CHAPITRE XIV
COKYIBSIOIf DE VLADIMIR.
Les
des Ri
conséquences de la conversion ssas ont puissamment réagi sur la politique de l'Orient. Disciplines par les Variegues , forts par le nombre et réparant facilement leurs pertes, il est probable qu'ils auraient fini par s'em* parer de Constantinople. Devenus chrétiens , ils portèrent leur activité dans des querelles intestines, dont profitèrent les Mongols. Délivrés de leur joug , ils se trouvaient dans un état si voisin de la barbarie que l'Europe civilisée vit leurs progrès sans inquiétude, et les prit même sons sa tutelle, pour les opposer à là marche envahissante des Turcs. Tout à coup le jour se fit dans ce chaos, et l'énergie de Pierre le Grand fascina le monde; les limites de l'empire russe s'étendirent de tous côtés avec une rapidité sans exemple; et à l'instant même où Ton prodiguait au réformateur les encouragements et les louanges il méditait ce testament fameux dont les plans si habilement suivis par Catherine et Alexandre détruisent aujourd'hui des alliances séculaires, en cimentent de nouvelles et bouleversent toutes les données diplomatiques des cabinets. La lutte est partout ; mais le noeud de la question est Constantinople, dont le sort dépend des provinces danubiennes.
Les rapports de l'empire grec avec Kief avaient depuis longtemps familiarisé les Russes avec les notions du christianisme; mais, s'il comptait déjà un assez grand nombre de prosélytes , les masses étaient restées idolâtres , et il fallait l'autorité du prince pour les entraîner. Les annalistes russes racontent ainsi la conversion de Vladimir :
« Les princes voisins envoyèrent à ce
• prince des ambassadeurs pour l'en- « gager à adopter leur religion. Les Bul-
• gares le sollicitaient d embrasser le « mahométisme; les houris faillirent le « décider; mais la circoncision lui parut - un usage odieux , et la défense du vin « contrariait ses habitudes et celles de
• son peuple. Le vin, dit* il, fait In joie
• des Russes; nous ne saurions nous en
le
passer. Il renvoya les députés des Allemands catholiques en leur disant :
Ce n'est point du pape que nos pères ont reçu une religion. Il rejeta le judaïsme , parce que les juifs n'avaient plus de patrie ; enfin le culte grec fit une proronde impression sur son es-
|>rit. Alors il assembla les boïards et eur demanda leur avis. Tout homme loue sa religion, répondirent-ils; si vous voulez choisir la meilleure, envoyez des hommes sages dans les différents pays, afin qu'ils puissent reconnaître quel est celui de tous les peuples qui honore Dieu de la manière la plus digne de lui. La magnificence du culte Srec frappa ces députés d'admiration ; s rendirent compte au prince de leur mission ; et , comme il hésitait encore, les anciens le déterminèrent par l'exemple de son aïeule Olga.
« Dans la première ferveur de son zèle , il lève une forte armée , et se rend par mer dans la ville grecque de Kherson, décidé à conquérir le baptême comme un butin. Après avoir fait débarquer ses troupes sur le rivage du golfe , il cerne la ville de tous côtés. Mais les Khersonésiens lui opposent une résistance opiniâtre; enfin, un traître, nommé Anastase, informe les Russes que la place n'était approvisionnée d'eau que par des puits dont il leur indique la position. Vladimir ruina les conduits, et les Khersonésiens furent obligés de se rendre. Après cette victoire, il fit demander aux empereurs Basile et Constantin la main de la princesse Anne, leur sœur, leur déclarant qu'en cas de refus il attaquerait Constantinople.
« L'empire était déchiré par des séditions ; les généraux Sclérus et Phocas étaient en pleine révolte contre leurs souverains. Il fallut subir les conditions de Vladimir, dont les empereurs espéraient d'ailleurs se faire un allié puissant. Ils exigèrent seulement de lui la promesse de se faire chrétien.
La princesse , bien qu'à regret , s'embarqua pour Kherson, dont son arrivée signala la délivrance. La chronique rapporte que Vladimir souffrait beaucoup d'une ophthalmie et qu'il recouvra l'usage de la vue nu moment où l'archevêque lui fit l'imposition.
L'UNIVERS
« des mains. Les boiards, témoins de « cette guérisou miraculeuse , se firent « immédiatement baptiser, et à la suite « de cette solennité on célébra les fiai*
« cailles.
* Vladimir donna des secours à Ba- « sile ; renonça à sa nouvelle conquête; « et u 'emmena avec lui de K herson . où « il fit bâtir une église, que quelques
■ prêtres et ce même An as lase qui lui
■ avait facilité la prise de la ville, 11 se « contenta, au lieu de butin, de vases « saints et de reliques. De retour à
* Kiif, il détruisit Les idoles, et ordonna
* au peuple de se faire baptiser. A l'en-
* droit même où s'élevait In statue de
* Féroun, dieu des Slaves, qui présidait
* à la foudre, il éleva une église sous « l'invocation de saint Basile , et appela «de Cous tanti no pi e des a rcbitec tes pou r " bâtir un temple à la sarpte Vierge.
" Cependant tous les ttusses ne recu- « rent point le baptdme; et jusqu'au « douzième siècle le paganisme sub- « sis ta dans quelques provinces. »
Cet événement, dont l'avenir devait révéler toute l'importance, produisit bientôt un effet favorable sur les mœurs des Russes, Le christianisme servit de lien aux nombreuses peuplades qui devaient tour à tour s'absorber dans l'unité de l'empire slavo-russe. Peut être est -ce à cette cause que l'Europe est redevable d'avoir échappé au joug des Mongols , des Tartares et des Turcs. Les grands princes furent leurs tributaires ; mais la