‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 157 sur 300 · ANABCHIB DANS LA BOSNIE · texte numérisé non relu

ANABCHIB DANS LA BOSNIE

Plus les chefs s'applaudissaient de voir l’autorité de la Porte impuissante à les contenir, plus le désordre faisait des progrès. Toutes les haines privées, toutes les ambitions se donnaient libre carrière. Le fait suivant pourra donner une idée de l’anarchie qui régnait alors dans les provinces, où se trouvait le foyer de la résistance. Nous suivrons le récit de Rauke.

Ali pacha , vidaïtch de Svornik , fut nomme eu 1829 pacha de Srebrnitza; il se disposait à rentrer dans la forteresse, lorsqu’il la trouva occupée par un certain Mémisch, aga du voisinage, qui avait jugé convenable d’en prendre possession. Ce chef s'était ménagé un parti parmi les musulmans et avait également armé les chrétiens. Tous les efforts de

L’UNIVERS

Vidaïtch pour le chasser furent inutiles; il fut obligé de retourner a Svornik.

En approchant de cette dernière ville, il fut tout étonné d'en trouver les grilles fermées. Durant son absence, un de ses parents , Mahmoud pacha , qui était l'ami de Mémisch, s’était installé dans le pachalik. Ali eut recours à la force : heureusement pour lui, il avait! de nombreux partisans; mais il lui fallut reconquérir ses fonctions; et l’on se battit longtemps dans les places de la ville et dans les rues voisines de la forteresse. Peut-être la victoire lui serait-elle restée si son rival n'eût eu un allié puissant dans la personne de Hussein, capétan de Gradutchatz. Ali était trop faible contre Mahmoud et Hussein ; apres avoir lutté quelque temps, il se vit assiégé dans une maison, où il essaya de résister. Il avait avec lui ce qu'il aimait le plus au monde, son tils, âgé d’environ trois ans et son cheval arabe. L'étage supérieur de la maison où il tenait encore s’écroula sous le feu des assiégeants. Sa grandeur d’âme ne l'abandonna pas dans celte situation critique; il mit son jeune enfant entre les mains d’un soldat , auquel il recommauda d'aller le porter à Mahmoud, son mortel ennemi, pour qu’il prit à sou égard telle décision qu'il jugerait convenable, et il se rendit luimême à Hussein.

Mahmoud éleva le fils d'Ali comme s’il eût été le sien; quanta Hussein, il emmena Ali à Gradalchatz. Une estime mutuelle les eut bientôt réconciliés, et ils s’unirent par les liens de la confraternité d’armes , engagement religieux qui, chez les Slaves, a souvent plus de force que les liens du sang : depuis ce moment le capétan n’eut pas de compagnon plus brave et plus dévoué que son prisonnier.

C’est ainsi que débuta sur la scène politique ce Hussein qui plus tard acquit une grande célébrité. De même que Moustapha,il avait quelque instruction; comme ce dernier, il était brave, jeune et riche; mais il était moins cruel, et avait quelquefois des saillies de grandeur et de générosité. Sou père , Osman pacha, est célébré dans les ballades serviennes; il s'était fait une réputation méritée d'intégrité et de justice, appliquant les lois dans toute leur rigueur

sans avoir egara au rang ni aux croyances. Son Qls l'égala en désintéressement , et le surpassa en courage et en héroïsme.

On l’appelait le dragon de Bosnie (Zmeï ot Bosna), et il signait lui-même ses lettres de ce surnom populaire. Tous les Bosniaques tenaient leurs regards fixés sur Hussein ; on espérait que, sous un chef si vaillant, les droits et les privilèges de la province recevraient une nouvelle consécration.

Le sultan n'avait pas renoncé à ses projets. A peine les Russes eurent-ils quitté le territoire turc qu'il adopta les mesures les plus sévères contre les partisans du vieux système. Quand bien même il n’eût pas été porté, à persévérer par conviction et par force de caractère, la haine de ses ennemis lui en aurait fait une nécessité. Depuis sa défaite, on affectait de le mépriser; et l’on attribuait les revers de l'empire à l’abandon de ce qui avait fait jadis sa gloire et sa force; on allait même jusqu’à dire que tant qu'il serait sur le trône le devoir de tout bon musulman était de lui résister et de le combattre.

Dans l’été de 1 830, Mahmoud résolut de prévenir ses ennemis. Il réussit à se défaire de quelques meneurs albanais, et ordonna au vizir de Travnik d’agir avec vigueur dans la Bosnie. Ce fonctionnaire, conformément à ses instructions, revêtit l’uniforme qu'on lui avait envoyé de Constantinople ; ce fut le signal de la rébellion.

Au nombre de plusieurs milliers et sous la conduite de Hussein, lesinsurges se portèrent sur la forteresse; c’était au commencement de l'année 1831. Comme le vizir n'était point en mesure de résister, on s'empara de la place, et il fut forcé de se dépouiller de son nouveau costume pour reprendre celui que jusque-là les vizirs avaient toujours porté. Comme il avait , disait-on , insulté à la religion de ses pères , on l'obligea à faire certaines ablutions et à réciter des prières; après cette sorte d’expiation les révolté remmenèrent avec eux.

Il est probable , ajoute Ranke, qu'ils avaient l'intention de se servir de son nom pour quelque entreprise plus importante; résolus d’attaquer le sultan, ils jugèrent sans doute que la présence

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d'un vizir sanctionnerait en quelque sorte leur rébellion. Mais le vizir trouva le moyen de leur échapper pendant la célébration du ramadau , et retourna à Constantinople par le territoire autrichien. Quoi qu’il en soit, lorsque la solennité religieuse fut passée , les chefs s’assemblèrent à Séraiévo. Précisément à cette époque Moustapha- Pacha parut à la tête de quarante mille hommes; tout le monde s’attendait à le voir entrer en vainqueur à Constantinople. Les Bosniaques résolurent de s'associer à la fortune de Moustapha, et se mirent en campagne au nombre de vingt -cinq mille combattants. Le vieux parti turc se croyait sdr du triomphe; à Belgrade les démonstrations allèrent jusqu'à l’euthousiasme. A Nissa on proclama de nouveau les droits des janissaires; tout le monde s’attendait à uue révolution complète ; mais, comme si en Orient tout jusqu’aux révoltes devait différer de la marche ordinaire des choses en Europe, ces mouvements , au lieu de tendre au progrès , n’avaient pour but que le rétablissement d’un passé dont tous les revers de l’empire étaient fatalement sortis ; de sorte que le peuple allait volontairement au-devant du joug de l’aristocratie pour échapper à une autorité unique qui du moins aurait mis l’égalité à côté de l’obéissance. Au printemps de l’année 1831 , les troupes de Moustapha s’avaucèrent jusquevers Kara Teisia, et, après avoir commis mille actes de cruauté, elles s’emparèreut de Sophie.

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