FRANÇAIS
Peyssonnel.
Dcsfontaincs.
Delaporte.
Soleii.
Tasoucl.
Tasoul.
Tçafoukt.
Lime.
Jourc.
Te'siri.
Telziri.
Etoile.
IteTan.
Yte'ren.
Jtçri , sing.
Itçran, plur.
Terre.
Tamour.
Eyretl,
Akal.
Roi.
Amgar.
Sultan.
Pain.
Agrum.
Agroum.
Agroum.
Eau.
Ha mari.
Emcn.
Amam.
Cheval.
Hls.
Aoudiou.
Aâoud.
Ville.
Tamctliii.
Te me d inet.
Tarndint.
Rivière.
Hlersal.
Asir.
Assit et agrzar
Pierre.
Assequeriou.
Eflgraga.
• AdgragrJ
(1) T. XLVII, p. 367 etsiiiv.
(2) Cahier de février; p. 100 et siiiv. Le travail le plus
Shaw a loaguemeut énuméré toutes les tribus qui se trouvent entre la chaîne du Jurjura et Constantine. Je citerai seulement celles qui présentent quelques particularités remarquables. Les Tulhah et les Beni-Merouan , situés au suddeMilali , nous sont représentés par le voyageur anglais (i) comme des peuplades puissantes et nombreuses.
On ne reconnaît plus les mœurs arabes dans les infâmes usages des Animer, peuplade qui habite le pays au sud-est de Sétif, et chez laquelle les hommes prostituent ouvertement leurs femmes et leurs filles (2).
Un peu à l’ouest des Ammer et à 7 lieues S. S. O. de Sétif, sont les montagnes des Beni-Bou-Taleb, kabayles puissans et factieux, dont le district serait le plus productif de toute la régence, si l’on faisait valoir les mines de plomb qu’il renferme (3).
La petite ville de Zammorah , située dans les montagnes qui bordent à l’ouest la plaine de Sétif, est industrieuse et commerçante. On y* fabrique de superbes burnous, de beaux tapis et plusieurs autres ouvrages de laine à l’usage du pays. La contrée est
complet qui existe en ce genre est le Dictionnaire inédit de Venture, qui est à la bibliothèque du Roi, et dont le monde savant attend la publication avec la plus vive impatience.
(1) T. I, p. i3i, tr, fr.
(2) Ibid. p. i33.
belle et fertile et les habitans sont tous aussi industrieux que ceux de Zammorah (i).
Les douars des Raïgah s’étendent dans la plaine de Rassir-Attyre, depuis les montagnes des Beni- Bou-Taleb jusqu’au Djebel Yousef. Ces Arabes nourrissent beaucoup de bétail : leur pays, couvert d’excellens pâturages et de bonnes prairies, est arrosé par de nombreuses sources (2).
^ Près de Zainah, au sud-ouest de Constantine et au sud-est de Sétif, sont les camps nombreux des Ouelled-Abdenore, tribu puissante et turbulente, qui possède une vaste étendue de terres cultivées (3). C’est dans les champs qui appartiennent à cette tribu que Peyssonnel (4) a observé les immenses ravages causés par les sauterelles.
Les Ouelled-Draaje cultivent les grandes et fertiles plaines de EUHuthnah, situées au nord de Mésilah (5).
Si nous tournons, au sud et à l’est, le territoire de la ville de Constantine, nous trouvons d’abord la nombreuse peuplade des Girfah, sur la Seybouse, ensuite les Henneichah, tribu puissante et guerrière, mais aussi polie que généreuse. J’ai déjà signalé la
(1) Shaw, t.I,p. lag.Lett. mss.dePeyssonnebXV,p.4i»
(2) Shaw, t. I, p. 134.
(3) Ibid. p. i36.
(4) Lett. mss. XV, p. i3.
(5) Shaw, 1. 1, p. i39, tr. fr.
fertilité de son riche territoire. Il est séparé par la rivière Hamise de celui des Nememchah, autre nation également puissante et nombreuse, mais plus turbulente et plus grossière (i). Le district des Girfah est très fertile, entrecoupé de collines et de vallées, couvert, particulièrement dans les cantons montagneux, de bois de haute futaie et de plantations d’oliviers.
Les Ouelled-Braham sont limitrophes des Girfah et s’étendent jusqu’à Gonstantine; leur district est encore boisé, mais mains que celui de leurs voisins. Enfin les plaines qui environnent Tagilt et Tiffech, fameuses autrefois par l’abondance de leurs productions, sont cultivées par les Ouelled-Eass et les Ouilan.
Je terminerai cet article par une observation curieuse sur les Kabayles de l’Auras, que Shaw a probablement prise dans Peyssonnel, car, comme Bruce le dit (a), il n’est jamais allé dans ces montagnes. « Ils ont, dit-il (3), un air et une physionoa mie différente de leitrs voisins. Leur teint, loin a d’être basané, est au contraire blanc et rouge, et « leurs cheveux sont d’un jaune foncé, au lieu que « ceux des autres Kabayles sont tout noirs. » Shaw pense que ce sont des descendans des Vandales,
{i) Ibid. p. i53, 162, 164.
(2) t. L introd. p. 33, tr. fr.
(3) Shawp 1. 1, p. 149.
ou (le cette tribu maure du désert, que Procope (i) nous représente comme ayant le teint blanc et les cheveux noirs, tandis que lesautres Maures de ces contrées étaient basanés. Peyssonnel fait le- même por« trait des Maures de T Au ras qu’il appelle Ouelled- Bel-Cassem (2). Il ajoute que quoiqu’ils se montrent Mahométans avec les Turcs et les Arabes, ils n’ont au fond aucune religion, a On prétend, con- « tinue Peyssonnel (3), qu’ils vont à certains jours a de l’année se laver dans les rivières, et que la, Ci ils connaissent la première femme qu’ils rente contrent. Ils troquent leurs femmes à des condi- <i tions qu’ils règlent entre eux. En un mot, ils dif- « fèrent, m’a-t-on dit, en bien des choses, des autres a Arabes. »
et Je vis sur l’Auras, dit Bruce (4) a mon grand « étonnement, une tribu d’Africains qui, si je ne « ne puis pas dire qu’ils étaient beaux comme des « Anglais, avaient du moins le teint plus clair que « les habitans du midi de la Grande-Bretagne. Ils « avaient aussi les cheveux rouges et les yeux
(1) BelL Vand. II, i3.
(2) Peyssonnel dit qu’ils ont plusieurs autres noms, parce qu’il y a plusieurs nations ou familles dans ces montagnes, Elles obéissent toutes à un même chef qu’il appelle Sultan Sis ter a.
(3) Letto mss. XV, p. 25.
(4) T. I, introcl. p. 3j, tr. fr.
« bleus. J’en fus bien reçu : ils me laissèrent libre de « faire tout ce qui me plairait. Cette tribu porte le fc nom de Néardi. Ils sont Rabayles et portent « entre les deux yeux une croix grecque qu’ils se
« font avec de l’antimoine . Ils m’avouèrent avec
« grand plaisir que leurs ancêtres étaient chrétiens, « et ils semblaient bien plus satisfaits de cette il origine que d’aucun rapport avec les Maures à qui « ils font une guerre continuelle, v
Voici encore à l’appui de ces observations un fait curieux que je tiens de sir Grenville Temple. Lorsqu’il était à Tozer, deux tribus puissantes, au sud de Nephta et de Tozer s’étaient fait la guerre. Trois prisonniers furent amenés dans cette dernière ville. Sir Temple les a vus ; ils étaient blancs comme des Anglais, ils avaient les cheveux châtains et ne portaient pas du tout le caractère de figure arabe ou berbère. C’est là aussi qu’Ebn-Rhaldoun (i) place une peuplade de Frandfas^ restes des anciens Romains qui s’étendaient, dit-il, jusqu’auprès de Cafsa, et qui étaient chrétiens, de même qu’une tribu à 20 lieues d’Al^r. Ebn-Rhaldoun ajoute que, de son temps, en i45o, les chrétiens existaient encore en assez grand nombre dans toutes ces contrées. Je tiens ce renseignement important de M. Quatremère qui a lu en entier les huit volumes in-4° d’Ebn-Rhaldoun , dont nous
(1) Hist. des Berbers, manuscr.
avons (lernièrem&nt reçu la copie de Constantinople.
Mon savant confrère m’a assuré aussi qu’il existait encore, il y a 5o ans, une population chrétienne à quelque distance au sud d’Alger. Or, M. Paravey, chef du bureau d’Alger au ministère de la guerre, a vu dans cette ville, en i832, au tribunal du cadi, un homme blanc qui avait les joues roses, les yeux bleux , les cheveux blonds, qui était grand et fort et qu’il prit pour un Alsacien ou un Saxon. Il le fit interroger par un interprète. Cet homme répondit qu’il était d’une tribu à aS lieues au sud d’Alger. Il parlait l’arabe et le kabayle, mais mal et avec beaucoup d’accent. Etait-il de cette même tribu que m’a citée M. Qaatremère? M. Paravey crut voir en lui un descendant des anciens Vandales.
Les voyageurs européens, les auteurs orientaux et chinois décrivent aussi, dans le Paropamisus, une race blanche, aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Serait-ce, comme le présumait Rémusat, un peuple gothique , l’origine de ces Goths qui ont envahi l’Occident au troisième et au quatrième siècle? Cette race blanche du mont Auras serait elle aussi un reste des familles vandales réfugiées dans cette chaîne? Alors on devrait y retrouver quelques vestiges de la langue teutonique. Procope affirme qu’en 539 Justinien bannit de l’Afrique tout ce qui restait de Vandales et n’y laissa même aucune de leurs femmes. C’est là un fait positif qui semble contre-
(lire Topinion de Sliaw et de Bruce, suivant laquelle les tribus au teint blanc du mont Auras seraient les descendans des Vandales. Certaines circonstances atmosphériques, l’élévation au-dessus du niveau de la mer, que nous voyons, dans certaines montagnes, déterminer le changement de couleur du poil et des yeux des animaux, ont-elles produit cet effet sur les tribus de la race berbère et sur celles de la race indo-persane qui habitent, les unes, les sommets de l’Auras, et les autres, ceux du Paropamisus? Je signale aux observateurs futurs l’examen de ce phénomène curieux, et je ne crains pas d’affirmer en même temps , que la solution de ce problème serait du plus grand intérêt pour les sciences historiques et les scieiices naturelles. Je le répéterai encore en terminant cet* article; le but véritablement utile d’un travail tel que le mien sera rempli bien moins encore parce que j’aurai fait, que par ce que j’engagerai les autres à faire.
§ IV. Revenus de la province de Constantine,
Nous ne pouvons donner que des conjectures sur les revenus que la régence percevait annuellement dans la province de Constantine, avant la conquête, et le chiffre de ces revenus , lors même qu’il nous serait exactement connu , ne nous offrirait encore qu’une faible idée de tout l’avantage que pourrait tirer de cette belle et riche province, une adminis-
tratioii sage et éclairée: Le bey de Gonstantine était lui des trois fermiers généraux du dey d’Alger. Chacune des trois provinces qui composent la régence était imposée pour une somme déterminée, selon la capacité qu’on lui supposait pour la payer. Ces impôts se payaient partie en nature et partie en argent. Le bey et ses caïds faisaient tous les ans une tournée dans la province et levaient le tribut, les armes à la main. C’est avec une expédition de ce genre que Peyssonnel a visité la province de Gonstantine. Lorsqu’il partit de Bône avec le caïd et l’aga, ils avaient avec eux loo jumens et 2000 bœufs qu’ils conduisaient au dey d’Alger (i). Ce dernier était obligé de fournir les troupes nécessaires pour assurer la levée des impptsfmais l’entretien de ces troupes était, pendant'toute la tournée, à la charge des beys.
Shaw affirme (9.) que le tribut exigé par les Turcs se composait d’une petite capitation et du huitième du produit des terres. Il fait monter à 3oo,ooo dollars (1,647,000 fr.) le produit des taxes annuelles pour toute la régence; mais, suivant lui (3), le huitième alloué au gouvernement sur les prises faites sur mer, les biens des habitans morts sans héritiers, les contributions des caïds indépendans et les exac-
(1) Lettres mss. XV, p. 3.
(2) T. I, p. 4^2, tr. fr.
(3) Ibid. p. 408.
lions fréquentes des colleeteurs de l’impôt, formaient annuellement une somme bien plus considérable.
Shaler donne (i ) un tableau des recettes de la régence pour l’année 1822. La somme totale s’élève à 434,800 dollars (environ 2,860,964 fr*)* La contribution du bey de Gonstantine, pour les impôts de sa province, y figure pour 60,000 dollars (825,800 fr.) (2'’; à cela il faut ajouter d’abord 6,000 mesures d’orge que le bey de Gonstantine était tenu de payer toutes les années (3). La régence prélevait en outre 200,000 mesures de blé sur différons clieicks arabes (4) dont quelques-uns devaient se trouver dans la province de Gonstantine. INous savons que le domaine national avait , dans tout le territoire de la régence, d’immenses possessions que des confiscations souvent répétées et ordinairement arbitraires augmentaient chaque jour. J’ignore si le revenu du domaine, pour la province de>Constantine, était compris dans la somme des 60,000 dollars que le bey payait annuellement à l’état. Getté somme n’embrasse certainement pas les droits dé douane, d’importation, d’aubaine et de succession qui étaient fort considérables.
(1) Esquisse de l'état d'Alger, p. 49*
(2) Ces évaluations des dollars en monnaie française sont prises dans r Annuaire du bureau des longitudes, année 1 836,
(3) Shaler, p. 5o.
(4) ihid.
Une note communiquée par M, Jules Texier, et rédigée d’après des renseignemens dignes de foi, fait monter à par année le revenu total de
la province de Constantine. On trouve dans les Annales algériennes (i) un fait qui peut servir à confirmer l’exactitude de ce renseignement.
Vers la fin de l’année i83o, M. le maréchal Clausel avait conçu un projet dont l’exécution devait nous permettre de concentrer tous nos efforts et tous nos sacrifices sur la province d’Alger, tout en établissant notre suzeraineté sur les autres parties de la régence. 11 consistait à céder à des princes de la famille régnante de Tunis les deux beyliks de Constantine et d’Oran , moyennant une reconnaissance de vasselage et un tribut annuel garanti par le bey de Tunis. Le i5 décembre, le bey de Constantine fut officiellement destitué de ses fonctions , et le lendemain parut un arrêté qui nommait à sa place Sidi-Mustapha, frère du bey de Tunis. D’après une convention passée le i8 du même mois, le nouveau bey s’engagea , sous la caution de son frère, à payer à la France un million de francs par an comme contribution de sa province, (c Mais il n’était cc pas dit, ajoute M. Pellissier, par quels moyens a il se mettrait en possession de son gouvernement. (( Il paraît que ce devait être par ses seules forces, (( car le général Clausel envoya seulement à Tunis
(i)T. T, p. 109 et siïiv.
« quelques officiers français pour organiser, à peu € près à reuropéenne, les troupes qui devaient (( marcher sur Gonstantine. y>
Cet engagement pris par un prince qui devait être au fait des ressources du pays, nous porte à croire que l’appréciation de M. Jules Texier est à peu près exacte. Ai-je besoin de dire , en terminant , qu’une colonie européenne bien dirigée, répartie avec intelligence sur les points les plus favorables de cette grande et fertile province, en aurait bientôt doublé le revenu?
XIP PARTIE.
GÉOGRAPHiÈ COMPARÉE. — ARCHÉOI.OGÎÉ,
$ I. Filles principales de la province de Gonstantine,
Je vais maintenant tracer un tableau rapide des anciennes cités , des monumens antiques qui se trouvent dans la province de Gonstantine et dont les ruines, visitées à diverses époques par quelques voyageurs, méritent de devenir l’objet d’une exploration nouvelle, plus sérieuse et plus approfondie. Avant de descendre aux détails , j’indiquerai les mesures
générales qu’il serait utile de prendre dans l’intérêt des sciences historiques et géographiques.
Le travail le plus important est de fixer astronomiquement tous les points de l’intérieur où pénétreront les troupes françaises. Ces positions exactement déterminées, sont la base de toute bonne géographie moderne, et une condition indispensable pour l’exécution de la géographie comparée de la régence d’Alger.
Ceux de nos officiers pour qui l’étude des antiquités a quelques attraits, sentiront combien il sera avantageux de lever des plans aussi détaillés que possible des ruines des cités romaines, de recueillir leur nom moderne en arabe ou en berbère, de dessiner tout ce qui reste des anciens monumens, arcs-detriomphe, portes, temples, théâtres, édifices publics antérieurs à l’invasion arabe, de décrire leur mode de bâtisse, s’ils sont construits avec ou sans ciment, en pierres grandes ou petites, carrées, rectangulaires ou en losange, en marbre, en briques, en pisé ou en carreaux.
L’exploration des anciennes voies romaines est le plus sûr moyen de retrouver les positions indiquées dans les itinéraires, et que nous ne connaissons pas encore toutes à beaucoup près. Il faudrait décrire avec soin ces voies militaires anciennes partout oîi l’on en remarquera des traces, suivre ces routes avec détail, dire où elles existent bien conservées, et où elles n’existent plus, indiquer leur mode de cons-
tructioïijleslieuxoùeUespasseîit et les ponts conservés ou en ruines qui servaient jadis à entretenir les communications. La connaissance des distances est l’une des bases les plus essentielles et les plus sûres d’une bonne géographie comparée. Je recommande donc à MM. les officiers d’état-major et du génie, la reconnaissance exacte des bornes milliaires antiques, du nombre de ces bornes existant sur une même route, de leurs rapports de position et de distance, et surtout des noms de lieux et des chiffres qui s’y trouveraient inscrits. A mesure qu’un point aura été visité, il sera indispensable d’en noter exactement la position par rapport aux autres lieux connus, de manière à créer petit' à petit une carte exacte des localités qui auront été explorées.
Les inscriptions fournissent, comme on le sait, les moyens d’arriver à la connaissance d’on grand nombre de faits, intéressant l’histoire, la géographie les mœurs, qui ne se trouvent pas consignés dans le petit nombre d’ouvrages que nous a laissés l’antiquité. "Les plus importantes sont celles qui renferment un nom de ville on de colonie, celles qui sont relatives à un acte d’administration publique. Afin de ne pas perdre un temps toujours précieux, il est utile de faire un choix parmi les inscriptions tumulaires, etdes’arrêter seulementà celles qui pourront présenter quelque intérêt pour la géographie et pour riîistoire. Userait avantageux de réunir toutes les pierres ou les briques qui en contiennent, et de
choisir, pour les déposer dans un des lieux occupes par l’armée, un endroit sûr oîi ce trésor archéologique pût être à l’abri de la destruction.
Il faudrait apporter une exactitude minutieuse à noter la position et la distance des excavations sépulcrales et des ruines isolées relativement à un point connu de la côte ou de l’intérieur. Enfin l’histoire et la géographie trouveraient une source précieuse de renseignemens dans une collection de monnaies et de pierres gravées^ tant romaines qu’arabes j avec une notice exacte des lieux où elles auraient été acquises et découvertes.
Après avoir indiqué ces mesures générales, je crois devoir encore signaler quelques localités où des explorations, si on a le loisir et le moyen de les entreprendre, pourront amener des résultats impor>tans pour la géographie ancienne, l’histoire et l’archéologie. Ces points, je les indiquerai en me dirigeant de l’est à l’ouest. Les détails dans lesquels je vais entrer Boivent paraître minutieux aujourd’hui; ce n’est que plus tard qu’on pourra espérer d*en relever l’intérêt en rattachant les résultats obtenus à des systèmes de géographie, à une série de faits historiques , ou même à un ordre d’idées générales.
Béja (l’ancienne Vacca). — A dix lieues environ au sud-est de Tabarka, sur les frontières de la régence de Tunis, se trouve la ville de Béja, l’ancienne Vacca, siège d’un commerce florissant du temps des
rois do Nuinidic (i), et sous ia domination des Romains. Les murs et même les fondemens des maisons sont de construction romaine. On y trouve en place plusieurs inscriptions dont quelques-unes ont été rapportées par Hebenstreit et par Shaw (sî). C’était encore, en 1724? comme dans l’antiquité, le centre d’un commerce étendu, et le grand marché de blé de la province.
Tajilt (autrefois Tagaste). — A peu de distance de la Galle, dit Hebenstreit (3), sont les ruines de Tagaste (aujourd’hui Tajilt), patrie de saint Augustin. M. le colonel Lapie la place plus au sud, sur la rive droite de l’Hamise, affluent du Méjerda. Les inscriptions qu’on doit y trouver fixeront l’emplacement et la synonymie de cette ville importante qui restent encore dans le doute.
Madaure. — A quelque distance de Tajilt , Hebenslreit (4) a remarqué des ruines près d’un lac dont l’eau est saumâtre. Il pense que ce pourrait être celles de Madaure, colonie romaine, patrie d’Apulée, où saint Augustin avait fait ses études. D’Anville l’a placée sur la rive gauche de l’Hamise, à l’est de Tagaste, entre cette ville et Reff, l’ancienne Sicca
(1) Sallust. Bell. Jug. c. 5i.
(2) Hebenstr. Nouv. Ann. des voy. t. XLYI, p. yi. Shaw^ 1. 1, p. 209-2 [ 1 . tr. fr.
(3) Now. Ann. des voy. t. XLVI; p. 68.
(4) Idid.
ï^eneria. Si l’on pouvait explorer cette contrée, habitée, dit-on, par des tribus généreuses et polies, et retrouver le nom moderne et le véritable emplacement de Madaure, on rendrait un service important à la science, car on ne possède encore aucune inscription de cette ville , et sa position est incertaine.
Zaïna-regia. — C’est environ à lo lieues au sud de Tagilt, entre Reff (Sicca), El-Gattar (Tagora), plus près de Rassir-Jebbir (Naraggara), et de Gbellah (la Kïlla d’Appien ), qu’on doit retrouver la fameuse Zama-regia, capitale des rois numides, détruite dans la guerre que César lit en Afrique, contre Juba et Scipion qui avaient relevé le parti de Pompée. Ce ne peut être la Zama de la Proconsulaire, aujourd’hui Jama, qui, étant située dans la province Carthaginoise entre Ascurus et Dugga, a reçu mal à propos le surnom de regia des géographes du moyen-âge. J’ai eu le tort de vouloir détruire celte seconde Zama fort obscure qui s’est élevée après la destruction de la Zama numidique. Mais je persiste à affirmer que cette Jama ne peut être la capitale de Juba , située dans une plaine, que ce roi avait entourée d’une double enceinte de murailles, oii il s’était bâti un palais, et dont les eaux, au rapport de Pline et de Yitruve, possédaient la vertu de rendre la voix des chanteurs forte et mélodieusCo J’ai discuté à fond cette question dans le petit volume imprimé en i835, au nom de la commission
scientifique de l’Algérie, intitulé : Recherches sur V histoire de la partie de F Afrique septentrionale^ connue sous le nom de régence d^ Alger, etc. Je me contente d’y renvoyer (i) les personnes qui entreprendront cette exploration importante.
Les ruines de Rala-at-Snaan ou Ghella, qui est peut-être la Rilla d’Appien, de Naraggara ( Rassir- Jebbir), et d’Ismuc dont la terre a la propriété de faire mourir les serpens, doivent se retrouver dans un rayon de 7 à 8 lieues autour de Zama-regia, que les substructions de sa double enceinte et les circonstances indiquées feront aisément reconnaître, si l’on peut explorer cette contrée.
Tihessa (autrefois Théveste). — Sur la rive droite de l’Ouadi-Serrat, à i5 ou 18 lieues au sud de Ghella et à 10 lieues environ à l’est sud-est d’Hydra, se trouve Tipsa ou Tibessa (l’ancienne Théveste), ville frontièredelaNumidie,quin’a encore été visitée par aucun autre Européen que par Bruce. Léon l’Africain (2) mentionne ses remparts bâtis par les Romains, en pierres de taille énormes comme celles du Colysée, la quantité de colonnes, de marbres, de pilastres et d’inscriptions latines qui décorent l’ancien Forum et les autres édifices publics. L’exploration des ruines de Théveste serait fort intéressante.
(1) Recherch. etc., p. 76 et suiv.
Ün temple immense et un arc-de-triomplie d’un goût admirable, y ont été vus par Bruce (i), qui donne à cette ville le nom de Tipasa, et confirme la description faite par Léon des monumens de Tibessa.
Tifferech , Hamisa, — Dans la tribu des Beni- Sala, quelques lieues à l’est de Guelma, est un vieux château nommé par les Maures Tifferech, qui contient plusieurs inscriptions latines (2). Ami-chemin, entre Tifferech et Guelma, Hebenstreit (3) a vu les débris d’une très grande ville ancienne, de superbes portiques bien alignés , des colonnes de marbre, des palais encore debout, un amphithéâtre de cent cinquante pas de diamètre dont dix rangs sont intacts,Te tout en grosses pierres de taille. Les Maures appellent ce lieu Hamisa, probablement parce qu’il est situé sur l’Hamise. C’est, je crois, la colonie romaine de Tipasa que M. le colonel Lapie place à Tifferech. Du reste, les noms anciens de Tifferech et de Hamisa sont encore inconnus. Ces belles ruines, voisines de Guelma, peuvent être facilement explorées; je les signale à l’attention des officiers de nos armes savantes.
(f)P. 29, introd. tr. fr.
(2) Hebenslr. Nom. Ann. des voy. t. XLVI, p. 58. C’est probablement le lieu appelé TefaSj par Léon, p. 547.
(3) Ibid. p. 59.
Announa. — Ou ignore aussi l’ancien nom de cette ville, entrevue par Peyssonnel et par Poiret (i), près de laquelle l’armée a passé en marchant sur Constantine, et que M. Baude a visitée. Il m’a dit y avoir vu des ruines très étendues, des inscriptions en quantité, mais aucune ne lui a présenté le nom delà cité romaine. Le manque d’escorte et l’approche de l’ennemi, l’ont forcé d’abréger son exploration. A trois ou quatre lieues au sud-est, on doit chercher les ruines de Gazauphyla, mentionnée par Procope et par les itinéraires (2). Cette ville était à 44 milles romains de Cirta.
Alliga, Seniore, — Je ne fais qu’indiquer les ruines de ces villes situées, la première à y lieues ouest-nordouest d’Announa, 5 lieues à l’est de Constantine, dans une plaine, sur les hords de la rivière Alliga; la seconde, à 3 lieues au sud d’Announa près de la rivière Serff. Il y a, parmi les ruines de Seniore, une grande tour et une source d’eau excellente (3). Peyssonnel signale des ruines près de là, au lieu nommé EhHoria, dans la tribu des Guerfas.
J’ai déjà parlé des villes de Tucca-fines , de Mila, d’Ascuriîs, de Calaina, des thermes de Tibilis et de Meskoutin qui se trouvent sur les routes de Stora
(1) J^oy. en Barbarie^ t. I, p. 162.
(2) Voy. les Recherches sur la régence d* Alger, p. 189.
(3) Poiret, t. I, p- i63, Sliaw, l. I, p. i53, i54.
et de Bdne à Gonslantine. J’ai donné les distances , je me réfère aux mesures générales que j’ai indiquées au commencement de cet article et qui tracent les procédés h suivre pour l’exploration complète des villes antiques. ^
Centuria, Muguas, — Près de Constantine on trouvera les villes romaines de Genturia et de Muguas qui ne sont placées sur aucune carte, mais qu’un acte des martyrs de Numidie (i) m’a permis de fixer avec précision, La première est au lieu nommé aujourd’hui Fegge-el-üantourech ; la seconde était presque un faubourg de Girta.
Bir-Stall y Samma, Physgea. — Au sud-est de Constantine on trouve, dit Shaw (2), entre les rivières x4lliga et Hydra, Bir-Stall où il y a un puits de construction romaine ; un peu à l’ouest de Bir- Stall, et à 3 lieues et demie sud-sud-est de Gons» tantine, Summa, située dans une belle plaine, avec des ruines considérables; enfin, Pbysgéa, ville romaine d’où partait i’aquéduc qui fournissait de l’eau à Gonstantine. Les noms anciens de ces trois villes sont à recberclier.
Tagzüy Boiirgh-BouüigiUiYQÏois TarrisCœsaris?)^ Temlouke (autrefois Sigus?). — Dans le voisinage pst la haute montagne de Ziganea, et à deux lieues
(1) Ruinart. Act. martyr, p. 223, Recherches sur la Ré-> gence^ p. 86,
(2) T. ï, p. i54, tr. fr.
de distance, Tagza où l’on voit une vaste étendue de ruines dans un pays bien arrosé. Un peu plus loin, dans la même direction sud-ouest, on rencontre Bourgli-Touil, qu’on croit être la Turris Cæsaris, ancienne ville romaine située dans une contrée fertile; enfin à 4 lieues nord-est de Bourgh-Touil et à y de Constantine, on doit trouver, à Temlouke oudansles environs (i), les restes de l’ancienne Sigus, bâtie dans une plaine spacieuse au-dessous du mont Telladise, et qui était, comme je l’ai dit, fameuse par l’exploitation de ses carrières de marbre numidique. Tous ces lieux ont été indiqués par Sliaw (2).
Dahama^ Amama ^ Grisa. — Toute la vaste contrée habitée par les Henneichab, entre les rivières Hamise et Miskiana, est remplie de ruines. Dans ce pays , dit Sbaw (3), il y a à peine un acre qui ne soit arrosé par une fontaine ou un ruisseau d’eau pure ; on rencontre à chaque pas des restes de villages ou de villes anciennes. Il mentionne seulement Dahama, à 16 lieues sud-est de Constantine, sur la route de Tipsa (l’ancienne Théveste^; 3 lieues plus loin, au sud, Amama qui est la Justi du colonel Lapie , et Grisa à 6 lieues nord-est d’Amama. Ce beau pays est une mine féconde à exploiter pour les antiquités et la géographie. J’en
(1) M. d’Avezac place Sigus àPliysgéa. Elud. de géogr. critiq. p. i38.
(2) T. I, p. 154, i55, Ir. fr.
(3) /^fW. p. 162.
dirai autant des environs de Bône , où l’on voit les traces de plusieurs villes romaines dont les noms sont encore inconnus.
Les ruines de Dahama sont situées à l’ouest et au pied d’une chaîne de collines fertiles et bien arrosées qu’on appelle Sidi-Rougeise , sur laquelle on rencontre quelques ruines avec des inscriptions. Shaw (i) donne en outre le dessin d’une espèce d’arc-de-triomphe portant une inscription chrétienne.
Bagaï ( autrefois Bagasis), — A l’extrémité méridionale de la chaîne de Sidi-Rougeise l’on trouve Bagaï, l’ancienne Bagasis, qu’Edrisi (2) nous représente comme une grande ville entourée d’une double enceinte de murailles en pierre. Peyssonnel l’a visitée. Ce voyageur dit que la ville était autrefois fort grande et contenait de très beaux édifices, mais qu’on n’y trouve plus rien qui puisse attirer l’attention. Cette ville mériterait une nouvelle exploration.
Tezzoute, Lamba (autrefois Lambasa). — A .i5 ou 20 lieues environ à l’ouest de Bagaï, au milieu de la chaîne de l’Auras, on rencontre d’abord les ruines de Texoucla, appelée Tezzota par Léon l’Africain (3), et un peu plus plus au nord, au lieu
(1) T.Lp. i55, tr.fr.
(2) P. 262, trad. Jaubert.
appelé celles de l’ancienne Lambesa men»
tionnée par Ptolémée et par ritinéraire d’Antonin (i). Peyssonnel nous a laissé une description détaillée de ces ruines et Shaw, qui a copié cette description en laissant croire à ses lecteurs qu’il avait lui-même été sur les lieux, a mal lu le nom moderne et donne à ces ruines le nom de VErba au lieu de Lamba qui est dans le manuscrit autographe de Peyssonnel. Je publierai incessamment les lettres de notre savant voyageur. En attendant on peut lire (2) les inscriptions trouvées à Lambasa, dans le voyage de Shaw, qui les a transcrites assez fidèlement.
La ville de Lambasa devait avoir plus de trois lieues de circonférence. Une partie des murailles subsiste encore; elles sont en maçonnerie solide dans laquelle on n’a pas fait usage de la chaux’(3). On y comptait quarante portes ouarcs-de-triomphe, dans le goût des portes St.-Denis et St.-Martin, à Paris. Peyssonnel en a vu quinze en bon état. Plu» sieurs avaient trois portiques, celui du milieu plus grand que les deux portiques latéraux. Ces monumens, d’une belle architecture, ont jusqu’à cinquante et soixante pieds d’élévation. Us sont sans bas-reliefs; mais on y voit plusieurs inscriptions, une
(1) Lettr. mss. XV, p. 26 et suiv. ^
(2) T. I, p, 147 et suiv. tr. fr.
(3) Bruce, introd. p. 32, tr. fr.
entre autres, fort longue que Peyssonnel ii’a pas pu lire, Peut-etre est -elle eu caractères phéniciens ou numidiques. La rue, qui fait suite à la porte sur laquelle est tracée celte inscription, était encore bordée par des restes de palais et d’autres édifices.
On voyait encore debout la façade entière d’un temple d’Esculape composée de six colonnes cannelées, d’ordre ionique, hautes de vingt pieds et soutenant un fronton sur lequel est gravée une inscription qui fait remonter ce superbe édifice au temps des Anlonins. A côté de ce temple coule une rivière qui se jette dans la Serkab , et sur laquelle il existe un beau pont. Non loin de là, sont cinq des portes dont j’ai déjà parlé et des restes d’aquéducs dont plusieurs arcades sont encore debout.
D’un autre côté , on voit les débris de plusieurs temples et une quantité considérable de pierres tumulaires couvertes d’inscriptions; aucune ne se rapporte aux temps chrétiens. ^
Auprès d’un ancien temple en ruines , qui offre encore de beaux fragmens de colonnes, des chapiteaux et d’autres débris d’architecture, les Arabes ont construit une espèce de mosquée dans laquelle une inscription latine, portant en toutes lettres le mot LAMBASENTÏVM, ne laisse plus aucun doute sur l’ancienne synonymie de la ville actuelle. Deux autres inscriptions attestent le séjour sur les lieux de la Legio III Augasta qui, d’après Ptolémée,
a etc réellement en garnison à Lambasâ (i). La première inscription se trouve à côté d’un vaste amphithéâtre à demi-ruiné, qui peut avoir eu trois cents pas de circonférence et dont les gradins existaient encore du temps de Peyssonnel. La seconde se lit sur un vaste édifice que ce voyageur appelle un arc-de'triomphe; mais que Bruce (o.) a jugé, d’après l’élévation des portes, avoir été une écurie pour les éléphans ou un magasin pour servir de dépôt aux machines de guerre. C’est un vaste enclos de mu-» railles, de forme rectangulaire, ayant 4 façades dont deux, celles qui regardent le nord et le sud, ont 28 pas de largeur. Chacune de ces façades est percée de trois portes. La porte du milieu de chaque façade a l\o pieds d’élévation sur 3o de largeur. Les portes latérales ont 10 pieds de hauteur. Elles sont séparées de la grande porte par 6 colonnes d’ordre corinthien hautes de 20 pieds, posées sur des piédestaux de 10 pieds d’élévation et supportant une corniche dont la hauteur est aussi de 10 pieds, ce qui égale en tout la hauteur de l’ouverture principale. Au-dessus des grandes portes, il existe une fenêtre carrée avec un rang de colonnes d’ordre
(1) Ptolémée, IV, p. 1 1 1, éd. Berth.
(2) Inlrod. p. 32^ tr. fr. Le dessin de ce monument se trouve dans la collection des dessins et des inscriptions recueillis par Bruce dans l’Afrique septentrionale dont une partie a été cédée par lui au roi d’Angleterre.
ionique et une inscription que Peyssonnei n a pas pu lire. La légende Leg. JII Aug. se lit, selon lui, sous les clefs de voûte des petites portes. Bruce assure l’avoir vue sur la pierre qui ferme le cintre de la porte principale, au-dessous d’un bas-relief représentant l’étendard d’une légion. Les façades latérales ont 3 portes comme les autres et de plus un quatrième portail qui paraît un hors d’œuvre, et nuit à la symétrie de cette construction remarquable. Deux colonnes d’ordre corinthien, de 5o pieds d’élévation et de L\ pieds de diamètre, étaient encore debout dans l’intérieur de l’édifice, qui né paraît pas avoir jamais été voûté ni couvert. C’est, selon Bruce, le seul monument de bon goût qui existe parmi les ruines considérables de Lam» basa. Du reste , cette ville était dans une position des plus avantageuses, située à la naissance de la chaîne du mont Auras, dans une plaine belle et fertile, arrosée par une petite rivière et par une quantité de sources qu’on voit encore sourdre au milieu des décombres.
Mausolée remarquable. — A huit ou dix lieues au nord-ouest de Lamba , Peyssonnei a trouvé un superbe mausolée dont il donne une description détaillée (ij. C’est un grand corps de bâtiment rond, de six cents pieds de circonférence. Soixante pilastres d’ordre toscan , hauts de vingt-cinq pieds avec
(i) Leltr. mss. XY, p. 22.
leurs corniches, entourent 1 édifice qui se terminé en pyramide par trente-deux degres en pierre, comme celui de Koubber-el-E.omea à l’ouest de Coleab. Ces degrés ont chacun 2 pieds d’élévation sur 2 pieds et demi de largeur. La masse totale a près de 90 pieds de haut; les pierres qui la composent ont toutes 7 à à 8 pieds de long sur 2 ou 3 d’épaisseur. L’endroit où se trouve le mausolée se nomme Médracbem. Bruce, qui Va dessiné, pense (i) que c’est le tombeau de Syphax et des autres rois de Numidie; mais il n’appuie cette opinion sur aucune autorité (2). Les Arabes, persuadés que ce monument
(1) Introd.p. 3o, tr. fr.
(2) Il est important d’insister sur la ressemblance singulière qui existe entre ce mausolée des rois numides et celui de Koubber-el-Romeah que Pomponius Mêla ( I, vi, 10 ) signale entre Icosium (Alger) et Césarée (Cherchel) comme le monument commun de la famille royale régnant en Numidie et en Mauritanie, monimentum commune regiœ gentis. Ce mausolée dont nous avons maintenant un plan et une description exacte, rapportés par un officier d’état-major, repose sur une base cylindrique, et se termine comme celui de Médrachem, par une pyramide formée de degrés en pierres. La hauteur totale du monument est aussi de 90 pieds, quoique Shaw, qui en parle sans l’avoir vu (t. I, p. 57), ne lui donne que 20 pieds. Cette hauteur absolue de go pieds était-elle une mesure réglée par l’étiquette pour les mausolées des rois Numides? Nous l’ignorons. Mais cette coïncidence remarquable d’une même élévation et d’une forme semblable’, pour deux monumens situés à une aussi grande distance l’un de l’autre , a frappé mon attention ?
renfermait des trésors cacdiés, ont essayé de pénétrer dans l’intérieur. Ils y ont fait deux brèches qu’ils ont poussées jusqu’au quart du diamètre (i). Le revêtement extérieur du bâtiment n’est composé que d’un seul rang de pierres de taille. La masse est formée en dedans par des pierres de grès plates et peu épaisses. On ne trouve au dehors aucune inscription. Peut-être en existait-il dans la partie qui a été entamée par les Arabes.<cTout auprès « de l’édifice, on voit, ajoute Peyssonnel, quel- « ques vestiges d’une ville qui ne paraît pas avoir a été bien considérable; elle est entre les montagnes a d’Arquetet l’étang ou plaine salée (2). » •
Zainah (Diana Veteranorum),—K 6 ou y lieues à l’ouest-nord-ouest de Médrachem , se trouve une
et il serait d’autant plus utile de les explorer que nous ne possédons encore aucune représentation exacte de l’architecture numidique.
(1) Les Arabes ont également entamé la pyramide connue sous le nom de Koubber-el-Romeah ; ce commencement d’exploration, s’il est suivi, peut conduire à la connaissance de la destination de ce monument.
(2) Ces montagnes d’ Arquet^>o\-\i probablement celles qui, dans la carte de M. le colonel Lapie publiée en 1829, sont marquées sous le nom de d’Hirkaut à l’ouest de Lambasa. L’étang ou plaine salée dont il est ici question et que Peyssonnel mentionne plusieurs fois dans la même lettre, doit probablement être placé dans la plaine qui s’étend au nord et au nord-est de Médrachem et cpii est arrosée par une rivière portant le nom de Chihhah.
petite ville nommëe Zainah. Elle est située, dit Peyssonnel (i), au pied des montagnes d’Arquet (Hirkaut) auprès d’une belle source d’eau; sa situation est gracieuse et la ville devait être considérable. Ce voyageur y a vu deux portes ou arcs-de-trioinphe avec des colonnes d’ordre corinthien. Sur l’un d’eux il y a une inscription qui a été recueillie par Peyssonnel, et qui s’y trouvait encore lors du voyage de Bruce (2). Shaw l’a publiée (3) d’après les manuscrits de Peyssonnel; car, comme Bruce le fait remarquer avec raison (4), il n’a jamais été jusqu’au mont Auras, bien qu’à l’en croire, il ait vu les monumens qu’il décrit et Iules inscriptions qu’il rapporte. L’inscription de Zainah prouve que cette petite ville est bâtie sur l’emplacement même de l’ancienne Diana Veteranorum, mentionnée par les itinéraires.
(autrefois Sitifis). — Les murs de cette ancienne métropole de la Mauritania Sitifensis ont été détruits, au rapport de Békri (5), par la tribu des Ketâmah dont j’ai déjà parlé. Cependant il en existait encore assez de débris au seizième siècle, pour juger que l’ancienne enceinte avait dû être
(1) Lettr. mss. XV, p. 16.
(2) Voy. en Nubie, introd. p. 3o, tr. fr. Le dessin de cet arc-de-triomphe existe dans la collection qui appartient à la famille de Bruce, et dont elle m’a envoyé le catalogue.
(3) T. I, p. i36, tr. fr.
(4) Introd. p. 33.
(5) Notic. des mss. t. XII, p, 534-
aussi forte qu’élégante (i). La ville ancienne était située sur une petite éminence auprès de plusieurs belles sources d’eau douce; elle paraît avoir eu une lieue de tour. S’il faut en croire Shaw (2)^ qui n’a pu y recueillir- que deux fragmens insi» gnifîans d’inscriptions , la ville a été complètement détruite par les Arabes. On n’y trouve plus aujourd’hui que des édifices de construction moderne, et l’on y chercherait en vain quelques traces de bâtimens de l’époque romaine. Cependant Peyssonnel (3) dit avoir trouvé dans des souterrains , au milieu de la citadelle , de beaux fragmens de colonnes et quelques pièces d’architecture ancienne.
Le même voyageur signale, non loin de la ville, une espèce de mausolée d’une construction remarquable. C’est un édifice carré, de 3o pieds de large sur 5o pieds de longueur et 60 d’élévation. Cet édifice est accompagné d’une niche ouverte, bâtie en saillie. Il est entouré , comme plusieurs monumens de Paris , d’une place vide autour de laquelle on reconnaît encore les débris d’une balustrade qui renvironnait. L’importance de l’ancienne Sitifîs qui avait donné son nom à celle des deux Mauritanies dont elle était la capitale, fait vivement regretter que nous ne possédions pas, sur son compte, des
(1) Léon l’Afr. p. 535.
(2) T. I, p. i33, tr. fr.
(3) Leltr. mss. XV, p. 39,
rcnseigneniens plus étendus. Les ruines de cette ancienne ville méritent de devenir l’objet d’iâne exploration particulière.
Kashqite. — On ignore (i) encore l’ancien nom de cette petite ville située sur le versant septentrional d’une montagne où prend sa source l’Oued-el- Dsahab ou la Riviere d’Or^ l’un des affluens de l’Ouedel-Kébir. Parmi les ruines qui s’y trouvent, Shaw a remarqué (2) le portique d’un petit temple avec des inscriptions. La nécropole se trouvait sur le flanc méridional de la même montagne. Shaw y a vu plusieurs tombeaux avec des bas-reliefs et des inscriptions latines.
Jimmilah — Shaw place la ville de Jimmilah à 4 lieues au nord-est de Rasbaïte. « On y trouve, dit-il (3), de beaux restes d’antiquités, entre autres une partie d’une porte de ville et les débris d’un amphithéâtre. » Peyssonnel ne s’y est pas arrêté ; il dit (4) y avoir vu en passant les débris d’un temple. Ce dernier voyageur Raccorde avec Shaw pour placer à Jimmilah l’ancienne Gemellœ de l’itinéraire ; mais il faudrait alors que Jimmilah
(1) Shaw (t. I, p. i3i) pense que Kasbaïte représente la Satafi des anciens itinéraires, mais sa position ne s’accorde guère avec la distance de XYI milles que donne l’itinéraire entre Sétif et Satafi.
(2) T. I, p. i3o^ tr. fr.
(3) Ibid, p, i3i.
(4) Lettr. mss. XV, p. 38.
se trouvât un peu plus au sud que Sliaw ne l’a indiquée; car la station de Gemellæ que Titinéraire place sur la route de Lambasa à Sétif , et de Théveste à la même ville de Sétif, était séparée de cette dernière ville par une distance de 2 5 milles romains et devait se trouver au sud-est, dans la direction de Lambasa et de Théveste. Or, Jimmilah, dans la carte de Sha'w , est au nord-est de Sétif et à plus de 4o milles de cette ville. De nouvelles recherches amèneront peut-être la découverte de quelques inscriptions qui permettront de fixer sans aucune espèce de doute le nom que portait autrefois cette ancienne cité.
§ IL Points que les voyageurs nont pas visités, ou sur lesquels ils nont pas trouvé de ruines assez importantes pour mériter d'être décrites.
Quoique les villes et les monumens anciens dont j’ai parlé jusqu’ici aient été visités par divers voyageurs, une nouvelle exploration n’en serait pas moins utile et moins intéressante. Nous ne connaissons encore que par des descriptions écrites les antiquités de la province de Constantine. Les dessins de Shaw sont peu de chose; ceux de Bruce, bien plus nombreux et bien plus importans, ne sont pas publiés, et l’on ne peut prévoir l’époque oit ils verront le jour. Il serait à désirer, dans l’intérêt de l’archéologie, que le zèle d’un voyageur habile et éclairé
voulût faire p(^V la régence d’Alger ce que l’archilecte anglais, M. Catherwood, et plus récemment encore M. Coste, ont fait pour la régence de Tunis.
Mais il est une exploration plus importante encore pour la géographie et pour l’histoire. On trouve en Afrique une foule de villes anciennes dont les auteurs de l’antiquité peuvent nous aider à reconnaître la position, et qui n’ont été jusqu’ici l’objet d’aucune recherche. D’autres ont été vues par les voyageurs modernes, mais, comme dans leur course rapide, ils n’ont rencontré aucune inscription, aucune ruine assez importante pour fixer leur attention et piquer leur curiosité, ils se sont mis peu en peine de rechercher le nom des villes antiques dont ils foulaient aux pieds les décombres. Et cependant sous ces débris stériles en apparence, que de richesses se trouvent peut-être enfouies, qu’une exploration bien dirigée mettrait, sans beaucoup de peine et sans de grandes dépenses, à la disposition des sciences historiques et géographiques! Sir Grenville Temple assure que dans la régence de Tunis, bn trouve en général deux fois plus de ruines qu’il n’y a de noms de lieux dans les historiens , les géographes et les itinéraires de l’antiquité. On peut en dire autant de l’Algérie : notre savant botaniste Desfontaines a observé près de Gonstantine les restes de trois anciennes villes dans l’espace de cinq lieues. Au milieu de la plaine des Henneichah, le pied du voyageur se heurte à chaque pas contre
des débris de monumeris antiques. Enfin si, à une époque où l’Algérie gémissait encore sous le despotisme des Turcs, où la défiance et la farouche susceptibilité des Berbères et des Arabes, plus forte que la protection du pouvoir, rendaient si difficiles les recherches scientifiques, Peyssonnel,Hebenstreit, Shaw, Bruce, Poiret, Desfontaines ont recueilli une si riche moisson de renseignemens précieux, que ne pourra-t-on pas espérer d’une exploration nouvelle, lorsqu’une conquête solidement établie, ou des traités entourés de toutes les garanties désirables, ouvriront aux savans une libre entrée dans tous les districts de la régence, et leur permettront de se livrer en toute sécurité aux investigations nécessaires pour établir les bases d’un@ bonne géographie comparée?
Dans la tribu des Grohberry, sur la rive gauche de l’Adouse, à 1 5 lieues environ à l’ouest-sud-ouest de Bougie, on trouve au pied du Djébel-Afroune, les ruines d’une yille romaine qui porte actuellement le nom de Kassir, le château. Shaw, qui mentionne ces ruines (i), n’a pas cherché à découvrir leur ancien nom.
Un peu à l’est de Kassir, sur les montagnes voisines de Bougie, habitées par la tribu des Toujah, on découvre, dit Shaw (2), des tuyaux de ploml>
(1) Shaw,t. I, p. 127, li% fr.
(2) IhicL
destinés apparemment autrefois à conduire à Saldœ les eauK de cette montagne qui sont excellentes.
Le même voyageur nous apprend (i) que le pays des Ajebby, situé à moitié chemin entre Bougie et Sétif, a est remarquable par le sanctuaire de leur « marabout Sidy-Isah-ben-Habib, et par les ruines « d’une ville ancienne qui était probablement Sai’a « Municipium. » C’est sans doute par inadvertance que M. le colonel Lapie, dans sa belle carte d’Afrique publiée en 1833, et dans l’édition qu’il prépare de l’Itinéraire d’Antonin, conjointement avec MM. Hase, Walkenaer et Guérard place le muiiicipe de Sava à Sidy-Isah-ben-Habib, car il me semble que le voyageur anglais donne ces deux localités comme étant parfaitement distinctes. Peyssonnel (2) dit avoir trouvé à 7 lieues à l’ouest de Sétif, d^s ruines anciennes portant le nom de Zada. C’est à cet endroit, au midi du Djébel-Mégrise, entre Sétif et Zammora qu’il a cru devoir placer le municipe de Sava, et cette position s’accorde parfaitement avec la distance de 24 milles romains donnée par l’itinéraire (3) entre Sétif et Sava.
Peyssonnela trouvé dans les environs de ces deux positions les ruines de plusieurs villes et villages
qu’il ne décrit pas. Sétif était, comme Constantine,
(i) Ibid. p. I 29.
(3) Mss. leltr. XV, p. 4 1 •
(3) Itin. Anton, p. 4o, ed. Wesseling.
îe centre de plusieurs routes qui, de là, s’étendaient en rayons divergens dans toutes les directions. Il serait intéressant de visiter avec soin les plaines qui environnent cette ville. A l’aide des inscriptions qu’on pourra découvrir et des extraits de l’Itinéraire que je donnerai dans le chapitre suivant, on arrivera, peut-être sans beaucoup de peine, à fixer la synonymie des divers points où des restes d’antiquités attestent l’existence d’une ville ancienne.
Au pied du Djébel-Mégrise, Sliaw a rencontré des débris d’édifices antiques qu’il croit appartenir à l’ancienne Horrea^ placée par l’Itinéraire d’Antonin (i) à i8 milles de Sétif, sur la route de cette ville à Bougie (2). D’après cette indication, les ruines dont parle Sbaw, en supposant toutefois que sa conjecture soit fondée, doivent être cherchées, non pas à l’ouest, mais à l’est du Djébel-Mégrise.
Le Djébel-Baboura qui fait suite au Mégrise à l’est, présente, dans plusieurs endroits, des vestiges d’ouvrages romains. Sbaw (3) pense que c’est parmi ces ruines qu’il faut chercher l’ancienne silica mentionnée dans l’Iitinéraire d’Antonin (4) entre Sétif et Gigel.
(1) Ibid. p. 3i.
(2) Sbaw, t. î, p. 129, tr. fr.
(3) T.I,p. i3i,tr. fr.
(4) P. 4o, ed. Wesscling.
A 3 lieues sud-sud-ouest de Milah , se trouvent les ruines d’une ancienne ville romaine, qui portent le nom de Deik ou Mëdeik-Bou-Essah. « On « voit ici, dit Shaw(i), plusieurs petites cellules « de différentes façons, taillées dans le roc et une a source d’eau excellente nommée Aïn-el-Fouah a (la source de la garance), à cause de fa quantité (( de garance qui croît dans le voisinage. » Ces ruines ne seraient-elles pas les mêmes que celles qu’a signalés Peyssonnel (2) sous le nom de Fouga à 5 lieues ouest-sud-ouest de Constantine et à 4 de Milah? Le judicieux voyageur a cru, non sans fondement, retrouver dans ce lieu l’ancienne Nobos Fusciani^ placée par la table de Peutinger (3) à 12 milles de Milah.
La même table indique, à 4 milles au sud de Nobos Fusciani, une autre station appelée Fons Gamerata, la Fontaine voûtée^ que l’indication donnée par le nom même pourrait servir à faire reconnaître.
Quant aux cellules creusées dans le roc , qui ont été observées par Sbaw dans l’endroit qu’il nomme Ain-Fouah^ on en trouve de pareilles sur plusieurs points de la Barbarie, et aucun vovageur encore n’a essayé de déterminer leur destination primitive.
«Entre Béja et le cap Négro, nous remarquâmes
(2) Mss. lettr. XV, p. i3.
(3) P. 29v5, ëd. de M. le marquis de Fortia,
£c en passant, dit Hebenstreit (i), des trous carrés, c( creusés dans le rocher, et qui étaient assez grands « pour qu’on pût s’y asseoir et s’y coueher, mais non €t pas s’y tenir debout. Le fer seul avait pu achever f-c cet ouvrage, car le roeher était compacte et très « dur. Notre guide nous dit que les habitans regarî( daient ces trous eomme d’anciennes demeures « d’hermites. Nous en avons vu de semblables sur « le continent, près de Tabarka. » Ces derniers ont été observés par Poiret, derrière les collines sur lesquelles était située l’ancienne Tabraca et où il existe encore quelques masures et des débris considérables de pierres taillées. « Ce qui me frappa le
plus, dit Çoiret (3), et ce qui me parut difficile à a expliquer, ce fut des rochers dans l’intérieur des- « quels on avait creusé, à la pointe du ciseau, plu- « sieurs petites cbambrettes d’environ 4 pieds carrés a en tout sens. L’ouverture, de 2 pieds carrés, cc ressemble à celle d’une fenêtre avec des embrâcc sures. Dans la muraille du fond est une niche de a près de 2 pouces d’enfoncement, d’un pied de haut a sur 6 pouces de large. Ces ouvertures, que je trou- « vai au nombre de 5 ou 6 , sont toutes placées au cc haut des rochers, quelques-unes dans des en-
<c droits de difficile accès L’ouverture est dispo-
cc sée de manière à être exactement fermée par
(1) Noui^. Ann. des voy. t. XLYI, p. 72.
« une pierre carrée qu’il est facile de dérober « aux regards avec de la terre ou des broussail- « les. » La première idée qui se présente naturellement est que ces ouvertures sont autant de tombeaux creusés de main d’homme; mais Poiret assure que l’exiguité de leur dimension repousse une telle conjecture.
Retournons maintenant à l’ouest de Gonstantine^ d’où nous a un peu éloigné cette courte digression.
On trouve des ruines nombreuses dans la plaine de Mejanah au sud-ouest de Sétif (i). Desfontaines mentionne, entre autres, les ruines d’Azel, situées à peu de distance des montagnes, à 5 ou 6 lieues au sud de Kassir-Attyre. Elles consistent, suivant Shaw (2), en diverses auges et citernes de pierre, ouvrage des anciens, dans lesquelles se décharge la source abondante appelée Aïn-Azel. La position de ces ruines répond assez à celle de la station nommée Perdices , que l’Itinéraire d’Antonin place sur la route de Lamasba à Silifi. M. d’Avezac (3) fait remarquer que le nom d’Azel pourrait bien n’être qu’une corruption du mot arabe Hhagel^ traduction littérale du latin Perdices,
Au sud du Djébel-Agrise, à quelque distance
(1) Shaw, t. I, p. i32, tr. fr. Desfont. Nouv. Ann. des çof. t. XLTII, p. 90.
(2) Ibid, p. i43-
(3) Etudes de géogr. critique sur une partie de V A fr. septentr. p. i34. Paris, A.tfthus Bertrand, i836.
de Coiîstanîine , s’étend le district des El-El“ inah , oii existent quelques ruines antiques* Au pied du Djébel-Agrise sont des bains qui ont fait donner à une rivière du voisinage le nom de Ouedel-Hammam, la rivière des hains. On y trouve aussi les ruines d’une petite ville (i). C’est entre ce point et Gonstantine que Desfontaines (2) a rencontré les restes de trois villes anciennes entièrement détruites.
Le petit village que le savant botaniste appelle Iger^ et qu’il dit être placé sur une hauteur dans la plaine de Sétif, doit être le village de Gijil, ancienne ville romaine, selon Shaw (3), située sur le penchant du DjébeLYousef. C’est ici, je crois, et non pas à Jimmilah, qu’il faut placer, avec M. le co-> lonel Lapie, le Gemellœ de l’Itinéraire.
Entre Gijil et Zainah , au nord de cette dernière ville, Peyssonnel indique (4) les ruines de Lamaza qu’il croit être la station appelée Lamasba par la table de Peutinger et par l’Itinéraire (5). Il n’y reste, dit-il, rien de remarquable.
A l’est de ce point, dans le district d’Ai-Yacoute, on trouve, au rapport de Shaw (6), des restes de
(1) Shaw, 1. 1^ p. i35.
(2) Nouv. Ann, des voy, t. XLVIÎ, p. 90.
(3) Shaw, 1. 1, p. j44-
(4) Mss. XV, p. i5.
(5) Ed. de M. le marquis de Fortia, p. 8, 9, 298.
chaussées et d’autres ruines du temps des Romains. Ce district a pris son nom d’une rivière qui l’arrose nommée Ain-Yacoute. Sur ses bords est la ville de Tattubt, l’ancienne Tadutti ^ considérable, au¬
jourd’hui presque entièrement couverte de terre et de décombres (i). Il existe dans une mosquée de Constantine des colonnes de granit ayant la pieds de hauteur et une grosseur proportionnée, qui, s’il faut en croire le voyageur anglais, ont été tirées des ruines de Tattubt.
DansmesRechercliessur la régence d’Alger(a), publiées au commencement de t835., j’ai fixé approximativement d’après les actes du martyre de St.- Mammarius, donnés par Mabillon (3), la position de l’ancienne Vaga de Numidie, mentionnée par Pline (4). J’ai émis l’opinion que cette ville devait se trouver dans le voisinage de Lambasa. La relation du voyage de Peyssonnel que je ne connaissais pas encore à cette époque , donne un nouveau poids à
( i) Shaw qui place cette ville entre Tezzoute et Jimmilah, dit néanmoins qu’elle est a huit lieues au sud-sud-est de Constantine. Or, on peut se convaincre, en jetant les yeux sur la carte de 1829, où M. le colonel Lapiea mis en œuvre avec une exactitude rigoureuse les indications fournies par Shaw, que Tattubt est au moins à 20 lieues de Constantine: nouvelle preuve que Shaw décrit souvent des lieux qu’il n’a pas vus.
(3) Veter. Analect. p, 178, ed. 1723. , ’
(4) Plin.V,4,t. I,p.248.
cette conjecture. Ce voyageur a visité en effet, un peu au nord de Lambasa, des ruines anciennes portant le nom à' Aveges et qu’il considère comme représentant l’ancienne Vüga,
Le même voyageur parle d’un château situé sur un plateau, au sommet des montagnes, dans un lieu nommé Aradem, à 6 lieues au sud de Tezzoïite. C’est peut-être cette forteresse, située dans la tribu des Neardy, que Shaw (i) regarde comme la Pétra Geminiani ou le Tumar de Procope (2). Ces deux forts nous sont représentés par l’auteur byzantin comme des positions inabordables, situées sur des rochers taillés à pic et environnés de précipices. Cette description , s’il faut en croire Shaw, s’appliquerait parfaitement au Dashkrah de la tribu des Neardy.
Si maintenant nous nous dirigeons de nouveau vers l’ouest, nous trouvons, au pied du versant méridional de l’Auras , à moitié chemin entre Biscara et Constantine, sur un terrain bien arrosé, un grand monceau de ruines portant le nom de Baitnah (3).
A quelque distance à l’ouest du Djébel-Souffîan, dans la plaine de Barikah , entre l’Oued-el-Barikah et la Boumazouse, sont les ruines de Tuhna dont le
(1) T. I, p. 145 et suiv.
(2) Bell. Panel. II, 19, 20.
(3) Shaw, t. I, p. i44> tr. fr.
îfiom est le même que celui de la ville ancienne de Thubuna^ mentionnée par Ptolémée (i). Les Arabes ont la conviction que d’immenses trésors sont <îachés sous ses décombres (2).
En remontant au nord l’espace de six lieues environ, on trouve la ville de Nickouse, dont Léon l’Africain (3) fait un portrait enchanteur. « On y remarque, dit Shaw (4), les vestiges d’une grande ville et, comme à l’ordinaire, des restes de colonnes, de citernes et de murs. Mais une tradition qu’on ne s’attendait certainement pas à trouver en ce lieu, est celle qui place à Nickouse le tombeau des Sept-Dormans. On connaît l’aventure fabuleuse de ces saints martyrs d’Ephèse, qui, persécutés sous l’empereur Décius, s’endormirent dans une caverne où on les avait enfermés, et ne s’éveillèrent qu’au bout de i55 ans, sous le règne de Théodose le jeune. Les habitans de Nickouse soutiennent que cet événement s’est passé dans leur ville, que les sept frères étaient bons musulmans, et ils se glorifient de posséder leurs tombeaux.
A quatre ou cinq lieues au nord-est de Nickouse, existent d’autres ruines qui portent aujourd’hui' le nom de Jighbah : l’ancien nom de ce lieu reste encore inconnu.
(1) IV, ‘2, p. 108, ed. Berth.
(2) Shaw, 1. 1, p. i4r#tr. fr.
La lecture des anciens historiens nous fournit les noms de plusieurs autres villes dont les positions ne sont pas parfaitement établies. J’en ai discuté quelques-unes dans mes Recherches sur la régence d’Alger, et comme dans ce genre de travail on ne peut guère arriver qu’à une détermination conjecturale plus ou moins probable, on me permettra de reproduire ici quelques extraits de mon ouvrage; je les soumets d’avance à toutes les modifications que devront amener les résultats des investigations futures.
Hirtius (î) parle d’une ville de Thabena, appartenant à Juba et située dans la partie de son royaume qui s’approche de la mer. La même ville, sous le nom de Tbiabena, est indiquée comme voisine d’Hippône et de Tagaste, dans une lettre de saint Augustin à Alypius de Tagaste (2) , et dans deux lettres écrites à saint Augustin par l’évêque de Tbiabena (3). C’est entre ces deux villes que j’ai cru devoir placer l’ancienne Thabena, sur le témoignage des trois auteurs que je viens de citer, et cette détermination me semble à peu près certaine. J’ajouterai ici un rapprochement remarquable qui m’avait d’abord échappé, c’est qu’il existe la plus grande analogie entre le nom de la ville ancienne de Thabena et celui du mont Thamhès mentionné par Ptolémée (4). Cette
(1) Bell. Afr. c. LXXVII.
(2) Epist. 83, n° i.
(3) Possidiiis, In vit. Angust. c. XXX.
(4) IV, 3, p. 1 10, éd. Berth.
chaîne est située, d’après cet ancien géographe, sur les frontières de la Numidie, et c’est là que prend sa source le Rubricatus, queBerthius croit être \Armua de Pline, aujourd’hui l’Oued-el-Maffrag (i ). D’après ces indications, le mont Thambès se trouverait à l’endroit même où je crois devoir placer la ville de Thabena, en sorte qu’on pourrait croire, ou que la montagne a pris son nom de la ville, ou que le nom de cette dernière est une dérivation de celui de la montagne. .
Gélimer, défait par Bélisaire dans l’Afrique proconsulaire, à huit lieues environ au sud-ouest de Carthage, prend la fuite vers la Numidie. Bélisaire le poursuit jusqu’à Hippône. Là, il est obligé de s’arrêter, parce que le prince vandale s’est retranché dans le mont Pappua , montagne hérissée de rochers escarpés, et inaccessible aux troupes romaines, entièrement composées de cavaliers. Procope, qui raconte ce fait, ajoute (2) : « A l’extrémité de cette . a chaîne est placée une ancienne ville nommée Mia dénos, Mideos ou Médéos, » car les manuscrits donnent ces trois formes. La proximité de la ville d’Hippône, jointe à plusieurs autres considérations que j’ai développées dans mes Recherches sur la ré-
(1) C’est par erreur qu’à la page 34 l’ancien nom ^ Armua a été appliqué à la Boudjema qui prend sa source dans l’Edough. Pline (V, 2, 1. 1, p. 245) place XArmua entre Hippône et Tabarca , position qui ne peut convenir qu’à rOued-el-Maffrag.
(2) Bell. Vend. H, 4.
genced" Alger{\ ), m’a fait penser que le mont Pappua de Procope, était aujourd’hui représenté par leDjébel- Edough. C’est dans cette montagne qu’il faut chercher l’ancienne ville de Midénos , dont le nom offre une analogie frappante avec celui de la tribu des Medini qui, suivant Ptolomée (2), s’étendait jusqu’au-delà de Tabarka.
La position de la ville de Tigisis, mentionnée par Procope dans son Histoire de la guerre des Vandales (3), peut être approximativement fixée, au moyen des indications qui nous sont fournies par les actes du martyre de S. Mammarius. Cet ancien document place Tigisis dans le voisinage de Lambasa, de Vaga et de TamugadiSj et cette détermination s’accorde avec le texte de Pline qui nomme (4) la ville de Vaga presque immédiatement après VOppi^ dum Tigense, M. d’Avezac (5) a cru devoir modifier un peu les distances que j’avais établies dans mes Recherches sur la régence d'Alger. Il place Tigisis à Tagzah, et je dois convenir que cette opinion a pour elle non-seulement une analogie assez marquée entre l’ancien nom et le nom moderne, mais encore une concordance frappante avec l’itinéraire donné par Békri (6) de Raïrowan au château d’Abou-Tawil,
(1) Recherch. sur Alger, p. 107 et suiv.
(2) IV, 3, p, 1 10, ed. Berlh.
(5) Etudes de géogr. critique, p. i35 et suiv.
(6) Not. des mss. t. Xtl, p. 507. V. aussi la not. 2, p. 5i6.
— ass —
dans lequel Tidjes (l’ancienne Tigisis) est indique'e à trois journées de Tiffech. Les inscriptions , si l’on en trouve, lèveront toute incertitude.
J’ai nommé l’ancienne ville deTamugadis, voisine de Lambasa et de Vaga. L’Itinéraire d’Antonin la place (i) à i4 milles de Lambasa sur la route de Théveste à Sélif, et sur celle de Lambasa à Cirta. Dans la première de ces deux routes, Tamugadis est nommée immédiatement avant Lambasa; dans la seconde immédiatement après. 11 faut donc chercher cette ancienne ville à 10,640 toises au nord-est des ruines de Lambasa. Le catalogue des dessins et du j ournal de Bruce, que j’ai entre les mains, indique, sur les ruines de cette ancienne ville qu’il nomme Temugadij un arc-de-triomphe et un temple, tous deux d’ordre corinthien. Le célèbre voyageur a fait dessiner ces deux monumens par un architecte italien qu’il avait amené avec lui.
Je ne ferai qu’indiquer la ville ancienne, nommée Scaîœ veteres^ pour laquelle Procope (2) nous a laissé peu de renseignemens : ce qu’on peut dire de plus probable, c’est que ce lieu était voisin du mont Auras (3).
C’est aussi dans le mont Auras que Bruce a trouvé un palais d’ordre corinthien , qu’il a également fait dessiner.
(1) IHn, Anton, p. 34, ed. Wesseling.
{:2)BelL Vand. II, 17.
Recherch. sur Alger ^ p. i4o.
Quant aux villes de Babosis et de Zerhidœ^ leur position est plus facile à déterminer, du moins approximativement. Le récit de Procope (i) indique suffisamment qu’il faut placer Babosis au sud de Bagaï et au pied du mont Auras. Zerbulæ était une place forte située dans la chaîne même de l’Auras. Salomon, après avoir défait les Maures à Babosis, force labdas, leur cbef^ à se renfermer dans Zerbulæ. Mais, manquant de vivres pour un siège qu’il prévoyait devoir être long, il tourne au nord, va ravager les environs de Tamugadis, revient ensuite' sur ses pas et met le siège devant Zerbulæ. Il est évident que Zerbulæ était située entre Bagaï et Tamugadis- Cette dernière ville se trouvant, comme nous l’avons dit, au nord-est de Lambasa, on peut la considérer comme le sommet d’un triangle dont les côtés iraient s’appuyer sur Lambasa et Zerbulæ et dont la base serait formée par la ligne de jonction entre ces deux dernières villes.
Sur la frontière des régences d’Alger et de Tunis, à peu de distance au sud d’Hydra et au sud-est de Tibessa, sont les montagnes des Sidi-Bougannim (2). Il existe une certaine analogie entre ce nom et celui du mont Burgaon, théâtre de la victoire complète de Salotoon sur les Maures. Procope (3) est le seul
(1) BelL Vand, ïl, 19.
(2) CartedeM. Lapie, i833.
(3) ^e//. Vand. II, 12.
auteur ancien qui parle de cette montagne, sur laquelle était une ville du même nom. Après la bataille, larmée romaine retourna à Carthage, et les débris de celle des Maures, ne pouvant tenir en Numidie, se retirèrent de suite chez labdas, chef des tribus maures du mont Auras. Cette circonstance prouve suffisamment que le mont Burgaon était sur la frontière de la Numidie et de l’Afrique proconsulaire. La description decette montagne la fera aisément reconnaître. « Le mont Burgaon, dit Procope, est «< presque partout escarpé; du côté de l’orient, il est « inaccessible. Il est couronné par deux pics, séparés « par une gorge étroite, profonde, impraticable,
« même dans ses parties les plus basses. » Salomon envoie un de ses officiers, nommé Théodore, gravir la montagne du côté du levant oîi elle était escarpée et inaccessible. Les Maures étaient restés sur le flanc occidental de la montagne et n’avaient pas occupé le sommet qu’ils croyaient inabordable. Théodore parvient à se loger sur une des deux cimes de la montagne ; en même temps Salomon attaque les Maures en face. Ceux-ci, enfermés entre deux corps • ennemis, prennent la fuite; les cadavres des hommes et des chevaux comblent le ravin ou la gorge étroite qui séparait la cime occupée par Théodore de celle qui était restée libre. Le reste des Maures s’échappe en franchissant l’abîme sur un pont de cadavres. Ces détails précis donnent un tableau si exact du mont Burgaon qu’il doit être facile de le retrouver.
J’en dirai autant de Tendroit où campèrent Mariu^ et Sylla, lorsqu’à 4 journées à l’ouest de Girta, ils fu rent attaqués par Ju gurtha et Boeclius. Voici la subs« tance de la narration de Salluste (i). Marius, après avoir pris une forteresse située sur les bords du fleuve Mulucba (la Moulouïa), s’était mis en marche pour aller prendre ses quartiers d’biver. A 4 journées de distance de Girta, il est attaqué par les troupes réu* nies de Boccbus et de Jugurtba. Le combat dure un jour entier sans que la victoire se déclare pour l’une ou l’autre armée. Marius, pour assurer une retraite à ses troupes, fait occuper deux hauteurs voisines l’une de l’autre. L’une des deux, avec trop peu d’espace pour un camp, avait une source abondante; l’autre offrait un grand avantage pour le moment y celui d’être bordée en grande partie d’escarpemens tï’ès hauts, ce qui n’exigeait que peu de retranche mens. Sylla, avec la cavalerie, veille près de la source ; l’autre colline est occupée par Marius , à la tête de l’infanterie. Les Maures et les Gétules se postent confusément autour des deux éminences, allument de grands feux et se livrent, pendant toute la nuit, aux transports inconsidérés de leur joie. Il serait à désirer que nous eussions un grand nombre de descriptions aussi précises. G’est à 20 lieues à l’ouest de Gonstantine, dans la grande plaine de 3o lieues de longueur, que M. Desfontaines a parcourue,
(i) Bell. Jug. c. io3o
en partant des dernières pentes du Jurjura pour arriver au massif de Gonstantine (i), qu’il faudra chercher l’emplacement du champ de bataille que je viens de décrire.
Je n’ai pas épuisé tous les renseignemens que pourrait nous fournir l’antiquité grecque et latine. Le peu d’indications que j’ai données suffira pour montrer tout le parti que l’on peut tirer de la lecture des anciens auteurs. Salluste , Procope , Arnmien Marcellin, Pline sont autant de mines fécondes qu’on est loin d’avoir exploitées à fond , dans l’intérêt de la géographie. Une étude sérieuse de ces auteurs, faite sur les lieux mêmes qu’ils décrivent, dans les contrées où se sont passés les événemens qu’ils racontent, aurait bientôt porté nos connaissances géographiques sur l’Afrique septentrionale au niveau de celles que nous possédons sur les autres contrées de l’ancien monde.
§ III. Extraits de V Itinéraire d' Antonin et de la Table de Feutinger.
J’ai pensé que, pour réveiller l’attention sur l’exploration des ruines qui se rencontreront dans la marche de l’armée, il ne serait pas inutile de donner ici un extrait des anciens itinéraires pour les voies
(i) Nolu>. Ann. des voy. t. XLYII, p. 90, 91.
romaines qui traversaient la province de Constaiitine. Lorsqu’on trouvera des restes d’antiquités dont on pourra fixer la position relativement à un point connu, en comparant les distances mesurées par la marche à celles qui sont données par les itinéraires, il sera facile de déterminer avec quelque probabilité l’ancien nom du lieu sur lequel les ruines auront été reconnues. Une investigation plus exacte fera peutêtre découvrir ensuite quelque inscription qui changera cette probabilité en certitude. Il pourra même se présenter bien des cas où les indications des itinéraires faciliteront à leur tour la lecture des inscriptions.
Je prends les extraits que je donne ici dans la nouvelle édition des itinéraires anciens préparée, sous les auspices de M. le marquis de Fortia, par MM. Lapie, Hase, Walkenaer et Guérard. Je donnerai, entre parenthèses, les synonymies qui sont certaines, et avec un point de doute (?) celles qui ne m’ont paru que conjecturales. J’ai cru devoir ajouter, mais seulement pour les chiffres indiquant les distances, les variantes qu’ont fournies les manuscrits ancien^ collationnés par M. Guérard.
I. La première route qui se présente est celle qui allait du détroit de Gibraltar à Carthage, en passant par les villes maritimes. Voici, mais seulement pour les points principaux , la fraction de cette route comprise dans le rayon que nous avons embrassé.
Saldæ (Bougie). milles plus ou moins (i).
Russicade (ruines près de Stora). 3i8 (2)
HippôneRegio (Bône). 2i5 (3)
Viennent ensuite les détails de la même route que je donne pour la partie comprise entre Bougie et
Tabarka.
Saldæ (Bougie). milles plus ou moins.
Muslubio ou Muslubio-Horreis (Mansou-
reah?). 27 (4)
Coba municipium (au cap Cavallo). 28
Jgilgili colonia (Gigel). 38 (5)
Paccianis Matidiæ (ruines près de Tembouchure de TOued-el-Kebir ? ). 35
Chulli (Collo). 60 (6)
Rusiccade (ruines près de Stora). 5o (7)
Paratianis (ruines près du cap Filfila ?). 20
Culucitanis. 18
Tacatua (au cap Touckoush ?). 22
Sulluco ou Sublucu sive Collope Parvo. 22
(1) Le mille romain vaut 760 toises ou 1481 m. 48 c. Voyez mon mémoire sur le système métrique des Romains, Mém. de Vacad. des inscr, et belles lett. in-4°. t. XIÏ, p. 3 12.
(2) Variant. 229, 32g.
(3) Var. 1x5. C’est évidemment le chiffre 1 15 que l’on doit préférer ici. Voy. plus bas les détails de la route. [Note de M, Guérard),
(4) Var. 28.
(5) Var. 39, 28.
(6) Cette estimation est évidemment erronée.
(7) Var. 60.
Hippone Regio coloiiia (Bône).
Ad Dianam (Bastion de France? ).
Nalpotes (la Galle?).
Tabraca colonia (Tabarka).
11. Route de Carthage à Césarée (aujourd’hui Cherchel), en passant par Admedera et Théveste. C’est par ce dernier point que la route entre dans
la province de Constantine,
Admedera ou Ammedera col. (Hydra,
sur la frontière des régences de Tunis et
d’Alger). milles, plus ou moins.
Theveste ou Thebeste colonia (Tibessa).
Altaba.
Justi (Amamah?).
Mercimeri.
Macomadibus.
Sigus (Physgea ou Temlouke?).
Cirta colonia (Constantine).
Mileura ou Miievum (Milah).
Idicra..-*
Cuiculi (Kasbaïte?).
Sitifi colonia (Sétif).
Perdices (Azel?).
Cellas.
(1) Var. i8.
(2) Var. 22.
(3) Var. 3o.
(4) Var. 18, 25,
Macri. 25
Zabi ou Sabi. 25 (i)
Aras. 3o (2)
Tatilti. 18
Auza (3), Auxea, sive Audiense Castel lum
(Burg-Hamza ou Sour-Guzlan). 44 (4)
La route au-delà à'Au2,ia^ s’éloigne trop de notre rayon; je n’ai même donné Auzia que pour établir un point de repère, propre à faire retrouver les positions inconnues entre cette ville et Sétif.