STATISTIQUE SPÉCIALE
§ I. Population,
La population de la province de Constantine, comme celle de toute l’Algérie, se compose de plusieurs élémens distincts, les Berbères, nommés aujourd’hui Rabayles, les Arabes, les Turcs et les Juifs. Les Rabayles sont les peuples autochtones de l’Afrique septentrionale ( î ). Ces tribus indépendantes représentent les premiers Jiabitans de cette partie du monde. Quelle que soit l’opinion que l’on adopte sur la patrie des tribus qui sont venues d’abord établir leurs habitations sur la terre africaine, il paraît certain qu’elles sont sorties de l’Asie. C’est du
(i) Rilter, Géogr. comparée, t. Il, p. 233, Ir. fr.
moins ce que semble prouver un passage remarquable de Strabon (i), qui, environ huit siècles avant la conquête de l’Afrique par les Arabes, parlant des peuplades établit dans les plaines et les montagnes situées entre la Gétulie et la Méditerranée, dit qu’elles ressemblent aux Arabes nomades. Ces peuples primitifs se réfugièrent dans les montagnes, lorsque les colonies phéniciennes s’emparèrent de la côte. Plus tard, sous le nom de Maures et de Numides, ils firent de vains efforts pour arrêter la formidable invasion des armées romaines, le débordement des Vandales, les victoires des généraux envoyés par la cour de Byzance, et la conquête des enfans de Mahomet. Chacune de ces invasions augmenta sans doute le nombre des peuplades kabayles, et compliqua les élémens qui les composaient ; car les anciens usurpateurs du sol durent faire cause commune avec eux pour s’opposer aux progrès des nouveaux conquérans. On peut donc considérer les Kabayles comme le résidu et le mélange de toutes les races dont le caractère indépendant a résisté, à diverses époques, aux différentes invasions qui se sont succédées sur le sol africain, a Leur organisa- (( tion physique, dit M. Pellissier (2), se prête à « cette supposition, car ils n’ont pas de type bien (( déterminé. Les traits caractéristiques des races
(1) Strab. t. V, p. 48o, tr. fr.
(2) Ànn. Alger, t. I. p. 5.
(( (kl midi s’y trouvent à coté de ceux des races du k nord. Il existe même une tribu kabayle cjui, a par tradition, a comservé le souvenir d’une ori-
gine européenne, y)
Dans la seconde moitié du septième siècle, lès Arabes, après avoir conquis l’Egypte, s’emparèrent de l’Afrique septentrionale, jusqu’au détroit de Gibraltar. C’est de là qu’ils passèrent en Espagne, et qu’après avoir soumis la péninsule entière, ils débordèrent jusque dans les provinces méridionales dé la France, où la vjctoire de Cliarles Martel mit un terme à leur formidable invasion.
Les Arabes d’Afrique se divisent en deux classés : ceux ([ui habitent les villes, portent plus particulièrement le nom de Maures. Les tribus nomades (jui vivent sous des tentes et se livrent à la culture de la terre et à l’éducation des troupeaux se nomment Bédouins {i).
Les Turcs se sont établis dans F^lgérie au commencement du seizième siècle. Les Arabes, hors d’état d’arrêter les progrès des Espagnols ({ui s’étaient emparés des principaux points de la cote, implorèrent le secours d’Harourj Barberousse. Ce fameux renégat, trouvant le rôle de protecteur trop borné pour son ambition, se défit par le poison de l’émir d’Alger qui l’avait appelé, et s’empara du pouvoir. Après la mort de Barberousse, son frère
(f) Peyssonrîel, Mss. leli. V,p. G, Ann. Alger, t. T, p. 5.
Khaïr-Eddin fut liommé pacha d’Alger par le sultan Sélim, et ce pays fit dès-lors partie du vaste empire ottoman. Mais comme l’Algérie ne tarda pas à devenir un état indépendant, les Turcs ne formèrent jamais qu^une faible partie de la population africaine. On nomme koulouglis les enfans issus d’un père turc et d’une mère arabe.
Les Juifs sont h peu près aussi nombreux que les Turcs et les koulouglis dans la régence d’Alger. On fait remonter l’émigration des Israélites en Afrique à l’époque de la destruction de Jérusalem par Vespasien, mais il paraît plus probable que la plupart d’entre eux s’y sont réfugiés lorsqu’ils ont été chassés d’Europe au treizième siècle. Du reste, ils n’ont pas plus à se louer de l’hospitalité des beys que de la tolérance des anciens rois européens. Méprisés par les Turcs, les Maures et les Arabes, ils sont encore forcés, comme ils l’étaient en France au temps de Saint-Louis et de Philippe le Bel, de se distinguer des autres races par une marque extérieure. Ils ne peuvent porter que des vêtemeiis noirs. La moindre faute contre le gouvernement les expose à être brûlés vifs (i). A Alger, avant la conquête, un quartier de la ville était assigné aux Juifs; il leur était défendu, comme actuellement à Rome, d’habiter ailleurs. Il en est probablement encore de même à Constantine, et dans les autres
(i) Aperçu sur p. J 33 el suiv.
ÏO
villes de la régence que nous n’avons pas sou* mises.
Parmi les ëlémens qui composent la population de l’Algérie, je ne dois pas oublier les chrétiens renégats qui paraissent être presque aussi nombreux que les Turcs. Ils jouissaient, avant la conquête, des mêmes privilèges et de la même considération que ces derniers. Les enfans qui naissent du mariage d’un renégat avec une femme maure, se nomment aussi koiilouglis.
Il est impossible d’apprécier, même approximativement, la population de l’Algérie en générai, et celle de la province de Gonstantine en particulier. Les registres de l’état civil, les tables de recensement, seuls moyens directs d’arriver à un calcul de cette nature, sont des actes d’administration entièrement inconnus en Barbarie. Les données qui, pour tout autre pays, pourroient nous conduire à une estimation conjecturale sensiblement rapprochée de la vérité, ne peuvent ici être d’aucune valeur. Nous connaissons les limites du territoire de la régence à Test et à l’ouest; mais ces limites, du coté du sud, étant vagues et indéterminées , et la plus grande partie de la population se trouvant répartie sur les bords de la Méditerranée dans une étendue de près de 200 lieues , il est, comme on voit, impossible d’évaluer le nombre des habitans par myriamètre carré. Une évaluation fondée sur les forces militaires ou sur les revenus annuels que possédait la régfCnce,
avant la conquête des Français, ne serait pas plus exacte ; car, d’un côté, les armées permanentes du dey étaient composées, en grande partie, de soldats turcs dont la plupart étaient étrangers à la régence; d’un autre côté, un grand nombre de tribus des montagnes s’étaient constamment maintenues indépendantes et ne fournissaient aucun subside au trésor de l’état.
Nous n’avons donc, sur ce sujet, que de simples probabilités. Le colonel Boutin, en 1 808, fait monter à 172,500 âmes la population des principales villes de la régence. Dans cette évaluation, Alger entre pour 73,000 et Gonstantine pour 20,000 habitans(i). Le consul Shaler (2) pense que le nombre des habitaus de la régence était, en 1823, plutôt au-dessous qu’au-dessus d’un million , et cette évaluation a été adoptée, pour l’année i83o, par les auteurs de l’Aperçu sur Alger , publié à cette époque (3); mais elle me paraît sensiblement trop faible. Déjà, vers le même temps, le Journal des sciences militaires avait calculé la population de la régence et l’avait portée (4) à près de i, 900,000 âmes qu’il distribuait de cette manière :
(1) Aperçu sur Alger, p. 121.
(2) Esquisse de t état d’ Alger, p. 22.
(3) Aperçu sur Alger, p. 122.
(4) Tliid. p. 120,
— ïm -
Maures et Arabes (cultivateurs et ouvriers). 1,200,000
Arabes indépeudans (ou Bédouins). 4^0,000
Berbères ou Kabay les. 200,000
Juifs. ' 3o,ooo
Turcs et renégats. 20,000
Kouiouglis. 20,000
Total. 1,870,000
Il est à regretter qu’une question aussi importante ne soit pas devenue , pour les employés de notre gouvernement en Afrique ^ l’objet d’une étude spéciale. J’ai consulté là-dessus quelques hommes graves dont le témoignage , grâce à leur habitude d’observation et aux renseignemens qu’ils ont pu obtenir sur les lieux, doit mériter une certaine contiance. Ils font monter à près de quatre millions d’individus la population entière de la régence. Si l’on considère l’étendue et la fertilité de la province de Constantine, comparativement aux deux autres divisions de TAlgérie, il me semble qu’on ne peut attribuer à cette province moins de la moitié de la population totale.
On peut s’étonner que dans un pays si fertile la population soit tellement hors de proportion avec l’étendue du territoire. Peyssonnel (i) attribue cette espèce d’anomalie au grand nombre de
(1) Lett. iiiss. V, p. 10.
femmes esclaves qui sont inutiles pour la reproduction (j), à la sodomie généralement en usage parmi les Turcs, et surtout aux avortemens sans nombre que pratiquent habituellement, non-seulement les concubines, mais encore les femmes légi« times, afin de ne pas avoir un trop grand nombre d’enfans.
§ IL Portrait des tribus en général; leurs mœurs ^ leurs caractères.
Souvent , pendant le cours de mon travail , j’ai été arrêté par la stérilité des renseignemens que me fournissaient les auteurs anciens, les écrivains arabes et les voyageurs modernes. Je me trouve ici dans un embarras tout-à-fait opposé. Les relations de tous les voyageurs qui ont visité l’Afrique septen-
(i) Il est aujourd’hui reconnu que la pluralité des femmes, loin d’être pour la population un élément d’augmentation, est plutôt une cause de décroissement. Du reste il y a déjà long -temps que la polygamie est en usage dans l’Afrique septentrionale. Salluste dit, dans son histoire de la guerre de Jugurtha, que chez les Maures et les Numides les mariages ne forment pas une chaîne fort étroite, parce qu’en proportion de sa fortune, on y prend beaucoup de femmes, les uns dix, d’autres davantage, elles rois beaucoup plus encore. Sallust. Bell. Jug, c. 82. Suivant Procope, les lois des Maures leur permettaient d’avoir 5o femmes : Bell. Pand.H, 11. Voyez aussi Strabon, t. V, p. 480, tr. fr.
trionale sont remplies de détails sur le génie et la manière de vivre de ses habitans. Depuis six ans que nos troupes occupent les principaux points de la côte, on a pu vérifier ces données, les compléter, lorsqu’elles étaient insuffisantes, les modifier en ce qu’elles présentaient de défectueux. Aujourd’hui l’on peut dire que les usages des habitans de l’Afrique septentrionale sont généralement connus. Je ne m’arrêterai donc qu’aux traits généraux et aux particularités qui offriraient un caractère évident de nouveauté ou qui paraîtraient susceptibles d’applications utiles. Ainsi, l’on ne doit pas s’attendre à trouver ici des détails sur la vie intérieure des Arabes, sur leurs vêtemens, leur nourriture , leurs mariages , leurs enterremens , etc. Pour tous ces renseignemens spéciaux , je renvoie mes lecteurs aux nombreux ouvrages qui ont paru jusqu’à ce jour, et surtout aux lettres de Peyssonnel et de Desfontaines que je publierai incessamment et qui présentent, sur ces divers points, comme sur beaucoup d’autres , le plus vif intérêt.
c( Les Kabayles, dit Shaler (i), sont blancs, de (( taille moyenne, nerveux, robustes, actifs comme (( le sont d’ordinaire les montagnards, et toujours (( maigres; ils ont l’esprit vif, les mœurs sociales et cc d’heureuses dispositions. Beaucoup d’entre eux,
(t) Esquisse de Vétat dt Alger ^ p. 118 et suiv. — Ritter, Géogr. camparéey t. II. p. 240, tr. fr.
« qui ont le teint clair, les cheveux blonds, ra|)- (( pellent plutôt des paysans du nord de l’Europe « que des habitans de l’Afrique. » L’amour de l’indépendance est le trait le plus saillant du caractère des Rabayles ; l’adresse, la force, la bravoure, forment leurs qualités dominantes (i). S’il faut en croire Shaw (2), l’hospitalité ne serait pas chez eux, comme chez les Arabes, une vertu bien pratiquée.
Les Rabayles forment une quantité de tribus différentes, qui toutes ont un chef particulier et se font gloire de ne jamais s’allier avec les autres nations. Ils habitent toujours les montagnes jusqu’à leurs cimes les plus élevées. Leurs maisons {gurbies) sont construites en pisé , c’est-à-dire avec de la terre pétrie et séchée au soleil, ou avec des claies enduites de boue (3). Les toits de ces habitations sont en paille ou bien formés de gazons appliqués sur des roseaux et des branches d’arbres. Le village formé par la réunion de toutes les gurbies d’une tribu se nomme dashkrah.
Les Rabayles ne descendent jamais dans la plaine que comme ennemis ou comme aventuriers. Quelques-uns cependant vont habiter les villes ; ils y
(1) Ann. Algér. t. I, p. 5.
(2) Préf. p. X, tr. fr.
(3) De là viennent peut-être les noms de Gourha^ de Cu~ rubis, de Gourhos, que portent plusieurs villes de la régence de Tunis qui sont aussi bâties en pisé.
acceptent des emplois chez des particuliers, ou se mettent, en qualité de domestiques, au service de quelque riche maison. Mais ils conservent un si grand attachement pour leurs montagnes, qu’ils ne peuvent guère passer six mois sans aller les revoir, au risque de perdre leurs emplois dans des familles qu’ils aiment et qui les traitent avec douceur, a Tel est, « dit Shaler (i), l’empire de ce sentiment national, (( qu’il m’est arrivé de voir une fois tous mes do- (( mestiques m’abandonner tout à coup, sous pré- (( texte que leur pays était en guerre et avait droit « à leurs services. y>
r II doit certainement y avoir de l’exagération dans le portrait que fait l’abbé Poiret de ces farouches habitaris des montagnes (2). Après les avoir peints sous les couleurs les plus noires, il finit en disant : c( Je ne serais pas éloigné de croire qu’il y a parmi ce eux des anthropophages, tant ils sont affamés et « avides de sang humain. Personne n’ose pénétrer (c dans les gorges de leurs montagnes. » Ce dernier trait prouve que le savant voyageur écrivait sur des ouï-dire. Ce n’est donc pas lui faire injure que de révoquer en doute l’exactitude de ses assertions. Je ne prétends pas cependant me faire le champion de la civilisation des Berbères. Leur amour excessif
(1) Esquisse de fêlai d'Alger, p. J 23. Yoyez aussi Ritter,, Géogr. comp. t, ÏI, p. 240, 241, tr. fr,
(2) F'ojagcen Barbaricy 1. 1, p. Sq.
pour l’in dépendance doit entretenir en eux une susceptibilité farouche, et contribuer puissamment à maintenir la rudesse primitive de leur caractère. Aussi, s’il faut en croire Ritter (i), les babitans de l’Atlas ont-ils entre eux des dissensions continuelles. On les voit se livrer des combats à mort, kabayle contre kabayle, tribu contre tribu, village contre village, et maison contre maison. Les Vengeances héréditaires détruisent toutes les familles, et étouffent chez ces peuples tout sentiment d’humanité.
Poiret me paraît plus heureux dans le tableau qu’il nous a laissé du caractère des Arabes proprement dits. Voici d’abord , d’après cet auteur, la physionomie des individus de cette nation : Des yeux te pleins de feu et de courage, un regard féroce, des « traits mâles et fortement prononcés , le nez aquic< lin, des bras nerveux, la taille haute, la démarre che fière, les jambes, les cuisses et les épaules « presque toujours à nu : tel est l’extérieur de la « plupart des Maures. Ils ne sont point naturellecc ment noirs, malgré le proverbe, et comme le (( pensent plusieurs écrivains ; mais ils naissent « blancs, et restent blancs toute leur vie, quand (c leurs travaux ne les exposent pas aux ardeurs <£ du soleil. Dans les villes, les femmes ont une « blancheur si éclatante, qu’elles éclipseraient la
(i) Géogr. comparée, t. III, p. i83, tr. fr.
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« plupart de nos Européennes; mais les Mauresques « montagnardes, sans cesse brûlées par le soleil, et « presque toujours à moitié nues, deviennent même « dès Tenfance, d’une couleur brune qui approche « beaucoup de celle de la suie (i). »
On doit naturellement s’attendre à trouver une civilisation assez avancée parmi les habitans des villes situées sur la cote. L’étendue de leur commerce les ayant mis en contact avec toutes les nations de l’Europe , la rudesse originelle de leur caractère doit avoir successivement subi d’heureuses modifications. lien est de même sans doute des Arabes de Constantine, ville qui, par sa position, est l’entrepôt général du commerce entre la côte et les contrées méridionales de l’Afrique; aussi Léon l’Africain (2) vante-t-il la douceur et la politesse de leurs mœurs, honestatis amantissimi. Il ne peint pas moins avantageusement les habitans des villes maritimes de Gollo, de Gigel, de Bône (3), louant leur humanité, leur bonne foi, leur civilisation, ingenium liberale, Jidissimum, humanissimum.
Mais les choses changent de face à mesure qu’on quitte les bords de la mer pour s’avancer dans les terres. Déjà à Milah Léon (4) ne trouve plus chez
(1) Poiret, 1. 1, p. 3i.
les habitans d’autre sujet d’ëloge que la force de leur constitution, cwes validissimi. Du reste, ils ont un caractère sauvage , rudiori ingenio prœditL Le bey de Constantine y envoie, tous les ans, un officier pour lever le tribut et terminer les procès qui peuvent s’élever dans la ville; cet officier, dit Léon, est souvent massacré par les babitans.
Le même auteur (i) fait un portrait si épouvantable des Africains établis dans l’intérieur des terres, qu’on a quelque peine à ne pas le croire exagéré, bien qu’il assure que sa description ne s’éloigne pas de la vérité de V épaisseur d'un doigt (2). D’après lui, les peuplades africaines sont des sauvages sans mœurs, sans loi, sans religion: les vols, les trahisons, l’assassinat, rien ne leur coûte pour satisfaire leur insatiable avidité. Abandonnés, sans aucun frein, à toute la fougue de leurs passions, dès qu’ils sont sortis de l’enfance, ils se plongent dans la plus honteuse débauche. Le père favorise lui-même le libertinage de sa fille. Rien n’égale leur profonde ignorance, si ce n’est leur excessive cruauté. Remplis d’un féroce orgueil, ils oublient les bienfaits les plus signalés ; ils gravent sur le marbre la plus petite injure pour en perpétuer le souvenir. En un mot, ils ressemblent moins à des hommes qu’à des
(1) Léon^ p. 91-98.
(ü) Hoc in loco leclorem rogatum velim, hune nostrum laborem ne lato quidem digito a vero discedentem, p. 95.
bêtes féroces, i>itani agunt helluinam, et Léon, qui répète jusqu’à trois fois ce trait caractéristique , semble regretter, en finissant, de devoir le jour à une famille africaine, et d’avoir reçu en Afrique sa première éducation.
Un écrivain moderne, M. Pellissier, qui cependant a pu comme Léon peindre d’après nature, nous fait (î), des mœurs arabes, un tableau bien différent, Leur vie errante et nomade est due surtout à leur amour passionné pour la liberté et l’indépendance. Quoiqu’on leur prête un attachement absolu et non raisonné aux coutumes de leurs ancêtres , il semblerait, d’après M. Pellissier, qu’ils ne négligent aucune occasion d’améliorer leur position. Ils sont doux pour leurs femmes, tendres pour leurs enfans, bienveillans pour leurs serviteurs et très polis entre eux. Bien qu’ils soient avides d’argent, ils se montrent généralement moins âpres au gain que les marchands européens établis dans l’Algérie. Ils exercent gratuitement et avec beaucoup de grandeur d’ame , les devoirs de l’hospitalité. La cruauté qu^ils ont montrée dans nos dernières guerres , est le fruit de la politique des deys , et souvent des représailles pour la barbare conduite dont les Arabes n’auraient pas donné le premier exemple. Enfin leurs mœurs, dans le sens le plus restreint qu’on attache à ce mot, sont pleines de^
(i) Ann. Alger, t. L P*
délicatesse et de^ décence. Ils rougissent souvent, comme de jeunes filles, à des conversations trop libres, et quoiqu’ils ne soient pas complètement étrangers à de condamnables écarts, cependant les exemples en sont rares chez eux. Enfin, l’existence intérieure des Arabes, en temps de paix, diffère peu de celle de nos campagnards, si ce n’est qu’elle est moins occupée , et ceux d’entre eux que leur position met au-dessus du commun, ne seraient déplacés dans aucun salon parmi les nations européennes (i). ,
J’ai cru devoir reproduire les principaux détails (le ces deux tableaux si opposés, tracés à trois siècles de distance, et dans lesquels l’erreur, s’il y en a une, est sans doute la conséquence d’une observation imparfaite plutôt que le résultat de la partialité. Tous deux ne sauraient être vrais, car alors il faudrait supposer que, depuis Léon l’Africain, les Arabes ont passé d’un état approchant de celui de la brute, à un degré assez éminent de civilisation. Or, leur manière de vivre bien connue , ennemie de tout progrès et de toute innovation importante, repousse une telle supposition. L’un des deux portraits est donc infidèle; peut-être le sont-ils l’un et l’autre.
Il faut avouer cependant que les récits des voya»
(i) Je dois dire que les traits cités par M. Pellissier (p. 297) pour justifier cette dernière assertion, s’appliquent non pas à un Arabe citadin, mais à un chef de tribu des montagnes.
geurs modernes, Peyssonnel, Hebenstreit, Shaw, Desfontaines et surtout Poiret (i) ne sont pas en faveur du caractère des Arabes. Je donnerai leurs jugemens divers lorsque je parlerai en détail des tribus qui habitent le territoire de Constantine. Il me suffit, pour le moment, d avoir établi, en reproduisant deux opinions si diamétralement opposées sur les mœurs générales des Arabes d’Afrique, combien cette question, que l’on croit si connue, a besoin encore d’être sérieusement étudiée.
Après l’amour de l’indépendance, qui leur est commun avec les Rabayles, le trait le plus saillant du caractère des Arabes, et sur lequel tous les auteurs sont d’accord, est leur passion pour l’argent. L’histoire de la guerre de Jugurtha nous apprend que ce défaut était inhérent au caractère des anciens Numides. C’est par de riches présens , par de magnifiques promesses, que Métellus détermine les députés que lui avait adressés Jugurtha, à faire tous leurs efforts pour s’emparer du roi numide et le mettre mort ou vif au pouvoir des Romains (2). L’appât des récompenses promises par le consul avait seul
(1) Les voyageurs qui ont précédé Poiret n’ont donné que des particularités. Poiret s’est fort étendu sur les mœurs générales des Arabes et son récit n’est guère plus flatteur que celui de Léon. Voyez les lettres VI, VII, VIII, XY, XVI, XVIÏ, XiX, XXVIII et XXIX.
(2) Sa 11 List. Bell. Jug. c. 5o.
déterminé Bomilcar et Nabdalsa, le premier, lieute* nant de Jugurtha, le second, Numide aussi distingué par ses richesses que par l’éclat de sa naissance, à s’unir pour trahir leur prince, et terminer la guerre en le livrant à Métellus (i).Lorsque Jugurtha, épuisé par les victoires successives deMarius, n’eut plus de ressources que dans l’alliance du roi de Mauritanie dont il avait épousé la fille, c’est en distribuant l’or à pleines mains et en en promettant encore davantage , qu’il parvint à gagner les courtisans de Bocchus, et, par leur entremise, Bocchus lui-même (2).
Les Arabes ont conservé au plus haut degré cette soif de l’or , qui caractérisait les anciens habitans de l’Afrique. Ils aiment à thésauriser, et ont la coutume d’enfouir leurs trésors (3), parce qu’ils n’ont aucun besoin d’argent, ne voulant augmenter ni le nombre de leurs troupeaux, ni celui de leurs esclaves, et que, d’un autre coté, ils ne tarderaient pas à être dépouillés si les beys venaient à soupçonner leurs richesses. Mais se trouvent-iis ruinés par les guerres civiles, alors ils ont recours à leurs trésors enfouis ; ils s’en servent pour acquérir un nouveau troupeau, pour élever de nouvelles tentes et racheter leurs femmes et leurs enfans. Ordinairement le mari a seul connaissance du précieux
(j)Iâic/. c. 73.
(2) lèiW. c. 82.
(3) Jnn. Ahrér, t.I, p. 299. Poiret, t. I, p. 94, 9v5.
dépôt, et s’il meurt, son secret meurt avec lui.
C’est ainsi, dit Poiret, que la Barbarie renferme « des piastres nombreuses perdues pour toujours , « et que la plus riche mine de ce pays est en argent « monnoyé. w
J’ai cru devoir insister sur la cupidité des Arabes, parce que c’est là le coté faible de leur caractère et le point par où il faudrait les attaquer. Les hommes qui connaissent le mieux le pays pensent qu’un million répandu à propos et distribué avec discernement ferait plus que dix milles baïonnettes pour la soumission du pays (i).
Les premiers hommes à gagner, parmi les Arabes, seraient peut-être les marabouts, a Ce sont, dit « M. Pellissier (2), des hommes qui se consacrent en- « tièrement à Dieu, et qui se distinguent par leurs fc vertus et leurs bonnes œuvres. Ils sont en dehors
(1) Poiret, t. I, p. 210, rapporte un trait qui prouve que les Turcs n’ont pas moins de passion pour l’argent que les Arabes. Un ambassadeur anglais demandait au dey d’Alger réparation d'une insulte faite à un vaisseau de la marine anglaise; il terminait sa harangue en faisant entendre au dey que le roi d’Angleterre pourrait bien venir bombarder Alger. Le dey, qui l’avait écouté jusque là sans lui rien répondre, l’interrompant : Combien en coûlera-t-il à ton maître pour bombarder Alger? — Telle somme, répond l’ambassadeur. — Eh bien, quil m?en envoie seulement la moitié, et je fais raser Alger. L’envoyé ne put obtenir d’autre réponse.
(2) T. I, p. 3oi .
« de la hiérarchie sacerdotale : ce sont des saints vi- « vans , placés par F opinion, entre les hommes et les a anges. . . Lorsque leur réputation est bien établie^ « ils exercent sur les fidèles un empire absolu. Toute « autorité '^âlit devant la leur, et, chose remarqua- « ble , ils font en général un bon usage de cet im- « mense pouvoir.» Les marabouts, dit Desfontai- - nés (i), haïssent les chrétiens par état, et le peuple leur est tellement dévoué que, s’ils commandaient d’assassiner un chrétien, ils seraient promptement obéis. Les excès commis en bien des endroits par les troupes françaises, ne sont certainement pas de nature à changer en notre faveur les dispositions malveillantes de ces chefs de l’opinion. Cependant, M. Pellissier assure (2) que les marabouts de nom et défait sont, en général, des hommes paisibles qui se rangeront toujours du côté d’un gouvernement régulier et juste. Il serait superflu d’insister sur l’influence que ces espèces de missionnaires peuvent exercer sur le peuple, et sur l’avantage immense que nous pourrions en retirer si nous parvenions à les disposer en notre faveur.
Après les marabouts, les chefs de tribus sont les personnages qu’il importe le plus de ménager. Poiret a essayé de peindre le caractère de cette classe importante (i); mais il s’est basé sur la vie de deux
(1) Nouv. Ann. des voy. t. XLAfl, p. 7Q.
(2) Ann. Algér. t. T, p. 3i8.
individus qu’on peut , à bon droit , considérer comme des exceptions. Aussi ne peut-on accorder une grande confiance à ses appréciations. On doit craindre les conséquences de tout système dont le résultat serait de blesser la religion, %es mœurs, les préjugés même des Arabes. Il faut surtout se garder d’attaquer leur liberté. Ce n’est pas une liberté politique telle que nous l’entendons en Europe, que réclament les Arabes; c’est une liberté d’action, une exemption de cette foule de lois et de réglemens qui, à tous les instans et dans tous les lieux, règlent les mouvemens de chaque membre des sociétés européennes , une liberté , en un mot , qui ne connaisse d’autre restricl ion que l’observation de la paix, le respect de la propriété et le paiement d’un tribut. Le temps seul peut préparer les esprits de ces tribus indépendantes , et les disposer à resserrer davantage les liens sociaux qui les unissent ; le temps, je l’ai dit bien souvent, et je ne crains pas de le répéter, parce que de cette vérité dépend le sort futur de nos établissemens en Afrique, le temps est un élément indispensable pour opérer la fusion des peuples, des opinions, des mœurs et des usages.
(i) Lettres XXVIII et XXIX, 1. 1, p. 199-213.
§ IIL Tribus qui habitent la province de Constantine.
Je vais maintenant entrer dans quelques details sur les tribus qui habitent la province de Constantine. Nous possédons sur ce sujet peu derenseignemens récens. Les plus modernes sont ceux qui nous sont fournis par Poiret et Desfontaines, mais ces deux voyageurs ne donnent guère que des généralités. Nous avons les observations de Shaw et de Peyssonnel; Léon l’Africain est entré aussi dans quelques détails, et ces trois auteurs seront mes autorités principales. Je me hâte donc de prévenir mes lecteurs qu’ils doivent faire une distinction entre les indications de natures diverses que contiendra cet article. Toutes celles qui sont relatives aux mœurs , à la manière de vivre, au commerce, à l’industrie des tribus, méritent encore assez de confiance, car les Arabes ne changent guère : tels ils étaient il y a trois siècles, tels on doit encore les retrouver aujourd’hui. Je dois seulement faire remarquer que souvent les tribus indépendantes, après avoir résisté jusqu’à la dernière extrémité aux exactions des Turcs , prenaient le parti , lorsqu’elles se voyaient sans ressources, de plier leurs tentes, et d’aller ailleurs chercher une vie tranquille qu’elles ne trouvaient plus dans leur premier établissement. Peut-être quelques-unes des peuplades observées par Shaw ne se
retrouveront plus dans les lieux où il les a vues. Mais les renseignemens dont il faut surtout se défier sont ceux qui ont trait à la force des tribus. Mille circonstances peuvent avec le temps affaiblir une tribu puissante, et en élever une autre que les anciens voyageurs ont trouvée presque sans importance. Je n’en donnerai qu’un exemple emprunté au voyage de Poiret (i). La nation des Ouled-Amours était une des plus fortes et des plus nombreuses de celles qui habitaient sur la frontière des deux régences de Tunis et d’Alger. En 1784 et j 785, la peste et les incursions des tribus voisines la réduisirent à trois ou quatre tentes habitées par une quinzaine d’hommes, qui avaient échappé, comme par miracle, au fléau de la guerre et de la contagion.
On conçoit néanmoins que dans mon but, qui est essentiellement d’être utile, je n’ai dû négliger aucun des renseignemens propres à faire connaître le caractère des habitans du pays et, par là même, les moyens qu’on devra employer pour se les rendre favorables.
A Fest de la Galle on trouve, sur la côte, les Net* dis^ tribu indépendante et féroce dont Poiret fait un portrait affreux. Si les traits dont il se sert pour les peindre (2) ne sont pas exagérés, ce sont de vrais cannibales qui n’ont de l’homme que l’extérieur.
(2) Voy. en Barbarie, t. p. 5r, 98 et suiv.
Ils ont ëtë en relation de commerce avec la compagnie d’Afrique, mais on n’a jamais eu à se louer de leur bonne foi.
Le pays situé à l’ouest de la Galle se nomme la Mazoule; il est fort étendu et assez bien cultivé. Les différentes nations qui l’habitent sont soumises à un seul chef. Les plus considérables sont, d’après Poire! et M. Pellissier (i), les Ouled-Dieb, les Zulmis, les Beni-Hhamar, les Ouled^el-Arith , les Beni- Maïzzen, les Ouled-Stiet, les Agbet-Ghaïr, les JNheed, les Ouled-Amor-Bou-Aly. La tribu des Ouled-Dieb tient le premier rang.
Le premier cheick donné aux Arabes de la Mazoule par le bey de Gonslantine , avec autorisation expresse de la Porte Ottomane, fut un des principaux du pays, nommé Belhabesh. Peyssonnel raconte en détail (2) les excès que commit ce chef arabe pour se mettre en possession du commandement. Mais ces crimes ne sont rien en comparaison des cruautés inouies qu’exercèrent Abdallah et El-Bey, ses deux successeurs immédiats, et dont Poiret nous a transmis les détails (3). Du reste, il est constant par le récit de ces deux voyageurs que les tribus de la Mazoule étaient l’ame du commerce en grains que faisait la compagnie d’A-
(1) Poiret, 1. 1, p. 52. Ann, Alger, t. II, p. 63.
(2) Lettres manuscr. XV, p. 4 et suiv.
(3) T. I, p. 200 et suiv.
frique, et qu’il n’aurait tenu qu’à elles d’anéantir entièrement ce commerce, si la compagnie eût été assez imprudente.pour s’en faire des ennemis. Outre les céréales, ces tribus cultivent le tabac, les légumes en abondance, et se livrent même à l’éducation des troupeaux (i).
Poiret, qui a été long'ternps en relation avec Ali- Bey, cheick des peuplades Arabes de la Mazoule, nous a laissé sur ces tribus bon nombre d’observations curieuses dont quelques-unes peuvent s’appliquer à tous les Bédouins de la province de Constantine.
Les habitans de l’Afrique septentrionale ne connaissent point cette foule de maladies qui viennent à la suite de notre mollesse et de nos excès (ü). Ils atteignent ordinairement l’âge de 65 ou 70 années; on ne trouve que dans les montagnes quelques exemples d’une plus grande longévité (3). Les maux auxquels ils sont le plus sujets, et qui viennent de leur malpropreté, de l’insalubrité des lieux qu’ils habitent, de leur manière de vivre et de se nourrir, de leurs excès avec les fenanes, sont les maladies de la peau , les fièvres intermittentes , les ophtalmies, les rhumatismes, enfin le mal vénérien qui leur a été importé d’Europe et pour lequel ils ne con—
(1) Poiret, 1. 1, p. 55, 56.
(2) Ibid. p. ii5 et suiv.
(3) Léon, p. 83, 84.
naissent d’autre remède (i) que l’émigration dans les contrées les plus méridionales de l’Afrique. Du reste, rien n’est plus déplorable que l’état des sciences médicales dans toute l’étendue des régences d’Alger et de Tunis (2) ; aussi les médecins européens sont-ils en grande faveur. C’est là une remarque importante et qui peut être d’un grand usage pour le succès d’une exploration scientifique. Le seul moyen de faire des observations géographiques ou géologiques, sans exciter la défiance de ces peuples jaloux à l’excès de leur indépendance, c’est d’avoir constamment l’air de se livrer à des recherches de botanique dans l’intérêt de la médecine, et de se prêter à la manie qu’ils ont de se croire malades, aussitôt qu’ils sont en présence d’un médecin.
Shaw affirme (3) que les Bédouins ne s’occupent guère de donner de l’éducation à leurs enfans. Or, Poiret a trouvé dans le douar d’Ali-Bey, chef des tribus de la Mazoule, une école publique dirigée par un aveugle. « Cet arabe, dit le savant voya- « geur (4), réunissait dans sa tente une douzaine « d’enfans des deux sexes, auxquels il apprenait à a lire et à écrire. J’ai remarqué qu’ils ne portaient « point sur leur physionomie l’ennui et le dégoût
(1) Ibid. p. 86. — Poiret, t. I, p. 1 16.
(2) Poiret, 1. 1, p. 1 i3et suiv. Peyssonnel, lettres mss.
(3) T. ï, p. 338, tr. fr.
a trop ordinaire dans nos écoles d’Europe. Le tra- « vail, au contraire, n’était qu’un jeu pour eux. w Ce trait de mœurs, si opposé à ce qu’on sait généralement de la manière de vivre des Bédouins, doit naturellement faire soupçonner que les tribus de la Mazoule ont une origine différente des autres peuplades nomades de la province de Constantine. Une autre observation bien propre à confirmer cette conjecture, a été faite, par Peyssonnel, dans la même contrée. Je laisse parler ce voyageur (i) : a Avant a que de quitter ce pays, je rapporterai une cira constance des plus ridicules et des plus extraordi- « naires que les Maures de ces quartiers observent a dans leurs mariages. Ils prient quatre de leurs « amis d’assister au congrès et de tenir les memrc bres de leur future épouse, le premier soir de la « consommation du mariage. Voilà une coutume « qui choque la pureté et qui paraît être impos- « sible parmi des gens assez jaloux de leurs femmes.
« Elle est pourtant véritable, car, outre que je la « tiens de gens dignes de foi, bien des Maures m’ont « assuré avoir été employés à ce bel office. » Il n’est guère possible de se persuader que les peuples parmi lesquels ce singulier usage est en vigueur, soient des Arabes, puisque cliez ces derniers, personne ne l’ignore, la jalousie est un des traits les plus saillans du caractère national.
(i) Lett. mss. XV, p. lo.
Avant d’arriver à Bône, on trouve dans les montagnes situées entre la Seybouse et la Maffrag, les tribus agricoles des Merdès et des Beni-Salali. Ils faisaient autrefois le commerce des grains avec la compagnie d’Afrique (i).
Le beylik possédait dans la plaine des terres considérables que les beys de Constantine donnaient à cultiver à des Arabes à certaines conditions. On appelle dans ce pays ces terres azel, ainsi que les Arabes qui les cultivent. D’autres terres étaient affectées aux pâturages des troupeaux du bey ; on les appelait azib^ ainsi que les Arabes à qui ces trou^ peaux étaient confiés.
Depuis l’occupation de Bône par les Français, les Azel et les Azib ont abandonné la plaine ; on n’a rien fait pour les retenir. « Ce fut, dit M. Pellis- « sier , une très grande faute , car ces gens-là a auraient continué à cultiver le pays et à garder cc des troupeaux pour le compte de la France , « comme ils le faisaient naguère pour celui des « Turcs. On aurait conservé ainsi, par la conti- « nuité de la possesion, les traces des propriétés « domaniales de la plaine de Bône. »
<c Le peuple de Bône est assez doux, ditDesfon- (c laines (2), on y vit en sûreté; le commerce de la « compagnie d’Afrique n’a pas peu contribué à
(1) Ann. Algér. t. II, p. 63. Poiret, 1. 1, p. 20 et 87.
(2) Now. Ann. des roy. t. XLYII, p. 97.
« adoucir les mœurs de ces contrées. » Boue renferme des ouvriers et des artisans de toute espèce; on y fabrique des hurnous ^ des tapis, des selles de cheval, etc. (i) Ces observations assez récentes s’accordent parfaitement avec les renseigneniens qui nous sont fournis par Léon l’Africain. Cet auteur peint (2) le peuple de Bone comme très civilisé, et adonné , partie au commerce, partie à l’industrie manufacturière. Il s’y fabrique, au rapport du même auteur, une quantité considérable de toiles qui ont leur écoulement dans la Nuinidie.
A Stora , Poiret a remarqué la férocité du caractère des habitans, que l’argent seul a le pouvoir de rendre un peu traitables (3).
Les environs de Stora et de Gigel sont habités, d’après Peyssonnel, par des tribus kabayles, dont il ne donne pas les noms (4). Il existe également, suivant M. Pellissier (5), dansles chaînes de l’Edough, plusieurs peuplades d’origine kabayle, mais qui parlent la langue des Arabes. « On remarque, ajoutec( t il, parmi ces tribus, celle des Beni-Mobammed, « presque toute composée de marabouts. »
Les habitans de Gigel, dit Léon, sont presque
(1) Poiret, t. I, p. i3i.
(2) Léon, p. 545.
(3) Poiret, t. I, p. 171.
(4) Lettres mss. XV, p. 17.
(5) Ann. Algér. t. II, p. 64.
tous adonnés à l’agriculture, ceux de Collo font un grand commerce, surtout avec les Génois. Les principaux objets d’exportation sont les cuirs et la cire (i). Collo était renommée, dans l’antiquité, par ses teintures de pourpre dont la richesse et l’éclat égalaient celles des pourpres tyriennes (2) Cette partie de la côte était jadis occupée par la puissante tribu de Kétama. Ces Berbères, maîtres de Constantine, étendaient leur domination sur le vaste pays bordé au nord par Bône et Collo , à Touest par les montagnes voisines de Sétif, au midi par le grand Atlas, et au sud-est par les villes de Nifzawali et de Tozer (3). Ces peuples, renommés par leur générosité et par l’accueil qu’ils faisaient aux étrangers , n’avaient pas honte de prostituer leurs enfans mâles aux hôtes qui venaient les visiter, et loin de rougir de cette coutume, ils auraient cru manquer à leur devoir s’ils avaient négligé de s’y conformer. Au temps d’Edrisi, il ne restait plus de cette tribu, jadis très nombreuse, qu’environ 4?ooo individus répandus dans les environs de Collo et sur les montagnes qui touchent à la province de Constantine.
A Collo, l’infertilité du terrain force les habitans à chercher toutes leurs ressources dans le commerce.
(2) Solin.c.XXVÏ.
(3) Békri,iVb^. desmss. t. XII, p, 5i6, Edrisi, trad. Jaubert, p. 246.
Ils fabriquent, avec du lin qui leur est apporté d’AÎ* ger, des toiles très communes qu’ils vendent aux montagnards, ou qu’ils échangent pour du blé, du beurre, de l’huile et surtout pour des cuirs. Cette dernière denrée est leur principal objet de commerce. Quelques-uns, plus actifs, portent à Tunis ou à Alger, par mer, du beurre salé, de l’huile, des noix , des figues sèches , et en rapportent des étoffes pour leurs habillemens et du sel qui leur sert à saler les cuirs en attendant le temps de la traite de cette marchandise (i).
c( Les habitans de Bougie, dit Edrisi (aj , sont « riches et plus habiles dans divers arts et métiers « qu’on ne l’est généralement ailleurs, en sorte que tf le commerce y est florissant. Les marchands de « cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique a occidentale, ainsi qu’avec ceux du Sahara et de « l’Orient; on y entrepose beaucoup de marchandé « ses de toute espèce. Autour de la ville sont des « plaines cultivées, oîi l’on recueille du blé, de l’orge a et des fruits en abondance. On y construit de a gros bâtimens, des navires et des galères, caries cc montagnes et les vallées environnantes sont très « boisées et produisent de la résine et du goudron « d’excellente qualité. On s’y livre à l’exploitation « des mines de fer qui donnent, à bas prix, de très
(1) Poiret, t. I, P» 121 .
(2) P. 287, trad. Jaubert.
« bon minerai; en un mot, cest une ville très inx< dustrieuse* » Au seizième siècle, Bougie renfermait encore des colleges dans lesquels d’habiles professeurs enseignaient les arts, les lois, les belleslettres, la philosophie (i). Lorsque Shaw a visité Bougie, le principal commerce des habitans consistait en socs de charrue, en bêches et autres ustensiles qu’ils fabriquaient avec le fer tiré des montagnes environnantes. Les Rabayles et les Bédouins y apportent aussi tous les jours de marché une grande quantité d’huile et de cire qu’on expédie en Europe et dans le Levant (li).
Les montagnards des environs de Bougie ont, dit Léon (3), de nombreux troupeaux de chèvres, de bœufs et de chevaux. Ils portent une croix tatouée sur la mamelle gauche. Ils se nourrissent de pain d’orge et ont une grande quantité de vignes et de noyers. Ils fabriquent des toiles communes. Leur caractère est extrêmement jaloux.
Le voisinage de la ville de Bougie, au rapport de M. Pellissier (4), est habité par de nombreuses tribus de Rabayles qui se distinguent par leur bra-
f j) Léon, p. 532, 690, Marraol. t. II, p. 4^5 . Ces deux auteurs parlent aussi des forêts épaisses qui existaient de leur temps à l’orient de Bougie.
(2) Shaw, 1. 1, p. 1 12, tr. fr. Poiret, t. I, p. 171 .
(4) Ann, Algér. t. Il, p. 87.
voure. Les plus puissans sont les Mezzaïa dont les habitations environnent la ville. Du côté de Gigel on trouve les Beni-Arnran, les Beni-Kessila, les Beni-Iddel , les Oula-Ouert , les Beni-Messaoud , les Beni-Mimour, les Beni-Anirous, les Beni-Hassein, les Beni-Segrouel, etc.
Je crois utile d’emprunter encore à Léon l’Africain (i) les détails nombreux qu’il donne sur les montagnards des environs de Gonstantine, qui sont, pour nous, très intéressans à connaître. <x Le lerc( ritoire de Gonstantine, au nord et à l’ouest, est cc rempli de hautes montagnes qui partent des « frontières de Bougie , et s’étendent dans un escc pace d’environ cent trente milles j usqu’à Bône, aux « bords de la Méditerrannée. Les plaines sont très (C fertiles en olives , en figues et en toute espèce (c de fruits que les habitans exportent dans les « villes du voisinage. Ges montagnards surpassent (( les habitans même de Bougie , par la politesse (( de leurs mœurs. Ils s’adonnent à plusieurs genres
d’industrie et fabriquent notamment une grande (c quantité de toiles. De fréquentes dissensions (( s’élèvent entre eux à cause de l’inconstance de (( leurs femmes qui changent souvent de maris. Ils « sont très riches et libres de tout tribut. La crainte (( seule des incursions des Arabes et des exactions <( de leurs chefs les empêchent d’augmenter la cul-
« ture des terres. Il se tient là , chaque semaine , (( mais à des jours diffërens, un marché très fréc( quenté par les hahitans de Gonstantine et par <( ceux des autres villes voisines; mais si Ton n’a c( pas un ami dans ces montagnes, on court grand (( risque d’être indignement trompé par eux. On ne a trouve dans ces lieux ni officiers de justice, ni mi- « nistres de la religion, ni hommes lettrés. Lorsqu’un a indigène veut écrire à un ami, il a souvent douze (c ou quinze milles à parcourir pour trouver un c( écrivain. Ces montagnes comptent environ 4o,ooo (( fantassins et cavaliers. Leurs forces mili¬
ce taires sont si considérables, qu’ils n’auraient (c qu’à vouloir et à bien s’entendre pour soumettre (( l’Afrique entière. »
Les hommes dont je viens de donner le portrait appartiennent sans aucun doute aux tribus kabayles qui, d’après Shaler (i), occupent toutes les branches de l’Atlas etdont les plus puissantes habitent les montagnes de Gonstantine. Chaque tribu tire son nom du nom particulier de la montagne qu’elle habite. Les Beni-Zeroual, les Beni-Zouaouah, les Beni-Abben sont les fils du mont Zeroual, les fils du mont Zouaouah, les fils du mont Abben, etc. Les Zouaouah sont, suivant Shaw (2), les plus nombreux et les plus riches Kabayles de cette province. Ils possèdent , à
(1) Esquisse de Tétai d'Alger, p. 118, 121 .
(2) T. Fj p, ] 26, tr. fV.
l’est de Bougie, un grand pays de montagnes inac» cessibles. Ils ont plusieurs villages et un college avec des fonds pour l’entretien de cinq cents talehs ou savans.
Nous avons peu de renseignemens sur les mœurs des tribus arabes qui campent dans les environs de Constantine. Ce qui paraît certain , c’est que le seul moyen propreàagir efbcacementsureux, c’est laforce. Qu’on emploie, pour obtenir d’eux quelque chose, les manières douces et insinuantes des peuples policés, ils s’imaginent qu’on les craint, et n’en deviennent que plus fiers et plus opiniâtres à tout refuser. Nous voyons par toutes les relations des voyageurs, que quelques coups de bâtons distribués à propos par les spahis ou soldats turcs, avaient plus d’effet , sur les Arabes, que les prières, les promesses et même les présens. Quelle que soit leur avidité, l’argent, dit Poiret (t), a moins d’empire sur eux que les menaces et les coups. Veut-on gagner ces tribus sauvages? Il faut leur en imposer. Je lisais naguère dans une lettre écrite par lusuf-Bey, après notre malheureuse expédition : « Je parvins, non sans « peine et sans argent, à soumettre tous les Arabes « qui sont toujours et franchement du côté du cc plus fort. Ils me dirent sincèrement : Prends Cons- (f tantine et nous te serons soumis. Pour preuve , « nous te vendrons le grain dont tu auras besoin et
K qui est dans nos silos, et nous te promettons . K qu aucun acte hostile ne sera commis par les po- « pulations, mais,.,, prends Constantine. »
Tous les auteurs s’accordent à nous représenter comme des tribus indomptables les Kabayles qui habitent le Jurjura et les environs de la porte de Fer. La plus "renommée et la plus puissante de toutes ces tribus est celle des Beni-Abess, qui pourraient seuls, dit Shaler (i), défier toutes les forces de la régence, s’ils avaient assez d’art pour profiter des moyens qui sont à leur disposition. Voici le portrait que Shaw nous a laissé de cette puissante tribu (2) : Après avoir passé l’Adouse, on ren-
(( contre les Ouelled-Mansoure, qui sont immédia- (( tement au-dessous du mont Jurjura, et à l’est de cc ceux-ci les Beni-Hamdoune. Au sud de ces deux (( peuplades se voit le Dra-el-Hammar, ou le Rocher (( rouge, habitation de Bouzeide (3), qui est le cheick (( ou sultan des Beni-Abess. Ces derniers Rabayles <c sont piesqu’aussi puissans que les Zouaouab, c( puisqu’ils mettent en campagne plus de trois mille fantassins et de trois cents chevaux. Ils cc ont aussi grand nombre de villages, et à Calla, leur <( capitale, ils font de bonnes armes à feu, et ont
( i) Esquisse de l* état d’Alger, p. 121.
(2) T. I, p. 127, tr. fr.
(3) Appelé Bousit, par Peyssonnel, et Boigis, parPoiret.
c( une manufacture considérable de hykes (i) et de c( burnous. » Le voyageur anglais ajoute que ces peuples, se trouvant sur le grand chemin de Constantine, n’ont pu maintenir leur indépendance aussi bien que les Zouaouah. L’avantage de leur position a mis ces derniers à l’abri des atteintes des Turcs, qui ont toujours fait payer cher aux Beni- Abess les tentatives qu’ils ont faites pour se soustraire au tribut. Cette assertion est contraire à celles des autres voyageurs. Poiret assure (2) que les Turcs n’ont jamais pu soumettre les sujets de Bouzeide. (( Ce chef, dit-il, enfoncé dans l’Atlas, défendu par « sa position, par de bonnes troupes, par son pro- « pre courage, vit tranquille dans ses états, qu’il c( gouverne avec modération : ses sujets sont heu- (c reux. Leurs mœurs, semblables à celles de leurs <i chefs, sont douces et pacifiques. Ils sont riches en « troupeaux et en blé, et ne craignent pas de se les c( voir enlever. )) Poiret ajoute que le sultan Bouzeide estime et protège les chrétiens avec lesquels il a eu quelques rapports, et qu’il ne leur a jamais été contraire. Enfin Peyssonnel, qui a visité ces montagnes en compagnie d’une troupe de soldats turcs, peint
(1) Ce sont les tissus ou couvertures en laine ou en poil de chèvre dont ils couvrent leurs tentes. Les Kabayles et les Bédouins s’en servent aussi comme d’un habillement complet. Sliaw, 1. 1, p. 374, tr. fr.
naïvement la terreur qu’éprouvaient ces derniers, habitués cependant à voir fléchir devant eux toutes les tribus nomades de la régênce. « Nous entrâmes, (( dit-il, dans le pays du sultan Bousit. C’est ici que c( la peur fait bien changer de ton à nos Turcs; cc nous étions au milieu des douars et de monceaux c( de paille sans oser en prendre. Les moutons ve- (( naient boire auprès de nous, et personne n’osait cc y toucher, quoique plusieurs n’eussent que du cc pain à manger. Sultan Bousit, chef de cette na- « tion, ne permet pas que l’on fasse la moindre incc suite, il ne paie aucun trihul, et l’on s’estime encc core heureux d’être en paix avec lui. » La capitale des Beni-Abess, nommée Calla par Shaw, Gala par Poiret, Kélâh par M. Pellissier, est, suivant ce dernier écrivain (i), bâtie sur un rocher élevé, où l’on ne parvient que par deux chemins étroits et difficiles. Elle est entourée d’un bon mur et défendue par cjuelques pièces de canon. L’étroit défilé de la porte de Fer n’en est éloigné que de quatre a cinq lieues.
En remontant l’Adouse, au-dessus des Beni-Messaoud, qui sont immédiatement à l’est de Bougie, on trouve, d’après M. Pellissier (2), à droite, les Oulad- Abd-el-Djebbar , les Senadja, les Beni-Immel, et à gauche les Toudja, les Bou-Nedjamen, les Fenaya,
(1) Ann. algér. t. II, p. 87,
(2) Ih{(L p. 8G.
les Beni-Ourglis, etc. Dans l’intérieur des terres, le même auteur place les Oulad-Ameriou , les Beni- Barbache, les Beni-Soliman , les Beni-Gratib, les Kifser, les Beni-Djelliî), les Msisna, les Adjessa, les Beni-Cbebana, les Beni-Oudjan , les Beni-Ismaël et les Greboula. Voici le tableau qu’il fait de leurs forces, de leurs mœurs et de leur gouvernement :
« Les tribus kabayles dont je viens de parler, pourraient réunir plus de 20,000 hommes armés. Chacune d’elles se divise en graroubas ou districts, et chaque gmrouha en dashkrahs ou villages. Les graroubas ont des cheicks électifs nommés en assemblée générale et pour fort peu de temps. La justice criminelle est administrée dans chaque tribu par l’assemblée des cheicks. Les cadis et les talebs, ou savans, administrent la justice civile. Lorsqu’une ou plusieurs tribus entreprennent quelque guerre , elles se nomment le plus souvent un chef commun , dont les fonctions sont toujours de courte durée. Toutes les affaires importantes se décident en assemblée générale. Il n’existe nulle part un gouvernement plus complètement démocratique que celui des Kabayles. Ils se trouvent si bien de cet état de choses, et de la grossière simplicité dans laquelle ils vivent, qu’il est impossible de trouver un peuple plus attaché à ses usages. Cependant presque tous ont voyagé ; mais, aussitôt qu’il se sont fait un petit pécule, ils retournent dans leurs montagnes vivre libres et indépendans. I^eur ambition se borne, pour la plu-
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part, à avoir une femme, \mQ gourbis ou cabane, uit fusil, un yatagan, une bêche, une mule et un diien : avec cela, ils sont les plus heureux des hommes. Un petit flageolet sur lequel ils jouent des airs nationaux d’un mode lent et monotone, est aussi un de leurs élémens de bonheur ( i). Ceux d’entre eux qui ont des maisons en pierre, un cheval, des charrues et des bœufs de labour, sont considérés comme étant au comble de la félicité humaine.
« La religion des Rabayles est le mahométisme. Ils ont des mosquées et des écoles dans la plupart de leurs villages; mais ils mêlent aux préceptes du Coran beaucoup de superstitions fétichiques (a). Leur langue nationale, je l’ai déjà dit, diffère totalement de l’arabe, que plusieurs d’entre eux cependant parlent avec facilité.
a La langue particulière aux Rabayles, nommée langue berbère ou chouuia, est, dit-on, commune à toutes ces tribus de même origine. Cependant elle
(1) C’est sans doute rinstrument que Shaw nomme gaspah, et qui consiste, suivant lui, en un chalumeau des plus simples, ouvert aux deux bouts et percé de trois ou de quatre trous, suivant l’habileté de la personne qui en joue. Le même auteur a noté plusieurs airs recueillis en Barbarie. On ne conçoit., en effet, rien de plus monotone que celui qui est en tête de son recueil , et qui doit , suivant toutes les apparences, appartenir aux tribus kabayles. Shaw, 1. 1, p. 346, 348 , tr, fr.
(2) Voy. Poirel, t. I, p. gq.
doit admettre différens dialectes, commcKpn peut s’en convaincre par la comparaison des trois petits vocabulaires que je donne ici. Le premier, tiré de la quinzième lettre de Pejssonnel, a été recueilli parmi les tribus de l’Auras. Le second, extrait d’un vocabulaire plus étendu imprimé par Desfontaines dans les ISomeïles Annales des voyages (i), a été recueilli à Bône; il est conforme au dialecte des Rabayles de l’Atlas. L’autre est emprunté à un petit vocabulaire inséré dans le Journal asiatique^ en i836 (2). Il est dû à M. J. H. Delaporte, qui est né dans le pays et connaît parfaitement l’arabe et le kabayle. Il a été lu à des montagnards pris dans les environs de Bougie et de Gonstantine ; ils ont reconnu à l’unanimité l’exactitude de l’idiome.