CHAPITRE XLVII
EXPÉDITION CONTRE L'iLB DE BHODBS.
La république de Venise venait à peine de déposer les armes, que le sultan s'occupa d'une expédition qu'il méditait depuis longtemps. L'île de Rhodes était pour lés Turcs une menace incessante; dans toutes les guerres contre h'n ehrriiens, les Turcs trouvaient les
flotte formidable parut devant R le 23 mai 1483.
La ville, qui porte le même no* me, s'élève , au bord de la mer, i pente d'une colline, alors couvai grenadiers et de vignobles. La plac tourée d'une double muraille , éta fendue par de fortes tours : un rei et un fossé large et profond environ!
l'enceinte. I-a ville avait deux ports : des galères, que protégeait le fort 1 Elme ; l'autre, destiné aux gros vaiss communiquait au sud et au nord deux petits golfes : la forteresse de* Nicolas protégeait le premier, et u:
vrage moins considérable couvra second. Les vaisseaux abordèrent, gré les efforts des chevaliers, dai lieux dont les forts défendaient le n l'approche, et l'année ottomane occuper le mont .Saint- Etienne, à milles de la ville.
« Les Turcs commencèrent les « rations du siège par l'attaque di « Saint-Nicolas, dans l'espoir que « parvenaient h s'en emparer, ils sei « bientôt maîtres du grand port. Oi « ploya une artillerie formidable « l'attaque et pour la défense. Les « railles furent bientôt entamée « grand maître, appréciant toute « portance de ce point, s'y était p « la tête de quelques volontair « d'une garnison de troupes éproi « Les Turcs donnèrent l'assaut
leur impétuosité ordinaire. Il
PROVINCES PÀNUBIEJNPŒS.
aible, le grand maître y fit r on large fossé derrière lequel ra à la hâte an mur de briques, e monde était maçon , manœut pionnier ; les femmes , chrés oo juives, épouvantées du sort i menaçait, oubliaient leur fai-
et transportaient des fardeaux s n'auraient pas même cru pouailenient ébranler. Les Turcs, eurs mortiers énormes, landes pierres massives qui , pere toit des maisons , rompaient pente des étages et faisaient r tout sous leur poids. D'Au-
fit construire pour les femmes
enfants des abris en solives «s et si fortes, qu'ils étaient à ve de la bombe et du boulet, achines lançaient sur les Turcs trtiers de roche; les chevaliers ent ces machines le tribut , par a du tribut annuel que Manoait exigé de Tordre. Quand la le du quartier des juifs fut à uinée, le paeha apprit qu'un fossé et une muraille proté-
la ville de ce côté. Désespéors de vaincre d'Aubusson , le l turc tenta de le faire empoi- ; mais les deux transfuges qui ît chargés de ce crime, après introduits dans la maison du maître, furent découverts et pièces par le peuple, pacha, honteux d'avoir vu - cet infâme dessein, fit une e tentative sur le fort Saint-Ni- Ce fort était séparé du camp rcs par un canal assez étroit, îgue fît construire un pont de x\ qu'il parvint, pendant la a fixer entre le rivage et le Alors les troupes s'élancèrent
fort. D'Aubusson fit pointer n du côté où le tumulte annonnnemî. On n'était éclairé que
pots à feu , les grenades et la ueterie. \jt pont et les barques «aient sans cesse des troupes s aux assaillants ; déjà quelques étaient parvenus à escalader railles; mais tous y trouvèrent t. On ne se battait pas avec de fureur sur les deux flottes :
es galères turques furent in-
» oendiées et augmentèrent la confu-
* sion. Lorsque le jour vint éclairer
* cette scène de carnage, l'artillerie « des forts dirigea sou feu sur le pont
* de bateaux et parvint à le rompre ; « les troupes qui s'y pressaient furent i submergées : les soldats qui étaient
> près du môle, voyant que ce moyen
* de retraite leur était enlevé , se jetéi rent dans les barques qu'ils purent i rencontrer : quelques-uns se noyèrent;
* d'autres furent taillés en pièces dans
> une sortie. Le découragement coin-
< mençait à gagner l'armée du pacha, ' qui échoua de nouveau dans deux
< attaques contre le quartier des juifs, i Alors il essaya des négociations. Les i chevaliers n'étaient pas éloignés d'ac-
< cepter une capitulation et ils sollicii tèrent d'Aubusson de ne pas négliger i l'occasion de traiter dans des condii tions favorables. Indigné de ces ob-
t sessions qui prenaient un caractère ; d'insubordinatiou , le grand maître
leur dit : « Si quelqu'un de vous ne se : croit plus en sûreté dans la place, le i fort n'est pas si étroitement bloqué
que je ne puisse l'en faire sortir. » Et, i comme personne n'osait avouer le i premier sa faiblesse , il ajouta : « Si l vous voulez demeurer parmi nous, il [ faut vous en rapporter à moi. Je déi clare que je ferai couper la tète àquii conque parlera de composition. » Ces
[>aroles dignes et sévères rappelèrent es plus obstinés au sentiment de i leur devoir. Miscba Paléologue, fui rieux de voir ses offres rejetées, jura i de passer tous les chrétiens de l'île
< au fil de l'épée; et les assauts re-
< commencèrent avec une ardeur qui t tenait du désespoir. Plus dune fois i les fossés furent comblés de cadavres, i plus d'une fois les janissaires se crui rent assurés de la victoire; mais tout
< à coup ils rencontraient devant eux de
< nouveaux obstacles , et se voyaient ( contraints de reculer. Dans un deri nier assaut, d'Aubusson reçut une ■ double blessure. En voyant couler le
< sang du grand maître, qui continuait i à combattre dans la mêlée , les asi sièges luttèrent avec un tel achar-
> nement, qu'ils culbutèrent l'ennemi, i dont la fuite porta la terreur jusque i dans le camp. Knfin, après trois mois
L'UNIVERS
« d'efforts, le pacha, découragé, leva le « siège de Rhodes , et ramena à Cons- « tantinople les débris de sa flotte et de • son armée. »
Le commandement lui fut retiré , et le sultan l'exila à Gallipoli. Mahomet avait trop d'orffueil pour se reposer après un revers. Il fit de nouveaux préparatifs pour une double campagne, une de ces expéditions était destinée contre l'Europe; l'autre, qu'il voulait diriger luimême, menaçait le roi de Perse. Déjà il avait passé le Bosphore, lorsque la mort vint mettre un terme à ses espérances ambitieuses.