LA TRANSFORMATION
Stéphan était l'orgueil de sa mère, veuve d'un guerrier qu’un Albanais avait tue par trahison. Quand vint la saison où les feuilles jaunies jonchent les sentiers de la forêt, la mère de Sté-
phan mourut, ne iaissant à son fils qu'un enclos au pied de la montagne et sa sainte bénédiction. L’humeur du jeune pâtre devint si sombre que les filles le croyaient en démence, et répétaient u’üne vila l’avait pris pur frère d’aoption. Cependant, si Stéphan ne faisait point les choses de la vie ordinaire comme tout le monde, c’était lui qu’on venait consulter dans les occasions importantes ; nul ne donnait des conseils
fdus sages; et quand on venait consulter e prêtre pour concilier quelque différend, il répondait ordinairement : Adressez-vous a Stéphan. Un jour qu’il traversait tout rêveur la verte forêt , il vit venir à lui une jeune fille. Deux fois il se détourna pour l’éviter; deux fois il se retrouva en face de cette gracieuse apparition. Stéphan , lui dit-elle en lui barrant le passage , j’ai besoin que tu fixes mon irrésolution. Deux prétendants demandent ma main; à quels signes puisse reconnaître celui que je dois préférer? Stéphan fit asseoir la jeune fille
{très de lui, et parla de l'amour et des ouissances de la vie conjugale en termes si attrayants qu'on eût dit que toute son âme était sur ses lèvres. La jeune fille l’écoutait avec trouble ; en regardant Stéphan , elle se disait ; Plût à Dieu que l'un de mes fiancés lui ressemblât ! Seule la vila a recueilli ce qu’ils se dirent; mais la lune suivante la chaumière de Stéphan, parée de guirlandes, retentissait du chant des fiançailles.