X. Route cleCirta (Gonstantine) à Hippone (Boue
Cirta (Constantine). milles, plus ou moins.
Aquis Tibilitanis (Hammam-el-Berda). 54
Ad Villam Servilianam. i5
Hippône-Regio (Bône). aS
Quoique la Table de Peiitinger ne soit pas un document aussi ancien et aussi complet que ITtinéraire d’Antonin , j’ai cru néanmoins qu’il serait utile d’en extraire les indications qu’elle nous fournit pour la province de Constantine, parce que, généralement entre les points principaux, elle place un plus grand nombre de stations intermédiaires que ne le fait l’I tinéraire d’Antonin.
I. La première route à laquelle je puisse emprunter quelques renseignemens , est celle qui , partant de Carthage, se rend à Rusubricari, dans les environs d’Alger , en suivant les bords de la mer. Elle répond à l’extrait n° 1 de ITtinéraire d’Antonin; mais les points de repère s’y présentent dans un ordre inverse. Voici la fraction de cette route comprise entre Tabarka et Bougie.
Cabraca ou Thabraca (Tabarka). milles, plus ou moins. Tuniza ou Nalpotes de ITtinér. (la Galle?). 24 Armoniacum (Sive Armuam) Flumen (la Maffrag?) (i). i5
Ubus (aujourd’hui la Seybouse). 10
(i) C’est par une erreur de typographie qu’à la page 34 ÏArmiia et VUbus semblent ne faiie qu’une seule et même rivière.
Hippone Regio (Bôae). 5
Subluco ou SuUuco. 33
Tacatua (Touckoush), i8
Muharur. 7
Zaca. 8
Culucitani. 7
Paratianis (ruines près du cap Filfila ?). 7
Rusicade colonia (ruines près de Stora). 25
Chullu (Collo). 5o
Paccianis Matize (ruines près de l’embouchure de rOued-el-Kébir). 60 (^ )
Jgilgili(Gigel). 4
Choba municipium (au cap Cavallo ). 38
MuslubioHorreta ou Horrea (Mansoureah ?). 28 Saldas colonia (Bougie). 26
IL Une autre route va de Carthage à Hippone ^ en passant par Bulla regia (Bull), ville située sur la frontière occidentale de la régence de Tunis et que je prendrai pour point de départ dans cet extrait.
Bulla Regia (Bull ou Bal). milles plus ou moins. Sunitu ou Simitu colon. »
Ad Aquas. S
Odiana. 25
Hippone Regio (Bône). 5o
III. Route de Carthage à Rusicada ( ruinées près de Stora). Le point le plus oriental de cette route, situé dans la province de Constantine, est Naraggara auquel on arrive immédiatement en quittant Sicca Veneria (aujourd’hui Reff). C’est cette dernière
(1) Cette évaluation évidemment fausse été copiée dans l’Itinéraire d’Antonin.
n probablement
ville que je prendrai pour point de départ comme dans le IX® extrait de l’Itinéraire d’Antonin.
Sicca Veneria (Keff). milles, plus ou moins.
Nai raggara (Kassir-Jebbir?), 12
Gegelu. yy
Thacora (El-Gattar?). 5
Vasidice ieg. Vasidicæ. 5
Ad Molas. 6
Tipasa (Hamisa?). 12
Capraria. 12
Thibili (Announah?). 7
Casteilum Fabatianum (Alligali?). 26
Cirta colonia (Constantine), »
Ad Palmam. 12
Ad Villam Selæ. 25
Rusicade colon, (ruines près de Stora). 3o
De Tipasa (Hamisa?) à Hippône il n’y a qu’une station intermédiaire appelée Viens Juliani, située à 18 milles de Tipasa et à aS milles d’Hippône.
De cette dernière ville à Cirta , la Table de Peutinger donne d’abord ia Villa Sermliana à 3o milles d’Hippône, ensuite les jlquœ Tibilitanœ que nous
connaissons.
Enfin une dernière route d’Hippône à Rusicada ne renferme que deux stations intermédiaires : la première est nommée ad Plumbana ; mais la distance entre celte ville et Hippône n’est pas donnée, j^a seconde est appelée Nedibus et placée, par la Table de Peutinger, à 17 milles de Plumbana à 44 milles de Rusicada.
La rapidité avec laquelle cet essai de statistique dut être composé, et dont j’ai exposé les motifs dans la préface de l’ouvrage, m’avait fait omettre quelques renseignemens utiles, soit pour la géographie, soit surtout pour la climatologie de la province de Constantine. J’avais déjà songé à réparer ces omissions, d’ailleurs peu nombreuses, dans un petit appendice que je me proposais de placer à la fin du volume, lorsqu’une découverte précieuse est venue encore me confirmer dans ce projet teii me fournissant de nouveaux documens remplis d’intérêt. Je dois à l’obligeance de M. Coquebert de Montbret la communication de deux lettres manuscrites dePeyssonnel qui manquaient à ma collection. L’une, adressée à Delisle, géographe du roi, renferme les résultats des observations astronomiques faites par le savant voyageur en 1724 dans la régence de Tunis. I^aulre contient la relation d’un voyage de la Galle à Constantine et dans quelques lieux remarquables de la province du même nom. M. Coque-
bert de Montbret m’a également communiqué un mémoire inédit de Desfontaines sur l’ile de Ta» barka. En attendant la publication de ces documens importans qui^ je crois pouvoir le promettre J ne se fera pas long-temps attendre , je vais y puiser quelques détails sur diverses matières que je rangerai ici en suivant l’ordre adopté pour le corps de mon petit ouvrage.
Tabarka. — Je n’ai point parlé de lîle de Tabarka dans ma topographie de la cote. J’avais peu de détails sur cette localité : voici ce que nous en apprend Desfontaines.
« liîle de Tabarka n’était éloignée de la terre» ferme que d’environ une portée de carabine. Depuis la prise de l’île par Ali-Bacha, bey de Tunis, en ly/ji, une chaussée la réunit au continent. Elle a environ une demi-lieue de circuit. Elle se trouve à trente lieues à l’ouest de Bizerte, treize lieues à l’ouest du cap Nègre, quarante-trois à l’ouest de la Gou— îette, six lieues à l’est de la Galle et trente lieues à l’est de Bône. Cette île qui appartint d’abord à la régence d’Alger et qui est actuellement à charge au bey de Tunis, serait une possession bien avantageuse pour une puissance comme la France. Lorsqu’elle était au pouvoir des Lomellini de Gênes, elle tirait de la pêche du corail un produit si considérable, qu’eu 1741? ^ous frais de garnison, d’entretien des navires, des fortifications et des magasins prélevés, elle pouvait, sans nuire à la prospérité de ses établisse-
mens, payer annuellement l’imposition exorbitante de 40,545 liv. 10 s. Le commerce avec Tintérieur , l’exportation des céréales, des huiles, de la cire, de la laine, des cuirs, des chevaux et des bestiaux donnaient en outre de grands bénéfices.
« L’air y est sain et le climat salubre; mais ce qui rend surtout cette position importante à occuper, c’est l’existence, à l’est de l’île, d’un excellent port qui, au moyen de quelques réparations peu dispendieuses , pourrait abriter quatre ou cinq vaisseaux de guerre. A l’ouest de l’île, il existe un autre port pour les bâtimens plus petits tels que barques, tartanes, polacres, etc.
Desfontaines pense qu’il serait bien facile de rétablir dans cette île la pèche du corail dont on pourrait tirer tant de profit. Outre cet immense avantage, l’occupation de Tabarka nous fournirait un excellent entrepôt pour les marchandises de l’intérieur, telles que laines, cuirs, cire, miel, blé, orge, qu’on exporterait soit en France, soit à Malte et à Tripoli, où ces denrées manquent souvent. On pourrait encore faire le commerce des moutons, des bœufs, des chevaux, qui serait très avantageux à plus d’un égard.
Lacs, — Les cartes modernes ont donné une orientation fort inexacte aux lacs qui se trouvent entre Bône et la Galle. Voici ce qu’en dit Peyssonnel dans la relation de sa route de la Galle à Bône: « En nous dirigeant à l’ouest, dit-il, après avoir tra-
versé quelques coteaux sablonneux, nous trouvâmes une forêt de lièges (i), et, à une lieue de la côte, un étang, dit de la Mazoule et, par nous, du bon Marchand. Cet étang court nord et sud., ayant environ deux lieues de long sur une de large. Il y en a un autre qui a environ trois quarts de lieue de circonférence, posé sur le bord de la mer avec laquelle il communique, vers Fancien bastion ^de France, d’où l’étang a pris son nom. »
M. Baude qui^ dans son dernier voyage de Bône à la Galle, a vu ces deux étangs, m’a confirmé l’exactitude de l’observation de PeyssonneL
FoieHomaine. — J’ai parlé (2) des ruines ^Ascu^ rus , aujourd’hui Ashkoure, et des aquœ Tibilitanœ^ maintenant Hammam-el-Berda, situées sur la route de Bone à Conslantine. Peyssonnel a trouvé entre ces deux villes la voie romaine bien conservée. Audelà des aquœ TibiUtanœ , après avoir passé la rivière des bains, les traces de cette ancienne route se montrent encore jusqu’aux ruines d’une grande ville qui sont peut-être celles d’Hamisa, décrites par Hebenstreit (3).
Constantine. —-Dans mon article sur l’importance de Constantine (4), j’ai réuni tout ce que les auteurs
(i) Voyez, pour cette forêt de iiéges , Poiret, en
Barbarie, t. I, p. 56 et 67.
(3) Voy. p. 204.
de l’antiquité et les voyageurs modernes m’ont pu fournir sur cette ville de détails curieux et intéressans. La XIV® lettre de Peyssonnel contient une fort longue description de cette capitale de la Numidie. Je ne la transcrirai point en entier parce qu’elle ne fait le plus souvent que confirmer les renseignemens que j’ai puisés à d’autres sources. Il y a cependant quelques particularités que je ne dois pas omettre.
Cette relation précise la forme et l’élévation du rocher sur lequel la ville est bâtie, et c’est peut-être ici le lieu de rapporter un fait bien propre à inspirer la plus grande confiance pour les renseignemens que Peyssonnel nous fournit. Ses descriptions écrites des monumens de la régence de Tunis, comparées avec les plans et les dessins géométriques de M. Catherwood, architecte anglais qui a exploré ce pays en i833, ont prouvé que les mesures indiquées par notre savant voyageur sont exactes à une ligne près.
Suivant Peyssonnel, le rocher sur lequel Constantine est bâtie forme un losange imparfait. La pointe du côté du sud-est a environ cent pieds d’élévation. Puis on trouve un fossé naturel dans lequel coule la rivière- Ce fossé, formé par la nature^ et taillé à pic, a, au commencement, cinquante pieds de large sur cent de profondeur. Après le pont romain dont nous avons parlé (i), qui s’élève, selon Peys-
(i) P. 43 et suiv.
sonnel, à une hauteur de deux cent cinquante pieds^ la nature a formé trois autres ponts sous lesquels la rivière prend son cours. Ce sont les trois pertes du Rummel dont nous avions déjà connaissance par la relation d’Hebenstreit (i).
Après avoir passé les ponts, le fossé continue à devenir encore plus profond, de, sorte que vers la pointe qui regarde l’ouest, le rocher du coté de la ville, toujours escarpé et taillé à pic, a plus de cinq cents pieds d’élévation. Du côté du nord, la pointe du losange que forme le rocher sur lequel la ville est assise est élevée de six cents pieds.
Peyssonnel est le premier voyageur qui parie de la double enceinte de Constantine (2). A l’époque où il a visité cette ville, elle n’avait que trois portes en marbre blanc et très beau. On trouve dans la ville des débris qui attestent qu’anciennement elle renfermait des édifices considérables bâtis avec magnificence. On y aperçoit des lambeaux d’inscriptions, mais tellement maltraitées par le temps qu’elles sont devenues indéchiffrables.
Epoque des moissons.' — La plaine de Boue (3), suivant Peyssonnel , a dix lieues de long sur cinq
(1) Voy. p. 5i.
(2) L’existence d’une double enceinte m’a été confirmée parM. Daminos, juif algérien qui a demeuré dix jours à Constantine en 1816.
(3) Voy. p. 65.
de large; elle est bordée au sud par de hautes montagnes, au nord par la mer; el4e est terminée du côté de l’ouest par un étang assez considérable.
Hebenstreit a traversé la plaine de Boue pendant le temps de la récolte (i j. Cette époque se rapporte environ au i5 ou au 20 juin. Dans le désert (près de Tozer), en février 1784, Desfontaines a vu (2) les orges en épis; on les a coupés en mars. Le long de la côte on les coupe vers la fin d’avril ou dans le commencement de mai. La moisson du froment se fait environ un mois plus tard.
Coton. — J’ajouterai à ce que j’ai déjà dit (3) sur le coton et sur les autres arbres du genre bombax qui se trouvent en Afrique, un fait assez curieux rapporté par Pline (4). «Au pied du mont Atlas, dit-il, dans la Mauritanie Tingitane, croissent de hautes et épaisses forêts d’une espèce d’arbres inconnus , remarquables par leur hauteur, par leurs troncs lisses et sans nœuds, par leur feuillage semblable à celui du cyprès. Les feuilles qui exhalent une odeur forte efpénétrante, sont couvertes d’une laine très fine avec laquelle on peut, au moyen de l’industrie, fabriquer des étoffes semblables aux étoffes de soie (5). »
(0 "Voy. p. 71.
(2) Now. Ann. des voy. t. XL Vil, p. 336.
(3) P. 73 et suiv.
(4) Pline V. 1, t. I, p. 242, li^ne 27.
(5) Solin, chap. 24, dit en parlant des mêmes arbres : vcstiuntur lanugine, sericis velleribus nihil vüiore...
Cette espèce d’arbres nous est encore tout-à-fait inconnue. Il paraît, d’après le récit de Pline, quelle servait de nourriture et d’habitation à des tribus de chenilles vivant en société, qui donnaient un fil presqu’égal en force et en beauté à celui que nous tirons du ver-à-soie.
En parlant de la mauve arborescente, dont Pline nous révèle l’existence auprès de Lixos dans la Mauritanie Tingitane (i), Victor de Gartenne (2) dit que « son duvet se vend aussi cher que le « meilleur bombasin,///2^Aez/^72 othonium des Indes.»
Sable aurifère , pierres précieuses, — J’ai déjà dit quelques mots sur les paillettes d’or que roulent les rivières d’Afrique et sur les pierres précieuses qu’on y trouvait d’après les anciens auteurs. Voici un fait dont je ne garantis pas l’authenticité et que j’emprunte à un article de M. d’Avezac, inséré par les traducteurs de Ritter, à la fin du troisième volume de la Géographie générale comparée (3). « Trois a grandes collections minéralogiques possèdent a maintenant, à Paris, des diamaiis recueillis dans « l’état d’Alger, à Constantine, parmi les sables au- « rifères que charrie le Oued-el-Raml ( le Rummel) « ou la rivière du Sable. Il y a lieu de croire, ajoute a M. d’Avezac, que le Oued-ebDzeheb ou la rivière a de l’Or , qui se joint au Oued-el-Raml , entre
(1) Voy. p. 74.
(2) Cité par Marcus, Histoire des THandales, p. 21 3.
« Conslantine et la mer, doit son nom aux paillettes « dW que, sans doute, il roule en abondance. ?>
Chameaux, — J’ai dit (i) que le chameau ne pouvait pas être d’une bien grande utilité dans le pays montueux qui environne Constantine. Peyssonnel nous fournit un renseignement qui prouve que ces animaux sont d’un grand usage sur la frontière orientale de la province de Constantine. En 1724, le sultan Boisis (2), chef des Henneichah, était en guerre avec les beys de Constantine et de Tunis. Il fut attaqué et défait par Assem, bey de Constantine, qui lui enleva ses bœufs, ses tentes et huit mille chameaux ; ce fait s'était passé l’année même de l’arrivée de Peyssonnel en Afrique.
Lions , ours. — C’est un fait bien connu , que le lion n’est pas un animal très féroce et qu’il n’attaque point Thomme à moins qu’il ne soit pressé par la faim. Dans la province d’Ayla, vers le royaume de Maroc, il existe, dit-on, une espèce de lions aussi craintifs et aussi timides que les animaux qui peuplent nos forêts, ce qui a donné lieu à ce proverbe : vaillant comme un lion d'Ayla^ à qui les veaux mangent la queue (3).
(2) Ce n’est probablement pas le même que celui dont j’ai parlé aux pages 181 et suivante , et qui, d’après Shaw, Poiret et Peyssonnel lui-même, commandait dans les montagnes oii se trouve le défilé de la porte de Fer.
(3) Peyssonnel , mss. lett. xiv.
L’existence des ours dans la régence d’Alger est encore trop peu solidement établie pour que je ne m’empresse pas d’ajouter le témoignage de Peyssonnel à tous ceux que j’ai déjà réunis à l’appui de ce fait (i). L’exact et judicieux voyageur dit expressément : t( Ce pays est rempli de lions, de tigres, « d'ours et de plusieurs autres animaux saute vages. J)
Hammam- Meskoutin. — Peyssonnel parle aussi des eaux chaudes d’Hamman-Meskoutin , de leurs cristallisations, de leurs cônes ou pyramides. Ces dernières formations ont des dimensions plus grandes que je ne l’avais cru d’après le récit d’Hebenstreit (2), Peyssonnel qui en a compté plus de deux cents, dit que quelques-unes ont jusqu’à trente pieds d’élévation. Parmi les productions bizarres que forment les dépôts de ces eaux minérales, Peyssonnel signale une espèce de champignon qui a frappé particulièrement son attention : « Le tuf, dit-il, montant par les bouil- « Ions de l’eau, forme, sur un pédicule très petit, des « corps ressemblant entièrement à des champicc gnons, excepté qu’ils ne sont pas feuilletés en « rayons. On les prendrait pour de véritables chamcc pignons pétrifiés. •»
Hauteur des rnonts^ température^ neiges, — Sur la fin de janvier, Peyssonnel, en traversant le mont
(1) P. io4 et suiv.
(2) Voy. p. 126, 127.
Ai’tyah a été constamment exposé à une violente tempête. « La pluie et la grêle, dit-il, qui nous a avaient inondés tout ce jour-là, se changèrent a en neige et en un brouillard si fort que nous fûmes « obligés par la neige, le froid et le brouillard, « d’aller chercher au plutôt un gîte. » Plus loin il ajoute que depuis Boue jusqu’à Constantine, il avait eu toujours à essuyer la neige et la pluie et que les montagnes qui environnent Constantine étaient couvertes d’un pied de neige (i).
J’avais présumé, d’après l’indication que M. le général Perregaux m’avait fournie d’un châtaïgner très gros et couvert de fruits, existant sur le mont Edough, par 37® de latitude, que cette chaîne pouvait avoir, sur ce point, une hauteur absolue d’environ 7 ou 800 mètres. Cette conjecture se trouve con^ firmée par de nouveaux renseignemens que je dois encore à l’obligeance de M. le général Perregaux , et qui sont tirés d’une carte manuscrite dressée sur les lieux. Voici sa note en entier :
(C Dans la partie de l’Edough qui avoisine Bône,
(1) M. Daminos, juif né à Alger, qui a fait plusieurs fois le voyage de Constantine, m’a raconté qu’en 1816, parti de Bône au mois de décembre, avant que la mauvaise saison eût commencé, il avait été saisi par un froid très vif sur les montagnes que traverse la route au-delà du Ras-el- Akba. Le froid était si intense que , quoique très chaudement vêtu, il ne pouvait se servir de ses doigts pour battre le briquet et se procurer du feu.
au nord nord-ouest de cette ville, il y a un pic élevé dont nous n’avons pu apprendre le nom et qui peut-être n’eu a point. Ce pic est coté sur ma carte, metr. 784, 1. En se rapprochant de Bône, on trouve la source qui alimentait l’aquéduc et la fontaine de la ville. Au-dessus de cette source, il y a un grand caroubier très visible à Bône , qui est coté sur ma carte, niétr. 535. Les beaux chênes et les châtaigners que j’ai trouvés dans une course faite de ce côté, sont presqu’au sommet de la monta-gne, en se dirigeant depuis le caroubier vers le pic cité plus haut. Les hauteurs ont été relevées avec beaucoup de soin par un officier capable, dont le travail a toujours été fort consciencieux et qui est à Bône depuis quatre ans.»
Mœurs générales des Arabes,-— 1\ n’yi a pas de pays ou la condition des femmes soit plus triste et plus abjecte qu’en Barbarie; soumises aux travaux les plus pénibles, elles sont moins les compagnes que les esclaves de leurs maris. Il en est cependant quelques-unes que l’énergie de leur caractère élève audessus de leur position. La relation du voyage de Peyssonnel nous en fournit deux exemples qu’on ne lira peut-être pas sans intérêt. J’ai parlé ci-dessus de la défaite du sultan Boisis par le bey de Constantine. Voici la suite du récit de Peyssonnel.
« Boisis fit assembler ses troupes pour les encou- « rager à se bien défendre, mais il trouva des es- « prits faibles à qui l’avantage que les Turcs ve-
« liaient de remporter avaient oté le courage et qui a lui dirent nettement qu’ils avaient résolu de se sou* a mettre. Ce pauvre sultan était au désespoir et se cc voyait perdu, lorsque sa fille, appelée Elgie-ben- « Boisis-ben-Nazer, (Elgie, fille de Boisis, petite- « fille de Nazer)se fil^apporter ses -vêteniens les (( plus beaux, et, s’étant vêtue, monta à cbeval, ap- « pela les femmes et les filles ses parentes ou ses « amies qui montèrent aussi à cheval. Elle harangua a les femmes, en leur disant : Puisque ces hommes « nont pas le courage d'aller contre les Turcs ^ qui (K viendront bientôt nous violer à leurs yeux^ allons (c nous-mêmes vendre chèrement notre vie et notre (f honneur^ et ne restons plus avec ces lâches. Puis, « se dégorgeant., et montrant son sein aux hommes, V. elle leur cria : Enfans de Nazer., qui voudra « sucer de ce lait na, quà me suivre. Les Arabes, « piqués de l’héroïsme de cette fille, donnèrent sur « les Turcs avec tant de violence qu’ils défirent le « camp, remportèrent une partie du butin qui leur « avait été enlevé, firent prisonnier le caïd et dé- « pouillèrent tous les Turcs. L’on voit que dans « tous les pays on trouve des Jeanne d’Arc et des « Pucelle d’Orléans. »
Peyssonnel trace ainsi le portrait d’une autre princesse arabe, qu’il avait visitée près de Sétif et qu’il devait bien connaître; car, après avoir guéri l’un de ses fils, il ne put qu’avec beaucoup de peine s’affranchir de la vive reconnaissance qui portait
eette reine du désert à retenir de force notre savant voyageur, pour en faire son médecin ordinaire.
« La princesse Aumoni, dit-il, est une grande « femme assez bien faite, de l’âge de 6o ans, d’une a belle prestance et d’une physionomie fort heucc reuse : je ne saurais mieu3#la représenter qu’en la <c comparant à madame de Ventadour. C’était la « femme d’un chef qui commandait dans le désert a du Sahara. Après la mort de son mari, elle prit a pour ainsi dire la régence de ses enfans encore a petits et s’acquit le commandement des peuples « qui lui sont soumis. Elle va elle-même à la tête de « son armée ; elle a livré plusieurs combats contre « les Turcs , et fait des actions de bravoure mémora- « blés qui l’ont fait considérer et craindre tant de « ceux de sa nation et de ses voisins, que des Turcs cc mêmes. Elle a battu plusieurs fois le bey de Consc< tantine, qui, pour s’acquérir son alliance et son 'i amitié, a épousé l’année passée (i y 23) la fille de « cette princesse. 11 est étonnant de voir cette véria table amazone commander et régner sur des peupies qui méprisent si fort le sexe féminin. »
Aux renseignemens curieux que Peyssonnel nous a laissés sur les tribus blanches de l’Auras, j’en ajouterai un autre non moins intéressant que m’a fourni M. Guyon, chirurgien en chef de l’armée d’Afrique, dans une lettre datée du î5 février iSSy.
«Dans ce moment, dit-il, il existe à Bougie une « femme originaire de l’intérieur et que l’on peut
— 2Gi -
« supposer descendre de la tribu blanche du mont « Auras. Cette femme, âgée de 26 à 28 ans au plus, « porte la physionomie la plus agréable, sans rien a qui la rapproche de celle de ses compatriotes. « Elle a les yeux bleus, les cheveux blonds, de très « belles dents, la peau très fine et très blanche. Elle « est mariée à Timan des mosquées Sidi-Hamet, « dont elle a trois enfans qui lui ressemblent beau- « coup sous tous les rapports.
Géographie, archéologie, — Les deux lettres de Peyssonnel que j’ai récemment recouvrées sont remplies de détails intéressans pour la géographie et l’archéologie. Celle qu’il adresse à Delisle, géographe du roi, contient le résultat des observations astronomiques faites par l’exact et judicieux voyageur, non-seulement sur la cote, mais encore dans l’intérieur des terres. Il est bien à regretter que nous n’ayons pas la carte qui accompagnait cette lettre; mais malgré mes actives recherches je n’ai pu encore parvenir à la retrouver.
C’est probablement à un extrait des documens qu’elle contenait que M. Lapie a dû de pouvoir corriger dans sa carte de i833, la position de Reff, ville qui était mal placée sur celle de 1829. Reff est situé par 36” 5^ lat. nord (i), et c’est la position que Delisle lui avait donnée dans sa carte d’Afrique. J’ai cru devoir noter ce petit renseigne -
(1) Peyssonnel, mss. lett. vni bis, p. 16.
ment, parce que dans deux extraits des anciens itinéraires que j ai donnés à la fin du volume, Reff est pris pour point de départ.
Ashkoure» — ^ Les ruines de l’ancienne Ascurus ont été vues, comme je l’ai dit (i), par M. de La Porte, mais nous n’avions aucun détail sur ce qui reste aujourd’hui de cette ancienne ville. Peyssonnel y a observé une vieille masure qui a trente pas de long sur dix de large. La bâtisse, dit-il, en est assez belle, la voûte souterraine de cet édifice subsiste en entier par-dessus. Du coté du nord-est, on trouve deux espèces de portes. « Cet ouvrage, ajoute-t-il, « était détaché et je ne puis bien conjecturer à quoi « il servait, car il est fort étroit, assez long et très « élevé. A côté d’une des portes l’on voit une insec cription dont je n’ai pu deviner que quelques cc mots, a Le nom d’Adrien est parfaitement lisible.
Announah. — k knnoundih. qui n’a pu être visitée que très imparfaitement (2) par M. Baude, Peyssonnel a trouvé des ruines considérables annonçant, dit-il, une grande et belle ville, cc II reste cc encore, dit Peyssonnel, quatre portes semblables cc à celles de Paris, mais plus petites. Ce sont des cc ouvrages détachés, accostés de pilastres d’ordre cc corinthien - ionique. Deux de ces portes sont
a doubles comme celle de St. -Bernard à Paris. Du a coté de la montagne l’on trouve les ruines d’une « église. Au-dessus de la porte il y a une croix pa- « lée, avec un A et un P sous les bras de la croix. « L’on trouve de très gros morceaux de colonnes « dont quelques-unes ont 4 ou 5 pieds de diamètre cc sur 3o ou 4o de long. »
Sigus. — Les ruines de cette ancienne ville sont situées, d’après Peyssonnel, près d’une belle source d’eau, dans une plaine, à trois lieues de la montagne de Sequénie. Ce nom, un peu défiguré, s’applique probablement à la montagne que Shaw (i) désigne sous le nom de Ziganeali. La position de Sigus est encore douteuse.
Voie romaine. — Enfin le savant voyageur a trouvé dans les montagnes qui sont au midi Constantine, un grand chemin pavé qu’on lui a dit être la route de Constantine à BagaL
Antiquités. — Je viens d’apprendre qu’Achmet, en faisant des démolitions pour fortifier la porte du Pont (Bab-el-Cantara), a retrouvé un monument romain , avec des colonnes entières couchées sur le sol, et même des statues et des inscriptions latines.
(i) T. I, p. i54, tr. fr.