‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 196 sur 300 · T0R1TB SUPRÊME · texte numérisé non relu

T0R1TB SUPRÊME

Ranke, dont le récit nous sert de guide pour l’histoire de l’insurrection de la Servie et que nous nous contentons souvent de traduire , remonte à la campagne de 1809 pour mieux faire apprécier les causes qui mirent la discorde entre les partis déjà formés, et faillirent compromettre tous les résultats de la victoire.

Déjà, dans le camp de Losnitza et à

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l’instant de la retraite des Turcs, la mésintelligence avait éclaté. Qui défendra désormais ces frontières? demanda Jacob Nénadovitch. — Celui qui les a défendues jusqu'à présent répondit Ksra- George. — Point du tout, poursuivit Jacob . que ce soin regardait j c’est l’affaire de ceu.v qui refusent l'assistance de l’étranger et qui nous mettent l’ennemi sur les bras. Jacob convoqua ses troupes et leur présentant son ueveu :

«Cet homme, envoyé par moi, leur ditil, avait trouvé pour vous un gracieux empereur ; maisMIaden etMiloï ne veulent pas de protecteur ; ils veulent être eux-mêmes rois et empereurs.

Lorsqu’on tint la skouptschina en 1810, Jacob Nénadovitch parut à cette assemblée, aecompagué d’un grand nombre de momkis cl de partisans, et son escorte éclipsait celle des autres chefs. Ces hommes, qui n’étaient pas moins de six cents, criaient dans les rues : « Nous voulons l’empereur !» Pendant la séance, Jacob accusa violemment Mtaden. « Si Mladen est coupable, dit Kara-George, preuez sa place et faites mieux que lui ! Vous voulez l’empereur de Russie, eh bien , j’y consens ! » Ce débat accrut tel-, leincnt l'influence de Jacob que Mladen et Miloï, qu'on regardait comme plus coupables que le commandant en chef, durent céder, tandis que Jacob fut nommé président du séuat. Sous prétexte qu’un si grand nombre d'officiers occasionnait trop de dépenses , il éloigna des conseillers qui lui déplaisaient, et il semblait partager le pouvoir avec Kara- George. Ce fut à sa sollicitation qu’on envoya demander du secours au camp des Russes.

Cependant les autres chefs étaient peu satisfaits de ce changement. Miienko faisait partie de la députation ; mais lorsqu'il fut arrivé à Poretsch , au lieu de poursuivre son chemin , il se contenta d’envoyer à sa place son secrétaire. Non content de désobéir formellement au commandant en chef, il excita son district à l’insurrection.

D’uu autre côté, Pierre Dohriniaz s’était constitué ambassadeur de sa prorc autorité. Accompagné de Rodoliniin, il se rendit au camp des Russes; et, comme s’il eût tenu cette mission de ses compatriotes , il demauda le retour

de Rodofinikin avec quelques troupes auxiliaires. Tout en excitant les Russes contre Kara-George, il recommandait aux Serviens de ue recevoir aucun secours etranger avant d avoir élu un autre commandant en chef et renouvelé tout le sénat. L’arrivée des députés réels ue lui lit pas abandonner son plan. Il parvint à persuader à Milan de Roudnik, qui était le chef de l’ambassade, que Kara-George visait au pouvoir suprême et illimité, et les fausses suppositions ne lui manquèrent pas. Cependant, comme nous l’avons déjà dit , leurs projets avortèrent. Kara-George trouva le moyen de faire parvenir au général Kameùskoï des informations plus exactes par un de ses amis , l’archimandrite Philippovitch. C’est à la suite de ces ouverturesquu Kamenskoï fit paraître la proclamation que nous Bvons rapportée plus haut, et Von doit rapporter a la même cause l'uniou des partis et les succès de la campagne de 1810.

Cet accord momentané en présence de l’ennemi n’empéeha point les hospodars de revenir à leurs inimitiés lorsqu'ils retournèrent dans leurs foyers et même durant la campagne. Pierre Mileuko et Milan se rencontrèrent au quartier général de /.uccato. Jacob Néuadovitch et ses adhereuls se réuuirent au camp de Losnitza ; et ils profitèrent de cette occasion pour se consulter et prendre de nouvelles mesures. Kara-George était alors trop puissant, et il avait ru trop de succès dans la guerre pour qu’on songeât a ruiner son influence . d'un seuf coup ; mais ils pensèrent qu'il serait possible de limiter son autorité, et de préparer les affaires de manière que sa déposition parût nécessaire. Si un régiment russe que Mladen était chargé (te mettre dans leurs intérêts pouvait arriver, ils espéraient être en mesure d'exécuter leur projet ; la seule présence des Russes devait suffire pour faire pencher la balance en leur faveur ; ils comptaient en outre sur l'assistauce de leurs momkis , sur leur propre crédit et leurs relations dans Belgrade et même sur une révolte du peuple qui était mécoulent de Mladen. La prochaine skouptschina ne pouvait manquer d'amener des résultats importants.

Le désaccord qui existait entre les

hospodars «t le commandant en chef n'était pas entièrement sans motifs réels ; il naissait de la nature même des choses. Il serait injuste de regarder les liospodars comme les oppresseurs du peuple et Kara-George comme son défenseur, même d'après les notions des peuples de l'Occident , notions qui ne sauraient être applicables à l’Orient.

On se ferait beaucoup plus aisément une idée juste du caractère de ce conflit en comparant à la situation de la Servie celle d'où sont sortis les changements de la Grèce et dont le résultat edt été tout autre s'il s’était trouvé parmi les Hellènes un homme du caractère de Kara- George. L’unité d'action dans la guerre exigeait un pouvoir dictatorial.

Il est incontestable que le bien du pays dépendait de l'obéissance des hospodars a ce pouvoir unique; cependant il était naturel qu’ils prétendissent à une certaine indépendance; les efforts qu'ils avaient faits dans leurs districts respectifs leur donnaient ce droit , et leur influence personnelle et locale leur laissait un grand nombre d'adhérents. Il edt été à souhaiter qu'une transaction entre les chefs les edt mis d’accord.

Mais, comme cet accord était impossible et que cette Apreté dans les rivalités tenait à l'énergie qui était comme l'âme de la résistance nationale , il ne restait d'autre alternative que celle de mettre ouvertement les deux partis aux prises, pour que la victoire tranchât la question. Kara-George avait sur ses adversaires l'avantage d'étre informé a temps de leurs projets. Un jour il vint rendre visite à I.uKa Lazarevitch , que retenait au lit une blessure. Il serait A souhaiter, lui dit le commandant en chef, que tous les malintentionnés fussent récompensés de la même manière I Luka, qui était dans la conspiration et qui se faisait l'application de ces paroles, crut que tout était découvert , et ne cacha rien de ce qu’il savait. Peut-être hit-il amené à cette révélation par son ancien attachement pour Kara-George :

peut-être, comme il était ambitieux, craignait-il que l'avortement du complot n’enlratnât sa disgrâce. Peu de temps après, I-az are Voïnovitch , secrétaire de Milan , vint au camp. Kara-George mit tout en œuvre pour l'attirer dans son

parti ; et il tire de ses avaux des détails

encore plus précise! plus circonstancié*.

Dès lors le commandant en chef résolut non-seulement de défendre son autorité, mais d’écraser celle de ses adversaires, qui bientôt lui en fournirent eux-méines l'occasion. Les hospodars ne parurent point à la skouptschina au jour fixé pour l’ouverture de cette assemblée, qui était le l*r janvier de l’année 1810. Milenko et Pierre Dobriniaz attendaient l'arrivée du régiment russe, et Jacob Nénadovitch ne voulait pas s’y montrer en l'absence de ses amis; dé sorte que Kara-George eut le temps de ae concilier las voïvodes dont l'influence n'était que secondaire et qui composaient la majorité. Il lui fut donc facile d'agir sur eux et d'ajuster leur intérêts avec le* siens.

Dans cette même diète il parvint à faire passer deux résolutions dont l'esprit et la portée changeaient tout le système gouvernemental du pays. La première portait que les voïvodes ne dépendraient plus des hospodars, mais du corn manda n t en chef, dont ils recevraient directement les ordres, et du sénat. Le gouvernement du territoire presque entier fut soumis à un remaniement complet. Les districts que jusque-la Milenko avait gouvernés par les bnutoukbaschis furent partagés entre huit voïvodes. Milosrh.qui tenait deux districts au nom de Milan, ceux de Roudnik et dePoschéga, fut dépouillé de l’un deux et ne gardaque le tiers del'autre. Des voïvodes, entre autres Antony Bogitschéviich , Milosch Potzéraz et Stoïan Tschoupitch. qui se trouvaient tous les ordres de Jacob Nénadovitch, furent entièrement indépendants. Ces nouvelles mesures ne pouvaient que convenir aux chefs d'une importance subordonnée, et il était naturel qu'ils appuyassent l'autorité du commandant en chef, auquel ils étaient redevables de ces faveurs.

La seconde résolution était connexe avec la première ; elle la complétait pour ainsi dire par une réforme totale du sénat. I,es fonctions judiciaires de cette assemblée furentseparéesdeses fonctions administratives. Les premières furent attribuées a une cour suprême de justice composée des membres les moins influents du Soviet, tandis qu'on confia

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les secondes aux sénateurs tes plus considérables formant une espèce de ministère. On les appela curateurs ( vopetchileli ). Le premier était chargé de la guerre, le second de la justice, le troisième des affaires étrangères, et ainsi de suite pour les départements des cultes, de l'intérieur et des finances.

D'abord on voulait qu’outre Mladen, Sima Narkovitch et Dosithée Obradovitch , qui étaient dévoués à Kara- George, on donnât aussi des fonctions dans ce ministère à Jacob Nénadovitch, à Milenko et à Pierre Dobriniaz. Le premier décret enlevait aux hospodars la plus grande part du pouvoir qu’ils avaient exercé jusqu’alors; ils se voyaient séparés en quelque sorte de leurs districts respectifs. Le second décret leur créait une influence en dehors de leurs relations habituelles; leur indépendance était bien réduite, puisque le ministère qui dominait sur tous les autres, celui de la guerre , était entre les mains de Mladen. Si tous ces changements eussent été acceptés, le pian de Kara-George réussissait complètement. Cependant on avait prévu le cas où les chefs intéressés auraient opposé une résistance formelle. Le sénat venait de promulguer une loi qui frappait d'exil quiconque résisterait aux récentes mesures.

Quand tous ces points furent réglés, le commandant en chef fit jurer aux voïvodes qu’ils lui obéiraient et seulement à lui. Il leur donna ensuite l’ordre fie sc séparer, et ils retournèrent chacun dans leurs districts.

Tel était l’état des affaires lorsque Milenko et Pierre Dobriniaz, accompagnés du régiment russe, arrivèrent enfin a Belgrade. Ils étaient, & n'en point douter, en position d'opposer de la résistance ; et s'ils eussent agi de concert , leur influence aurait pu encore être d’un grand poids. Ils avaient pour eux l’betduk Véliko , à qui pesait la règle quelle qu’elle fût , et qui, dès l'année précédente , s’était retranché dans un isolement obstiné. On avait porté contre lui des accusations si nombreuses pour toutes sortes de crimes et de violences que la diète était résolue à le faire emprisonner dans quelque forteresse. Cet nomme assembla ses momkis et leur parla en ces termes : Lorsque je me

suis rendu ici, je croyais qu'on me demanderait combien de blessures j’ai reçues, combien de mes braves étaient tombés , combien j’avais eu de chevaux tués sous moi. On m’a demandé ; combien de filles as-tu embrassées ? C’en est assez , partons ! Il était alors à Belgrade et soutenait le parti des hospodars mécontents. Il disposait de soixante-dix hommes dévoués à sa personne, soit bekjares lorsqu’il leur donnait une pave, soit momkis lorsqu’ils étaient ses obligés. Ces gens étaient prêts à tout.

Les hospodars avaient également de nombreux partisans dans la ville, et se trouvaient en situation d’entreprendre quelque chose de sérieux. Cependant il leur manquait cequi seul peut faire réussir les projets hardis, l'unité de vues et l’accord dans l’exécution. Déjà leur parti s'était affaibli. Milan, sur lequel ils pouvaient compter avec certitude, était tombé malade à Bukarest peu de temps après que Lazare Voînovitch eut été le rejoindre ; il mourut le dernier jour de l’aunée 1810. Quelques personnes ont prétendu que le poison avait terminé ses jours. Mais une circonstance plus contraire encore à leurs projets, c'était que Jacob Nénadovitch avait d’autres vues et qu’il était décidé à entrer dans le sénat. Il avait marié son fils Ephrem à la fille de Mladen, et s'était uni sans arrière-pensée au parti de Kara-George. Au lieu de se rendre à Belgrade avec une forte escorte, il arriva dans cette ville en traîneau et accompagné seulement de deux momkis.

Les opposants étaient donc réduits à trois : Pierre Dobriniaz , Milenko et Veliko.

Il y eut aussi quelques tentatives de faites pour détacher ce dernier de ses amis. Non-seulement Kara-George lui fit des présents considérables en argent, mais il le réintégra comme voivode de Bania, dignité dont il se trouvait exclu depuis son départ à la suite du mécontentement qu'il avait témoigné l’aDnce précédente. Kara-George l’appelait son fils et avait coutume de dire qu'Alexa, son aîné, ne lui était pas plus «ter. De cette manière, ilparvint à l'attacher entièrement à ses intérêts. Mais daus la crainte que Véliko n’hésitât entre ses anciens et ses nouveaux enga-

gements, on eut soin de le tenir éloigné. On fabriqua une lettre qui donnait avis que les Turcs avaient fait une irruption sur le territoire de Niscb, et qu’ils étaient déjà dans le voisinage de Bania. Otte missive était apportée par un Tartare tout couvert de sueur. L’heiduk n'hésita pas à courir au secours de sa voïvodie avec tous ses bekjares.

Milenko et Pierre, réduits à leurs propres ressources, n’eurent pas le courage d’agir. Stephen Schivkovitch , l’homme le plus riche de Belgrade et ennemi de Mladen, les pressait de tenter la fortune. Il aurait voulu qu'on commençât par prendre d'assaut la maison de Mladen ; mais Pierre et Milenko lui répondirent : Nous avons trop peu de monde. Ne sommes-nous pas trois, répliqua Schivkovitch, et n’avons-nous pas nos momkis? Au premier coup de leu, les habitants se soulèveront, car Mladen est détesté; et les gens delà campagne, qui ne demandent qu’à piller, accourront à notre secours. Mais les chefs objectèrent qu’ils n’avaient pas même assez de munitions pour commencer l’attaque; sur quoi Schivkovitch leur en apporta plusieurs sacs dans l’auberge où ils se trouvaient. Cependant Pierre et Milenko étaient tellement découragés que, tandis que Schivkovitch essayait de les exciter, ils demeuraient assis sans rien dire, attisant les charbons du foyer.

Il ne manquait plus à Kara-George ne de savoir ce qu’il avait à attendre u régiment russe et quelles étaient à son égard les instructions du colonel. Si, à différentes époques, il avait témoigné peu de sympathie pour les Russes, c’est qu’il s’était laissé persuader par ses adversaires eux-mêmes que ses ennemis et ses rivaux étaient appuyés parl’influence moscovite. Enfin il résolut de s’assurer par lui-méme de l’état des choses.

Un jour qu’il avait dîné chez Mladen avec Pierre Dobriniaz, Milenko et le colonel, et que, pour faire honneur à l’étranger, il l’avait accompagué jusqu’à sa demeure, Kara-George, peutetre par suite d’un plan préconçu, s’emporta violemment contre Milenko au moment même où l’on était arrivé à la porte de l’officier russe. 11 venait de don-

ner l’ordre à ses momkisde retirer à Milenko son épée, lorsque le Russe, qui logeait dans la même maison que ce dernier, intercéda pour lui. C’était précisément ce qu’attendait Kara-George.

Il êta son bonnet , et supplia Balla ( c’était le nom du colonel), par le pain de son empereur, de lui dire s’il était venu pour protéger la faction de Milenko. Balla répondit qu'il avait pour missiondesecourir la nation sous le commandement de Kara-George. En ce ras, poursuivit ce dernier, permettez-moi de baiser votre main au lieu de celle de l’empereur. Cette assurance lui parut suffisante : sa dispute avec Milenko n’eut pas d’autres suites pour le moment ; mais dès le lendemain il s’occupa de réglerdéfinitivement toute cette affaire. Il envoya à Milenko et à Pierre un ordre qui les dépouillait de leurs commandements en les laissant toutefois siéger au sénat. Il était probable u’ilsse résigneraient à accepter; Jacob énadovitch était devenu leur adversaire, et ils ne pouvaient exercer qu'une influence restreinte dans le sénat. S’ils refusaient, une sentence d’exil était prête. Cependant ce fut ce dernier parti qu’ils prirent, dans l’espoir qu'on leur permettrait plus tard de vivre comme particuliers dans leurs districts. Mais comme leur pouvoir tenait moins à leurs fonctions qu’à leur influence personnelle, cette faveur leur fut refusée. Le décret qui les exilait fut immédiatement affiché au coin des rues ; tous leurs méfaits réels ou prétendus y étaient énumérés :

on reprochait à Pierre Dobriniaz sa fuite de Déiigrade, son départ avec Hodofinikin, ses prétentions à se donner pour ambassadeur de la nation sans en avoir le caractère, et enfin l’arriéré de ses comptes vis-à-vis de trésor de l'État. On reprochait à Milenko sa rébellion à Poretsch ; on rappelait qu’il s'était approprié les subsides donnés par la Russie pour solder ses bekjares , etc., etc. Quant au lieu de leur exil, on leur permit de choisir entre l’Autriche, les provinces moldo-valaques , la Turquie et la Russie. Ce. fut pour ce dernier pays qu’iis se décidèrent. Kara-George les fit conduire par uneescortede Servienset de cosaques à travers le district de Pojarévatz jus-

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qu'au Danube, après avoir préalablement fait occuper Poretsuh et kludovo par des troupes sur lesquelles il pouvait compter.

l’eu de temps après leur départ , on reçut ù Belgrade une lettre de Miloscti

ui annonçait sa résolution de se ranger

u côté des opposants. En succédant à la position de Milan, il avait adopte les memes vues, dans la crainte qu’à la première occasion l'on ne manquerait pas de, restreindre son autorité. Dobriniaz et Milenko avaient déjà passé le Danube lorsqu'un mouvement en leur faveur se manifesta dans leurs districts. kara-George, après avoir triomphé si heureusement des principaux obstacles, prit aussitôt les mesuresque réclamaient les circonstances. Il était probable que les troupes refuseraient de combattre contre leurs compatriotes et leurs amis. Au lieu de les employer, il rassembla les bekjares et les voivodes avec leurs momkis.

Ces forces lui suffirent pour écraser l’insurrection avant quelle ait eu le temps de s'étendre.

LorsqiieMilosciiétail arrivés Belgrade avec les voïvodes opposants, Kara-George n'hésita pas à lui demander compte de sa lettre qui était tombée entre les mains de JM laden. On le traita cependant avec beauooup d'indulgence, et ou lui laissa toute facilité pour établir que ce document n’avait rien d'authentique.

Cependant il le reconnut. On feignit de croire qu'il l'avait écrit à la suggestion de son confident Dmitri ; mais il déclara qu'il en était seul l’auteur. Malgré cet aveu , on lui permit de s'éloigner sans lui infliger aucune peine : peut-être ne le jugeait -on pas assez puissant pour qu'il fût nécessaire de le traiter avec plus de sévérité. On se contenta de la promesse qu’il fit d’obéir désormais au commandant en chef et au sénat.

Léonti, auquel on ne pouvait encorese fier, fut relégué a kragoujévatz. Quant à la Russie, le gouvernement était dans les meilleurs termes avec le nouveau plénipotentiaire Médobu.

C'est ainsi que la destruction du pouvoir des hospodars fut consommée, quoiqu'il eût jeté à une autre époque des racines si profondes. kara-George était seul maître et seigneur de la Servie.

Les voivodes qui continuèrent à exercer les hautes charges, non sans des abus fréquents, étaient nommés par le chef de l'Etat et par conséquent sous sa dépendance. Aucun d'eux n'avait une position assez solide pour lui faire sérieusement obstacle. Le sénat, où les sièges de Pierre Dobriniaz et de Mileulto avaient été donnés à des créatures de kara-George, administrait les affaires sous l'impulsion de la pensée suprême, et avait renoncé à toute indépendance. L’autorité publique était constituée ; mais elle était entièrement concentrée dans une seule main. kara- George était le roi de ce petit Etat : nul n’était quelque chose que par la volonté ou lo laveur du maître.

Pendant toutes ces luttes intérieures, où le principe de la liberté, après avoir brisé le jougde.la domination étrangère , avait armé Tes uns contre les autres des intérêts rivaux, jusqu’à ce que le génie d'un homme eût vaincu ou assoupli toutes les résistances, il est curieux d étudier l'attitude de la Russie. Comme toujours, la politique de cet empire caressa tour à tour les différents partis, peu soucieuse que tel ou tel chef triomphât, pourvu que la victoire parût être attribuée à son iufluence. Si le parti qui voulait la soumission de la Servie à l’ Autriche l’eût emporté, elle n’eût sans doute pas hésite à sacrifier Kara-George ; mais lorsqu'elle eut compris que cet homme, non moins habile comme administrateur que comme capitaine , voulait avant tout une autorité non contestée et sans partage, elle l'appuya hautement et feignit de le croire reconnaissant du concours qu'elle lui accordait. Le despotisme de kara- George, dans un état de si peu d'etenduo et entoure de voisins si puissants, ne pouvait avoir rien d'alarmant pour le cabinet de Saint-Pétersbourg, alors menacé d’une rupture avec la France. Ses projets d’agrandissement du côté de la Turquie étaient forcement ajournés. Si, dans le grand conflit qui se préparait, la Russie était vaincue, elle espérait quelque concession territoriale pour prix de sou adhésion au système continental ; si elle triomphait, elle devenait maîtresse de se faire elle-même sa part , et, dans ce cas, il ne pouvant

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