‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 182 sur 300 · LE CHARME · texte numérisé non relu

LE CHARME

Il est nuit; les guerriers se reposent; un vin doré pétille dans les coupes :

mais le jeune Sto'ian s'abstient de la liueur enivrante , le café odorant fume ans sa tasse d'or. Cependant les Hiles revenaient de la fontaine, portant sur leurs épaules leurs cruches remplies.

Au milieu d’elles s’avance la sœur d’I-

L’UNIVERS

van. En la voyant, Stoïan sent son cœur brûler d'amour : il jette sur le passage de la vierge un coing parfumé cl une pomme vermeille ; mais d un pied courroucé la sœur d'Ivan repousse la pomme, et le coing roule en vain sur le sable. A cette vue, Stoïan s'abandonne au désespoir; tout à coup ii se lève et se rend en bâte vers sa demeure : c'est par des sortilèges qu'il espère triompher * de la socurd’Ivau.

Il prend quatre feuillets qu'une magicienne a cnarmés. Sur le premier, il trace des lignes symboliques, et le jette dans les flâmmes en prononçant ces paroles : Ne te consume point , ô charme! ni toi. feuille légère! que la raison de la sœur d’Ivan s'enflamme seule! Il jette dans l'eau le second feuillet : Puisse le courant de ces ondes n’entraîner que la raison de la sœur d’Ivan ! En abandonnant au souffle des vents le troisième, il prononce cette imprécation : Que les vents, respectant ce charme, enlèvent avec eux la raison de la sœur d'Ivan! Quant au quatrième feuillet, il le place sous son cnevet en disant : Puisses-tu ne pas rester sur ma couche, ô charme! mais puisse, ceîte nuit, t’y remplacer la sœur d’Ivan !

Déjà quelques heures s’étaient écoulés, lorsqu'un léger bruit se fait entendre à la porte... on frappé... le charme a opéré; c’est la sœur d’Ivan. — Ouvre, dit-elle, si tu crains Dieu ! car les flammes me consument! Stoïan reste immobile et en silence. — Ouvre ! reprend la vierge, les eaux m’entraînent!... mais le jeune homme n’a pas encore répondu . — Stoïan ! s’écrie enfin la sœur d'Ivan, les vents me soulèvent et m’emportent vers les nuages ! Alors Stoïan ouvre la porte de buis , et saisissant les blanches mains de la jeune fille, il l'entraîne au fond de sa demeure.

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