‹ Provinces danubiennes et roumainesChapitre 108 sur 218 · FÊTE DB LA PÈCHB · texte numérisé non relu

FÊTE DB LA PÈCHB

I<orsqu on est parvenu au centre du Monténégro, les montagnes semblent s'abaisser, et l'on se croirait peu audessus du niveau de l'Adriatique en voyant les pics culminants percer les nuages de leur cime. C'est de ces escarpements que coulent les eaux dans la direction d'occident en orient pour aller se déverser vers le lac de Scodra et vers la Moraka de l'ancienne Prévalitaine. La première de ces rivières est la Rèkova-Czernovitch, qui prend sa source au versant du mont Goloxum,et forme non loiu de Cétinié un lac du même nom, d'où elle sort pour se jeter dans le lac Labéotis. Cette rivière est extrêmement poissonneuse.

Des myriades d'oiseaux annoncent l'approche du poisson que les indigènes appellent skuranza et dont la grosseur dépasse un peu celle de la sardine. C'est un tribut que le lac envoie, deux fols par an, aux habitants de la montagne, et qui forme un des principaux revenus du vladika.

Dès que l'ouverture de la pèche est annoncée, on se rend au lac, et l'on adresse des prières à Dieu pour que les produits soient abondants. Les prêtres, comme les anciens aruspices, tirent des présages de la sérénité du ciel, de la forme des nuages et de la direction du vent, qui pronostique une pêche heureuse quand il souffle de ]>st.

On bénit les rives du lac et les filets. Les pécheurs disposent à travers les joncs de grandes nasses coniques, des paniers et différentes sortes de rets.

Quand tous les préparatifs sont achevés, on fait de nouvelles prières, et

les ordonnateurs entrent les premiers dans l'eau. Ils remontent la rivière en y jetant des grains de blé et d'autres menues semences concassées et mannées jusqu'à fermentation dans un mélange d'eau et de miel. Les poissons se jetent avec avidité sur cette pâture; alors les oiseaux pécheurs fondent sur eux en poussant des cris aigus , et les sardines, pour leur échapper, tombent dans les embûches dont elles sont entourées. Quand on juge les filets et les paniers suffisamment remplis, on les vide dans des tonnes, et Ton procède à la salaison. La même manœuvre est répétée d'heure en heure pendant quinze ou vingt jours, jusqu'à ce que les goélands disparaissent : ce qui indique mie les sardines rentrent dans le lac, d'où elles redescendent à la mer en suivant le cours de la Boïana.

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