CHAPITRE XXIV
PAIX D* BtlKAREST.
( Extrait ou traduit de Ranke. )
La Servie était un gouvernement distinct, ayant «on administration propre et ne i«levant que de lui-même ; niais il lui manquait d’étre reconnu comme tel par la sanction des antre* États ae l'Europe. La déclaration du Grand-Seigneur, si 'même on eût pu t’obtenir, n’aurait point suffi pour constituer, avec les droits de l’indépendance politique, une provint» récemment émancipée. D’ailleurs les fluctuations continuelles de l’empire ottoman auraient toujours fait craindre que ce qui aurait été obtenu dans un temps ne rilt rétracté dan* un autre. Un prince de Servie ne pouvait prétendre a plus de considération que les pachas voisins.
Tel était le caractère du gouvernement turc que ses acte* ne pouvaient inspirer de confiance qu’autant qu’ils étaient garantis par une autre puissance. Mais quel est l’Etat qui edt consenti à assumer une responsabilité de cette nature ? Le consentement général de l’Europe eiH levé toutes les difficultés -, mais si, dans une période de paix et au milieu de circonstances ordinaires , il est si difficile d’amener tous les intérêts et toutes les tendances à une transaction dé cette nature, comment se flatter d’v arriver à une époque de commotions et d'appréhension, universelles? 11 n’y avait que peu de chose à espérer de chaque Etat en particulier. L’Autriche, avec sa politique vacillante et sans cesse en lutte pour conserver, son existence, pouvait-elle donner de l’ombrage au seul voisin qui ne fdt pas en guerre avec elle, e'est-à* dire à la Turquie, en offrant une garantie si propre à indisposer le divan ?
Il fut question dr s’adresser à Napoléon. En 181 1 , les Turcs semblaient ne pas être éloignés de reconnaître l’indépendance de la jeune Servie; mais ils y mettaient quelques restrictions. Churschid pacha avait offert à Kart-George
une position semblable à telle des hospodars de Valachie et de Moldavie, et il aurait alors accepté la garantie de l’empereur des Français, qui u’étaitplus en bons termes avec la Russie. Il n’est pas certain que de telles propositions fui aient été faites; dans tous les cas, elles n’aboutirent à aucun résultat. D’un autre côte, comment la Servie pouvaitelle compter sur l'appui d’une puissance qui avait intérêt a fortifier l’Orient contre l'ambition des Russes ?
C’était donc a la Russie seule que la Servie pouvait s'adresser ; cette alliance était ancienne , et une raison plus déterminante encore, c'est que la Russie était en guerre avec les Turcs.
lorsque Churachid pacha fit à George cette proposition, il avait surtout eu vue un résultat militaire : il avait posé comme condition que le» Bosniaques pourraient traverser librement le territoire serbe. Cette clause était consentie. Comme la Servie était en paix et que l’armée bosniaque n’était plus obligée de faire un long circuit pour passer le Danube, les Turcs pouvaient espérer de chasser les Russes des Principautés , et d’autant plus que ces derniers s’étalent vus obligés de faire rétrograder une partie de leur année vers les frontières de la Pologne.
Mais Kara-George aurait-il adhéré à ces propositions ? Jamais il n’aurait consenti a laisser les Bosniaques passer à travers la Servie.. La haine des mabométans de la Bosnie contre les chrétiens slaves, haine alimentée par des guerres longues et sanglantes , n'aurait pas manque d’éciater dès que les uns et les autres se seraient trouvés en présence, et aurait inévitablement conduit à des hostilités ouvertes. Ni les promesses du Grand-Seigneur ni celles du pacha n’auraient pu donner à Kara- George la conviction que ce résultat serait évité. Devait-il d’ailleurs se hasarder à rompre avec les Russes? La campagne de 1811, faite sous leurs auspices, avait été plus féeonde en avantages qu’aucune de celles qui l’avaient précédée. Le grand vizir poursuivait l’armée moscovite sur la rive gauche du Danube, mais avec ri peu de précaution que l’ennemi surprit le camp retranché que 1rs Turcs avaient laissé
L’UNIVERS
de l'autre côté du lleuve pour assurer leurs communications et qu'il réussit à s’en emparer. Cette négligence mit le vizir dans le plus grand pferil : échappé avec peine de ce pas difficile , il fit des propositions de paix dans la crainte.de compromettre les musulmans restés derrière lui.
Cet événement ne pouvait qu’être avantageux pour les Servions. Kara- George avait transmis au quartier général des Russes les propositions de Churschid. Après avoir reçu une réponse, il informa les Turcs qu'il ne pouvait prendre la négociation sur sa responsabilité, mais qu’il se soumettrait à tout ce qui aurait été stipulé entre les deux empereurs à Constantinople et à Saint- Pétersbourg.
Selon toutes les probabilités, il avait reçu l’assurance que, quelles que fussent les" conditions de la paix , les intérêts de la Servie ne seraient point négligés. Rien ne pouvait arriver de plus heureux
Kur cette province que de voir ses reions établies dans un traité conclu entre deux grandes puissances. C'était la meilleure garantie qu’elle pût se flatter d’obtenir. De cette manière la Servie se liait intimement avec la Russie ; elle s’associait aux dangers et aux revers de cet empire aussi bien qu’à sa prospérité et à ses succès.
La Russie était sur le point de s'engager dans une guerre nui pouvait la conduire à sa ruine. La nonne intelli-
S ce qui existait entre elle et la France uis le traité de Tilsitt et les conférences d’Erfurt avait diminué dès 1810:
Toute l’Europe était convaincue qu’une guerre entre les deux empires sortirait de la situation : peu de temps après, une armée telle que l’Europe n’en avait jamais vu s’avançait contre le Nord, sous le commandement d’un homme que son génie a placé au rang des plus grands capitaines du monde. La Russie s'attendait à une lutte terrible; il ne s'agissait plus de perdre ou de gagner une portion insignifiante de territoire ; son tour était venu de jouer sur les champs de bataille son existence politique, l’avenir et la vie de la nation.
Le but de Napoléon, le même qu’il était parvenu à atteindre dans ses guerres avec les Etats allemands , était d’enve-
lopper les Turcs dans le conflit, et puisqu'ils étaient déjà en guerre avec tes Russes , il semblait devoir réussir Dans son traité avec l’Autriche, il avait de nouveau reconnu l’intégrité de l’empire ottoman; il était stipulé dans un article secret que la Turquie serait invitée à se joindre à la coalition formée contre la Russie. Il se flattait qu’en promettant aux Turcs de leur rendre la Crimée il les aurait pour alliés dans cette guerre; que toutes leurs ressources seraient mises à sa disposition, et que cent mille mahométans, entrant à la fois sur les frontières méridionales de la Russie, y jeleraient le trouble et la dévastation. Les Français ont reproché à Napoléon d’avoir différé trop longtemps de faire ces propositions formellement à Constantinople. Le ministre des affaires étrangères affirmait au mois de février 1812 que l’ambassadeur de France auprès de la Porte Ottomane , le général Audréossy, n’agissait point contre les intérêts de la Russie. Bignon, dans son histoire de France après la paix de Tilsitt, confirme ce fait, et dit qu’il n’est que trop vrai que les instructions de l'ambassadeur sur ce point lui prescrivaient la plus stricte réserve.
Peut-être Napoléou croyait-il que ses propositions ne pourraient qu’être acceptées, quels que fussent les temps et les circonstances , par la raison qu'elles étaiententièrementfavorablesauxTurcs.
Lorsqu’il ouvrit la campagne de 1813, il fut plus explicite. Cependant l'effet trompa ses espérances. On a attribué la conduite de la Porte à l’inlluence de l’or
5 prodigué par l’Angleterre et aux intriues des deux Morusi. LesTurcs avaient 'autres raisons plus puissantes pour rester en paix. Non-seulement Napoléon, qui s’était flatté d'attacher la Russie à son système continental, avait, à une époque précédente, autorisé la Russie à s'emparer de la Moldavie et de la Valachie ; mais, à l’ouverture de l’assemblée du corps législatif, il avait sanctionné celte mesure; et la Russie, en conséquence de cette déclaration , pouvait se regarder comme maîtresse de ces deux provinces. Durant une guerre de six années, les Turcs avaient tait de vains efforts pour reprendre ce qu’ils avaient perdu sur la rive gauche du Da-
nube et sur le Séreth ; et ce territoire, l'empereur Alexandre offrait de le restituer, à l’exception de quelques districts voisins du Pruth. Il n’est pas douteux que la nécessité de concentrer ses forces pour résister à une invasion formidable ne l’ait forcé à faire de telles propositions; mais n'eût-il pas été impolitique à la Turquie de les rejeter, et si les événements ont amené depuis d’autres combinaisons qui ont justifie les prévisions de Napoléon, la Turquie n’était-elle pas fondée alors à profiter d’un avantage positif et présent? Pouvait-elle sacrifier aux conséquences éventuelles de la guerre des provinces qui forment ses frontières du côté du nord? Dans le cas même où l’alliance offensive de la France et de la Turquie eût entraîné la défaite des Russes, n’était- il pas à craindre qu’un arrangement subséquent entre Napoléon et Alexandre ne renouvelât les concessions de Tilsitt et d’Erfurt ? Au reste , toutes ces appréciations faites après l’événement prouvent seulement que les grandes déterminations politiques se présentent presque toujours sous une double face, et que les traités sont comme les batailles ; on découvre plus tard les causes qui en déterminent l’inconvenance ou le succès.
Quoi qu’il en soit, à l’instant même où Napoléon comptait sur la coopération active et simultanée de la Turquie, elle venait de signer la paix avec les Russes.
Dans ce traité la Servie était spécialement mentionnée, mais comme subordonnée et tributaire du Grand-Seigneur.
Les concessions qu’on lui faisait y étaient considérées comme des grâces dues seulement à la générosité du sultan. Le mot garantie ne s’y trouvait point ; toujours est-il que, dans un traité avec la Russie, on avait reconnu des droits aux Serviens; il y avait eu engagement solennel d’observer ces clauses , au risque de frapper tout le reste de nullité ; et la Russie était fondée à en demander l’exécution .
Il est vrai que, par cette convention, les Serviens n obtenaient pas toutcequ’ils demandaient; mais elle leur assurait des droits d’une réelle importance. La Turquie s’était toujours opposée à ce aue les forteresses fussent occupées par aes
garnisons serviennes. Comme la Porte Se trouvait dans une position différente par suite de la guerre entre la France et la Russie, cette raison subsistait dans toute sa force. Aussi fut-il stipulé que les forteresses de la Servie recevraient des troupes turques.
D’un autre côté, une amnistie générale était accordée aux Serviens ainsi que certaines améliorations reconnues comme droits , et modelées sur les privilèges de quelques Iles de l’Archipel.
Tout ce qui regardait l'administration intérieure était laissé aux Serviens; la Porte n’exigeait d’eux qu’un impôt modéré, et ils l’acquittaient sans intermédiaires. Les termes des traités étaient comme il suit : il a été trouvé équitable, en considération de la part que les Serviens ont prise dans la guerre actuelle , de régler solennellement une convention qui leur donne toute sécurité. Leur tranquillité ne sera troublée sous aucun prétexte. Sur leur demande, la Sublime Porte leur accorde les mêmes privilèges qu’à ses sujets des lies de l’ Archipel et autres régions.
Elle veut, en outre, comme témoignage de sa gracieuse générosité, leur laisser 1 administration de leurs affaires intérieures, et ne leur imposer que des taxes légères qu’ils acquitteront directement , tous les règlements à cet effet devant être arrêtés de concert et de bon accord avec le peuple servieu (I).
Ce traité, laconiquement conçu, accordait à des raiaiis slaves ce au’il leur importait le plus d’obtenir, l’exercice incontesté de leurs droits comme nation, c’est-à-dire des libertés d'où devaient sortir un jour toutes lesautres. Une seule chose restait douteuse , c’était l’observation franche et entière de ces nouvelles stipulations. En admettant même que la Porte vînt à les enfreindre, les Serviens avaient le droit pour base de leur résistance r et la récente conveution, quelle qu'en fût la durée , leur permet-
fi) Comme les privilèges des Serviens étaient assimiles « ceux des îles de l'Arehi|iel, il ne sera pa» inutile de rappeler que file de Chio n’avait qu’un cadi et un moussélim,qui toutefois étaient soumis au prince grec. Quant aux autres iles, elles pouvaient, pour tout ce qui concerne l’administration intérieure, être considérées comme des républiques.
L'UNIVERS
tait de recommencer la lutte avec des ressources que la prospérité intérieure aurait doublées.
Cependant tout annonçait que les Turcs prenaient cet engagement au sérieux, d’autant plus qu'on avait le projet d'attaquer les Français dans la Dalmatie, en combinant les mouvements d’une flotte sortie des ports de la mer Noire avec ceux d’un corps d'armée qui traverserait la Servie et la Roumélie. Vingt mille hommes en infanterie, cavalerie et artillerie, éclairés par quelques sotnias de cosaques .étaient désignés pour cette expédition. Le 37 juin la première division se mit en marche sous les ordres du colonel O’Rourke. On avait établi des magasins sur la Drina. le service des subsistances était organisé, et l'on s’était procuré des guides qui connaissaient parfaitement le pays ponr conduire les troupes 6 travers la Hosnie.
Cependant ce projet fut bientdt abandonne ; on a prétendu que l’Augleterre n’approuvait pas l'expédition maritime.
On représenta a l’empereur Alexandre que l'armée du Danube pouvait être employée d'une manière plus utile si elle opérait sa jonction avec un autre corps destiné à la défense du pays qu’en se consacrant à un but dont le résultat paraissait douteux.
. Appréciant la justesse de ces motifs, Alexandre donna de Smolensk (le 1 5 juillet ) l’ordre à l’armée du Danube de se réunir à la troisième armée de l’ouest, pour arrêter les Autriebiensetles Saxons, qui formaient la droite de l'armée d'invasion.
Plus tard l’armée du Danube prit part aux combats qui eurent lieu sur la Béfésina
Cette nouvelle détermination ne pouvait qu’être préjudiciable aux Serviens:
non-seulement leur concours n'avait plus qu’une importance secondaire; mais, comme sujets de la Porte, ils se trouvaient condamnés A l’inaction. Le régiment russe, dont la présence imposait aux Turcs , quitta Belgrade et le
Îavs au grand regret des habitants. Les lires profitèrent de ce départ, et n'etant plus gênés par la présence des Russes, ils crurent l’occasion favorable pour rétablir les choses sur l’ancien pied.
Leurs rapports changèrent brusque-
ment. Après l’arrivée a Constantinople de l'ambassadeur de France, on discuta dans le divan les articles du traité qui avait excité l'étonnement de l’Europe.
Les Turcs, perdant de vue ce quils avaient gagne, parurent uniquement frappés d’une chose, c’est qu’ils avaient restitué une de leurs conquêtes. Dmitri Morusi fut dceapité pour la part qu’il avait prise ail traité A l’instant même où les députes serviens entraient dans le camp des Turcs pour régler plus en détail ce qui était indique en termes généraux aans le traité original. (Jetait sur l’appui de ce même Morusi qu’ils avaient compté ; le supplice de leur protecteur ne leur lit que trop facilement augurer le changement qui venait de s'opérer dans la politique du divan.
C’était nne chose fâcheuse pour la Servie que les termes du traité de paix fussent rédigés d'une maniéré qui convenait plus à l'administration régulière de quelque Etat européen qu'aux rapports ordinaires de l’empire ottoman avec les provinces de sa dépendance. La stipulation portant que les garnisons de la Servie seraient composées exclusivement de Turcs, tandis que les villages seraient libres et se gouverneraient selon le droit communal , pouvait paraître claire d’après les notions généralement reçues ; mais dans l’application elles soulevaient des difficultés nombreuses.
Autrefois les commandants des forteresses étaient en même temps les maîtres du pays. Les spahis vivaient encore, et ils’se considéraient comme les
Œ’étnires des villages. Fallait-il les e ou leur permettre de revenir?
Et si, une fois admis, iis voulaient reprendre leur ancienne position , qui ae chargerait de défendre le peuple? Lui laisserait-on même la faculté de porter des armes , ces armes achetées glorieusement ou prix de tant de sacrifices?
Sans doute la paix était une sorte de garantie pour les Serviens ; mais les articles sur lesquelles reposait Texécution générale du traité étaient loin d’être nettement définis.
Lorsque les députés serviens reçurent leurs instructions, ils les interprétèrent naturellement dans le sens qui leur é'ait le plus favorable.
Lea Serviens consentaient à payer un
tribut à la Porte, à recevoir dans Belgrade un pacha accompagné de quelques troupes, et eu temps de guerre à recevoir des garnisons dans les autres forteresses ; mais dans les circonstances ordinaires ils demandaient que la défense du pays leur fût confiée. Comme nous l’avons dit précédemment , l'administration intérieure était laissée aux seuls Servions, de manière à être entièrement indépendante des Turcs. Mais on ne voulait plus entendre parler de ces réclamations à Constantinople. On renvoyait les députés au grand vizir Churscnid pacha, le même qui deux ans auparavant avait mis la Servie à deux doigts de sa ruine et qui ne devait son élévation qu'aux obstacles qu’il avait opposés à (insurrection. Cependant, lors du passage des députés à Nisch pour se rendre il Constantinople, il les avait favorablement accueillis. A leur retour, sa conduite fut toute différente ; il refiisa formellement de leur donner une réponse satisfaisante.
Ces députés étalent de retour vers Noël (18U) sans avoir rien obtenu de l’objet de leur mission. Toutes les négociations furent suspendues pour être reprises au commencement de l'année suivante. Ce fut alors que le commissaire de la Porte, tchélébé effendi, communiqua l’interprétation du traité.
Il exigea la remise non-seulement de toutes les forteresses, mais encore de toutes les armes et munitions. Tous les Turcs qui avaient été bannis pouvaient rentrer dans leurs villages ou palanks. Tel était , selon lui , le sens virtuel du traité de Bukarest. Il ne restait plus à Kara-George qu’à tenir sa promesse et à se soumettre aux decisions des deux empereurs. Quant à ceux que cette interprétation n’aurait pas satisfaits, on leur laissait la faculté d’émigrer.
Il devenait manifeste que si les Servieus rendaient leurs armes, tandis que les Turcs rentreraient dans leurs anciennes possessions, il n'y avait plus qu’à se résigner au rétablissement de tous les abus que le courage et le dévouement des chefs et du peuple étaient parvenus à renverser. Les députés ne voulaient ni ne pouvaient souscrire à de telles conditions. F.n conséquence, vers le printemps, les troupes turques vinrent
prendre position sur les I rentières des Serviens. Ils avaient en outre d’autres embarras dans le voisinage : Mollah pacha, successeur de Pasvan ( iglou, s’était déclaré indépendant; et la Porte était décidée à le faire rentrer dans le devoir.
Pour se sauver, ce pacha avait offert de rendre sa citadelle aux Serviens:
cependant, lorsqu’il se fut agi de remplir sa promesse, il ne put se résoudre, en bon musulman , à une mesure si favorable à la cause des chrétiens ; peut-être que cette proposition n’aurait pas été acceptée , attendu que les Serviens avaient reçu de Saint-Pétersbourg l’ordre formel de se tenir tranquilles et de ne fournir aux Turcs aucun prétexte plausible de rompre le traité. Sur ces entrefaites Mollah pacha, pressé par ses adversaires, se vit obligé de rendre la forteresse aux Turcs.
Le bruit a généralement couru que.
cet homme avait payé sa rébellion de sa tête. Cependant, selon d’autres autorités parmi lesquelles ligure le général Andréossy, il serait mort de la peste à Scutari.
Cette révolte avait rendu pire la position des Serviens; on reprit les négociations en mai 1813, sous les auspices les plus défavorables. Kara-George se trouva dans la nécessité d'accorder aux Turcs un point important, celui qui avait rapport aux garnisons; mais il y mit pour condition que les Serviens auraient la permission de porter comme autrefois certaines armes défensives.
11 demandait aussi avec instance que les Turcs expulsés du pays n'eussent pas la faculté d'y rentrer, la tranquillité de la Servie dépendant essentiellement de cette mesure.
Jamais, des deux côtés, on n'avait été plus près d'un accommodement.
Le tchélébé effendi, homme d’un Sge avancé, qui maintes fois avait heureusement mené a fin des affaires importantes , se flattait de réussir également dans cette occasion. Il envoya les propositions des Serviens à Constantinople, et promit au peuple que la décision ne se ferait pas attendre. Cependant un arrangement sur ces bases, si même le gouvernement turc eût été dans l'intention de l’accepter, n’était
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guère possible. F.n effet, les concessions réclamées par Kara-George procédaient des mêmes causes qui avaient allumé la guerre : pouvait-on supposer que les spahis, dont un grand nombre faisait partie de l’armée qui menaçait la frontière , consentiraient à se voir exclus de ce qu'ils regardaient comme leur légitime héritage , et cela à l’instant meme où ils pouvaient se Qatter de rentrer dans leurs droits?
Les Turcs étaient de nouveau les maîtres de la Moldavie et de la Valachie , de Vidin et de la Bulgarie. Une circonstance contribuait en outre à les rendre coudants ; les villes de l’Arabie venaient d’être délivrées des Véhabites; et les clefs en avaient été apportées à Constantinople. Dans des conjonctures si favorables, les armées du Grand-Seigneur pouvaient-elles hésiter devant une guerre avec les raïahs de la Servie?
Sur ces- entrefaites on reçut la nouvelle de la victoire de Lutzen ; les Russes semblaient n’être plus à craindre : d'ailleurs les Turcs ne se regardaient pas comme ayant rompu le traite de Bukarest , puisque les Serviens en avaient rejeté l’interprétation donnée par la Porte.
Déterminée à maintenir les privilèges de l'islamisme dans tous les domaines de l’empire, l’armée turque s’avança vers les frontières de la Servie et recommença la guerre.