GUERRES DES ILLYRIERS CONTRE ROME
(228 av. J.-C.) — Ce fut sous le consulat de M. Amilius Barbula et M. Junius Péra, à l'époque où les Gaulois menaçaient de nouveau la République, que Tes Illyriens fournirent aux Romains l'occasion de porter leurs armes sur les côtes de l'Adriatique. Les pirates qui infestaient ces parages avaient enlevé un grand nombre de négociants italiens a la hauteur du port de Brindes ; et même ils en avaient fait périr quelques-uns.
D'abord le sénat avait négligé les plaintes portées contre leurs brigandages ; mais a ces griefs, qui se renouvelèrent, vint se joindre un motif politique plus déterminant . Les Illyriens furent accusés d'avoir attaqué l'île d'Issa, soumise à Démétrius de Pharos, allié des Romains.
On choisit pour ambassadeurs les deux Coruncanius, Caïus et Lutius. Pendant
a*s de vos rois. • Une réplique si hardie Nessa la reine; mais, dissimulant no ressentiment , elle laissa partir les ambassadeurs. Bientôt elle envoya après eux des corsaires qui tuèrent le jeune Coraucauus avec une partie de sa suite, chargèrent l'équipage de chaînes et firent périr dans les flammes les capitaines des vaisseaux romains. Le député des habitants d*Issa, Calemporus, eut le néoie traitement. A cette nouvelle f le Koat fit déclarer la guerre à Teuta et aux lltyriens. Après s'être montrée cruelle , la reine montra delà faiblesse et de l'hésitation. Elle promit de renvoyer aux Romains ceux des leurs qui vivaient encore, ajoutant qu'il n'était pas en son pouvoir de leur rendre les autres qui raient été tués sans son ordre. Le sénat, usant de modération, se contenta d'exiger qu'on lui livrât les meurtriers de la ambassadeurs. Alors Tenta, attribuant à l'impuissance ou à la crainte la deaande d'une réparation si légère, répondit qu'elle ne livrerait personne ; et, comme pour braver .les Romains, elle envoya sur-le-champ des troupes pour i assiéger Issa.
; Le sénat, de son cité, ordonna aux ! consuls L. Postumius Albinus et Cn.
Fulvius Centumalus, qui venaient d'entrer m charge, de partir sans retard avec des forces de terre et de mer. Le dernier commandait la flotte de deux cents aisseaux , et son collègue était à la tête des légions. Teuta, redevenue timide, entoya Démétrius de Phare demander la pan aux consuls. Ces généraux concourent à lui accorder une trêve, sous !a condition que les Illyriens abandonneraient Corcyre dont ils s'étaient empares récemment. Mais, à peine les Romains s'étaient-ils éloignés pour retirer cette tle de leurs mains, que la reine reprit toute son arrogance; et, comme si elle n'eût plus eu rien a craindre, elle lit partir ses lieutenants pour assiéger Dyrrhachium et Apollonie. Quelques personnes prétendent, comme le rapporte Tite-Live, que ce ne fut pas Teuta qui rendit Corcyre, mais Démétrius, qui, de son propre mouvement, li« ira aux Romains cette île dont il était gouverneur, pour s'assurer leur protection contre le ressentiment de la reine qui suspectait sa fidélité.
Fulvius, après la soumission de Coi cyre, conduisit sa flotte à Apollonie et Posthumius vint le rejoindre ave vingt mille fantassins et deux mille ch< vaux. Les Apolloniates se mirent ave joie sous le protectorat de Rome ; k Illyriens furent bientôt chassés; et il ne tinrent pas plus longtemps devac Dyrrhachium, qui ouvrit sur-le-cham ses portes aux consuls. Les Ardiens e les peuples de l'illyrie qui habitaien plus avant dans les terres suivirent oc exemple. Au nombre de ces dernier étaient les Parthiniens. Démétrius fu d'un grand secours aux consuls dan cette campagne. Il allait partout van tant le pouvoir et la bonne foi des Ro mains, tandis qu'il faisait ressortir tou ce qu'il y avait de blâmable dans L conduite de la reine. De là les vain queurs s'embarquèrent pour se rendu à Issa ; et, pendant la traversée, ils m rendirent maîtres de plusieurs places Nutria fut la seule que les Illyriens dé fendirent avec courage et dont la con quête coûta beaucoup de sang aux Ro mains qui y perdirent plusieurs tribun!
et le questeur de l'armée.
A 1 arrivée de la flotte, les assiégeant s'enfuirent précipitamment. Les Phariens furent les seuls que les Romain* admirent dans leur alliance ; ils oonscrvèrent la liberté et leurs biens, en considération de Démétrius, leur compatriote, qui avait gouverné leur ile sout le roi Agron. Teuta était incertaine sui le parti qu'elle devait prendre. Dam l'espoir que rapproche de l'hiver ei d'autres soins importants rappel leraieni les Romains en Italie, elle se retire dans la ville de Rhizon, située sur ur fleuve du mémo nom, pour y attendre la événements.
Cependant les consuls, abandonnait à Démétrius la plus grande partie d< leurs conquêtes, avaient ramené l'arma et la flotte à Dyrrhachium ; mais, quanc Teuta vit que Posthumius restait dam le pays avec quarante vaisseaux, el qu'avec des troupes recrutées dans Ici villes voisines il se disposait à défendre les Ardiens et les autres Illyriciu qui s'étaient déclarés pour Rome , élu songea sérieusement à faire la paix Dès le commencement du printemps elle envoya des ambassadeurs à Romi
pour justifier sa conduite devant le sénat et représenter qu'il ne s'était rien fait sous sa régence qui ne fût conforme aux volontés d'Agron, qu'elle avait cru devoir exécuter. Le sénat répondit qu'il accordait la paix, non aux prières d'une femme sans autorité et qui ne méritait aucuns égards, mais à Piunéus, fils d'Agron : i condition toutefois qu'il payerait le tribut exigé, qu'il céderait aux] Romains toute l'Illyrie, à l'exception d'un petit nombre de places, et qu'il ne pourrait naviguer au delà de Lissus qu'avec deux barques désarmées.
Par cette paix, Corcyre, Pbaros, Issa, Dyrrhacbium et l'Atintanie tombèrent au pouvoir des Romains. On laissa à Pinnéus tout le reste des provinces qu'avait possédées Agron. Teuta, soit par crainte, soit quelle eût iriieux aimé tout perdre que de conserver une ombre d'autorité, abandonna le gouvernement du royaume, dont Démétriusde Phare fut chargé, sous le titre de tuteur. Ce fut ainsi que se termina la guerre d'Illyrie, et que les Romains étendirent leur domination jusqu'aux frontière de la Grèce. ( Tite-Live. )
On peut conclure de ces données que les possessions d'Agron se composaient, outre les provinces situées entre l'Aouss et le Drin, du territoire des gentes Labéates ( Prévalitanie) ; de la Dalmatie jusqu'au Titius, et d'une grande partie du pnVK qui forme aujounriiui l'Hertzégovmë, Quant a m îles de r Adriatique, ta plupart étaient occupées à cette époque
dernier traité, il parcourait la mer avec une flotte, et pillait les Cyclades. î>é|à même il avait engagé dans ses intérêts les Istriens, et forcé les Atintanesà embrasser son parti. L'alliance de Philippe, roi de Macédoine, qu'il avait aidé contre Gléomène, augmentait sa confiance, et l'encourageait dans ses projets ambitieux. Le sénat chargea les consuls M. Livius Salinator et Lucius j£tnilius Paulus d'aller châtier les Illyriens révoltés. Démétrius envoya à Dimale une forte garnison, fit mourir les gouverneurs dont la fidélité lui était suspecte, et leva dans le royaume un corps de six mille hommes d élite qu'il retint avec lui dans Phare, pour dérendre l'ile et la ville. jEmilius commença la campagne par le siège de Dimale qu'il emporta de vive force. Cette place passait pour imprenable. A peine ce résultat tut-il connu, que toutes les villes envoyèrent des ambassadeurs pour faire leur soumission. La conauéte de Phare offrait de grandes difficultés; abondamment pourvue de vivres, défendue par une nombreuse garnison et par son assiette naturelle, cette place pouvait supporter un long siège. 14 consul, pour s'en emparer, eut recours à un stratagème. Il y fit passer pendant la nuit une partie de ses troupes qui s'embusquèrent dans les bois; au point du jour, s'avançant lui-même vers le port avec vingt vaisseaux, iî attira de ee rôle Démétrius.
Dès que l'action fut engagée, les Phariens sortirent successivement de la
tions. Pinnéos, en voyant les sucinnibal, montra plus que de la tiens Romains. Cependant, n'osant lir à une rupture ouverte , il paya ml qu'il devait à la république, itius, roi des Illyriens, avait été aole brigandages maritimes dans la tapérienre, et le sénat, avant de seïtre lui, avait ordonné une enquête.
tard, à l'époque où In guerre des fns contre la Macédoine était sur it d'éclater, des députés d'Issa t se plaindre que Gentius avait, i seconde fois, ravagé leur terri- Us annonçaient que Persée et le lyrie étaient (T intelligence, et <jue bassadeurs de ce dernier qui se ient alors à Rome n'y étaient que pier ce qui s'y passait. Le sénat ces dépités, dont la justification i suspecte qu'on leur commanda de de l'assemblée. Tandis que les ns cherchaient à connaître quelient les dispositions de leurs alroi d'Illyrie semblait n'avoir pris
Êarti décisif. Lorsque la guerre irée, Décimns fut chargé d'aller r Gentius pour tâcher de le décinndre ses armes à celles des Ro- Les négociations, que les Romains l'art de prolonger pour gagner ps et compléter leurs préparatifs, rompues lorsqu'ils se virent en igir. M. Luoretius, frère du préint prendre en passant le continus alliés; il trouva dans le port de tchium dix brigantins appartenant ville, douze à l'île (Tissa, cin- -quatre au roi Gentius; et, féile les croire préparés pour le sers Romains, il les emmena avec lui, sa à Corcyre et à Céphalonie.
ieurs fois Persée essaya de faire • Gentius en sa faveur ; mais les ?es de ce dernier et l'avarice de
furent un obstacle à ce résultat, lorsque jEmilius fut chargé de la te de la guerre en Macédoine, , voyant les Romains maîtres des es. "fit offrir au prince d'Illyrie ?nts talents; et , lorsqu'on se fut
des otages de part et d'autre, ichus, un des confidents intimes de Macédoine, fut envoyé pour re cette alliance au nom' de son . Cet ambassadeur trouva Gentius
à Médéon sur le territoire des Labéates et reçut sa parole, tandis qu'un député illyrien se rendit à la cour de Persée à l'effet de recevoir son serment, des otages et son argent. Gentius, à la
Êriere de Pantauchus, fit accompagnera hodes par des députés l'ambassade macédonienne. Dès que Gentius se fut compromis par des mesures hostiles envers les Romains , Persée retint une partie de l'argent convenu. La même avarice le priva de la coopération d'Eumcne et d'un secours important que lut offraient les Gaulois.
Déjà l'on était au commencement du printemps ( 168 av. J.-C. ) ; jftmilius se trouvait en Macédoine, Octavius à Orée où il avait pris le commandement de la flotte, et Anicius en lllyrieoù il devait attaquer Gentius. Ce prince, fils de Pleuratus et d'Eurydice, avait deui frères, Plator, né du même père et de la même mère, et Caravantius, qui n'était que son frère utérin. Il se défit de Plator et de deux guerriers dévoués à ce prince, Etritus et fipicadus. Le bruit courut qu'il s'était déterminé à ce crime parce que Plator avait formé le projet d'épouser fttuta, fille d'Honunus, prince delà nation belliqueuse des Dardaniens. Délivré d'un rival qui l'inquiétait, il épousa lui-même Etuta, et se livra à sa violence naturelle qu'excitait encore l'usage immodéré du vin. Après s'être déclaré contre les Romains, il rassembla près de Lissus toutes ses forces qui se montaient à quinze mille hommes. 11 en détache mille fantassins et cinquante cavaliers sous la conduite de son frère Caravantius pour réduire les Ca viens, et marche lui-même sur Bassania située à cinq mille de Lissus. Cette ville, alliée des Romains, aima mieux soutenir un siège que de se rendre. Déjà Appius Claudius, réunissant à Tannée qu'il amenait avec lui les corps auxiliaires des Rulliniens, desApolloniates et des Dyrrhachiens, avait quitté ses quartiers d'hiver pour venir camper sur les bords du Génuse. De son côté, le préteur Anicius, apprenant à Apollonie les évéments d'Illyrie, manda à Appius de l'attendre dans son camp où il ne tarda pas a le rejoindre. Là , réunissant aux auxiliaires qui faisaient partie de son armée l'élite des l'arthiniens, il se dis-
L'UMVERS.
ait à «'avancer en lllyrie pour faire lever le siège de Bassania, lorsqu'il fut retenu parla nouvelle nue les brigantins ennemis exerçaient de grands rava-
ges sur la côte. La flotte romaine eut ientôt dispersé ces pirates. Gentius, informé de la marche d'Anicius sur Bassania, leva précipitamment le siège de cette place, laissant derrière lui Ta moitié des siens qui ne firent aucune résistance. Les villes voisines s'empressèrent de faire leur soumission. Anicius se porta sur Scodra où s'était enfermé Gentius. Cette ville, la plus forte du pays des Labéates, était la clef dn royaume. Deux rivières l'entourent : la Clausala, à l'orient, et à l'occident la Barbana qui prend sa source dans le lac Labéatis. Ces deux rivières versent leurs eaux dans l'Orconda qui sort du mont Scordus et va se jeter dans l'Adriatique; le mont Scordus , le plus élevé du pays , commande à l'orient la Dardanie, au midi la Marcédoine, et à l'occident i'Ulyrie. Bien que Scodra fût une place de premier ordre, le préteur crut devoir profiter de la terreur de l'ennemi, et s'avança jusqu'au pied des remparts.
Au lieu de combattre dans leurs retranchements et du haut des tours, les habitants ouvrent leurs portes, se déploient en rase campagne et commencent résolument le combat; mais bientôt ils reculent en désordre et rentrent dans la ville, non sans essuyer une perte considérable. Gentius, frappé de crainte, sollicita une trêve: on lui accorda
au camp Etléva, femmedeceprii ses deux fils, Scerdilète et Pli ainsi que Caraventius. C'est aiu guerre d'Illyrie fut terminée ei jours. Rome en apprit l'issue e temps que le commencement, et jours après, le roi Gentius, sa fi les principaux dignitaires de sa c rent confirmer eux-mêmes par 1 sence l'abaissement d'un roya d'une dynastie. On en tira un favorable pour le dénoument p de la guerre de Macédoine.
On peut recueillir dans cette de l'histoire de l'IUyrie ancieni ques données géographiques su due des États de Gentius. Parmi les principales de son royaume, o tait Uscana, place voisine de h tie, contrée appartenant à la Mac Œnéon, ville située sur la route duisait chez les Labéates, et capitale de la haute Albanie moi
Fidèles a la politique qui le si bien réussi en Grèce, les Rom clarèrent libres les Illyrieus ment dits, les Taulantins, les 1 les Rhizzonites, les Alciniates, h ses, les'Dassarètes et les Salepita lyne fut ensuite divisée en troii tements : le premier renfermait sensés (canton d'Alessio), les Tai (Durazzo ) et les cantons de la ri che du Drin. Le second comprer tes les tribus labéates, sans dési de noms. Le troisième était foi Monténégrins), de
voit Salone servir de quarr à Céalius MéteUas, et plus usuIGnëius Cosconiuss'em- 1e capitale. César, à son renies, intervint dans les déan entre les Illyriens et les au sujet de Promona. Enfin, m et Flora* nous montrent pipça, Tibère et Germanieus néônner par les armes les Illyriens. Nous nous con- 'exposer succinctement les aux.
imposé aux Dalmates était [écntion; ils osèrent même corps de quinze cohortes et de trois mille cavaliers a menait au secours de Cémains furent taillés en pièiiûts prisonniers à Salone , mourut de douleur. Après Se Pbanale, les Dalmates au vainqueur des députés er son alliance; César se leur accorder la paix aux éjà stipulées; et Vatinius se Jmatie avec des forces juntes pour tenir en respect nrbulents et belliqueux. Va* tu d'alliés soumis, ne trouva des ennemis à combattre, e devint générale lorsque : meurtre du dictateur. Brulu gouvernement de la Dalla Macédoine , arriva dans s pour recueillir les débris e Vatinius.
années s'écoulèrent avant mains fussent en mesure es Dalmates, qui eurent le tifier Promona et d'étendre êtes dans le voisinage. Oc- ; de réduire les places mariétaient déclarées en faveur , tourna ensuite ses armes nnonie. Mais , cette ca m paiement terminée, il réduisit i, qui se virent forcés à payer posé par César. Dans cette >, Octave obtint trois fois les i triomphe , d'abord pour la le la Dalmatie, puis pour la Hiom, et enGn pour la congypte(28av. J.-C).
réduction de l'Illyrie en prône , Auguste lui donna pour
limites à l'orient l'Arsa , à l'occident le Drin , au nord la Save et au midi les lies de l'Adriatique. Ainsi cette province comprenait les sandgiaks modernes d' A Ibanie, de Bosnie, de Croatie et de Servie. Les monts Ardiensou Bébiens séparaient l'Illyrie transalpine ou septentrionale de l'Illyrie maritime, qui embrassait la Iapidie, la Liburnie et la Dalmatie propre* meut dite. Le Tédanius ou Zerroagna séparait la Iapidie de l'Istrie et de la Liburnie; entre la Liburnie et la Dalmatie la limite était le Kcrka ou Titius, et le Drin entre la Dalmatie et la Macédoine. Dans cette distribution, les provinces illyriennes prirent le nom de consulaires et de prétoriennes. Les premières étaient échues en partage au sénat, et les secondes à l'empereur, oui était sûr d'y recruter au oesoin des soldats forts et aguerris, qui. pour une haute paye, n'auraient recule devant aucune expédition.