, pp. 113, 114, 115. 2. Bannez et MoUmi, p. 178,
Alexandre : La doctrine de saint Thomas est que « Dieu agit dans Taction de la créature, en produisant dmis la créature quelque chose qui précède l'action de la créature, en vertu de quoi elle est déterminée à agir... Les théologiens qui, pour ne pas paraître abandonner saint Thomas, l'expliquent du concours, forcent visiblement le sens du passage ^ » . Il semble donc que les ouvrages oi:i l'on enseigne le concours simultané ne contiennent pas la doctr'mQ pure et limpide du vrai Thomisme.
Pour ce qui regarde la prédestination, nous avons déjà vu que dans les Congrégations de Auxiliis, ce n'est pas l'opinion de Molina, mais celle de Suarez, de Bellarmin et des Congruistes,.qui fut exposée et défendue par les Jésuites comme plus conforme à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. Le cardinal Tolet, quoique moliniste, reconnaît franchement dans son Enar ratio que son opinion est contraire à celle de saint Augustin, de saint Thomas et de Scot lui-même. Il est donc très probable que la théorie purement moliniste de la prédestination n'est pas vraiment thomiste.
Mais, si les molinistes n'ont pris dans saint Thomas ni le médium de leur science moyenne, ni leur concours simultané, ni leur prédestination post prœvisa mérita; en d'autres termes, si les théories de Molina ne sont pas thomistes, comment le Molinisme ose-t-il prétendre à passer pour la pure doctrine de saint Thomas?