‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 21 sur 300 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

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A cette nouvelle, l’Europe s’éinut. Le marquis de Montferrat fit promener dans toutes les terres de la chrétienté une image du saint sépulcre que le cheval d’un Sarrasin foulait aux pieds et souillait de ses immondices. L'empereur Frédéric Barbe rousse, âgé alors de soixante-

huit ans, oublia ses démêlés avec Henri le Lion, et prit la croix. Richard d’Angleterre et Philippe de France suivirent son exemple ; et les chrétiens de Tyr, reprenant courage, allèrent mettre lê siège aevant Saint-Jean d’Acre.

Cependant Frédéric s’avançait vers l’Orient à la tête d’une armée puissante. Fidèle à la politique de ses prédécesseurs, Isaac l'Ange ne négligeait rien pour entraver la marche des croisés. Il commence par contester au vieux monarque le titre d'empereur, et refuse de le laisser passer, à moins qu'il ne donne, des otages. Frédéric se fraye un passage les armes à la main, emporte la ville dTcouium , passe le mont Taurus , et perd la vie comme Alexandre pour s’être baigné dans le même fleuve. Frédéric de Souabe , son fils, fut emporté par la peste au siège de Ptolémaïs. Ce ne fut qu'au printemps de la seconde année que les flottes de France et d’Angleterre parurent en vue de la ville assiégée.

Il va six siècles et demi que les bannières de ces deux puissances rivales se réunirent dans les plaines d'Orient. Alors Constaiiliuople était hostile, et le but des puissances occidentales était l’abaissement du Croissant. De nos jours , te même théâtre s'ouvre à une lutte toute politique. La lutte est entre la croix latine et la croix grecque. L’Eglise anglicane, n’étant sympathique qu’à ellemême , apporte dans la lutte des intérêts de prépondérance et de commerce. Les Turcs profitent avec étonnement d’un conflit unique dans l'histoire; et, s'ils doivent reconnaître la supériorité de leurs alliés dans le service administratif et la guerre savante, ils comprennent aussi u 'ils ont sur eux un avantage, celui de éfeudre dans la même cause leur indépendance comme nation, et la religion de leurs pères. Quoique la faiblesse des Grecs les condamne à un rôle subordonné, il n'est pas moins remarquable de les retrouver ce qu'ils ont toujours été , ambitieux et rusés jusqu'à la perfidie.

Le départ de Philippe, après la prise de Saint-Jean d'Acrc, et la mort de Conrad de Montferrat, qui, de même que celles de Gustave-Adolphe et de Charles XII, est restée inexpliquée, laissèrent à Richard Cœur de Lion tout le

poids de la guerre. Son héroïsme a laissé en Orient un terrible souvenir. En Syrie, les meres prononçaient son nom pour effrayer leurs enfants; et, si un cheval faisait un écart, le cavalier le gourmandait en disant : « Aurais-tu aperçu le roi Richard ? »

Il s'empara de Jaffa et de Césarée qu'il ajouta aux débris du royaume de Lusignan ; mais Ascalon ne lui livra que ses ruines. Il était sur le point de reprendre Jérusalem, quand la jalousie ou un excès de prudence détacha de lui ses compagnons , à l'instant même ou Saladm était trop épuisé pour lui disputer ce triomphe. Henri VI retint indignement en captivité le héros qui avait fait la terreur des Sarrasins; et la troisième croisade n'eut d'autre effet important nue de relever en Aÿie la réputation de la bravoure des Francs, et de justifier, par la prise de Coustantiuople, toutes ■es craintes que les expéditions des Latins avaient inspirées aux empereurs grecs.

Les Etats fondés en Orient par les croises passèrent tour à tour entre les mains des Latins et des Turcs, pour rester définitivement au pouvoir de ces derniers. Le royaume de Jérusalem, oui comprenait la Palestine avec les villes de Sidon, de Tyr et de Ptolémaïs, eut pour dernier roi Guy de Lusignan; le comté d’Edesse , conquis dans l'origine

Îiar Baudoin, frère de Godefroy de Bouilon , appartint à plusieurs princes français jusqu’en 1144 où l’atabeg Zenghi s’en rendit maître; la principauté d'Antioche tomba en partage il Boémond, prince de Tarente , dont les héritiers et descendants y réunirent le comté de Tripoli, qui avaitétéfondépar Raymond , comte de Toulouse. Les mameluks les dépouillèrent d’Antioche en 12G8 et de Tripoli en 1J89. Enfin, le royaume de Chypre, que Riehard Cœur de Lion enleva aux Grecs, fut cédé par ce prince à Guy de Lusignan, dont la postérité régna en Chypre jusqu’eu 1487, epoque où celle île passa sous la domination des Vénitiens.

L’insuccès des premières croisades avait dd nécessairement en faire rechercher la cause. L'expérience avait cruellement prouvé que les échecs des Latins ne pouraieut être attribués ni à leur

faiblesse numérique ni à leur infériorité comme force militaire. Malgré le courage fanatique des Turcs, ce qu'il y avait ae plus difficile en Orient pour une armée chrétienne, c'était, non de vaincre, mais de subsister. Il était donc de la plus haute importance d’avoir comme point d’appui entre l’Asie et l'Europe une ville riche et dont les ressources fussent à la disposition des Latins, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Cette ville était et ne pouvait être que Constantinople, passage nécessaire pour ceux qui arrivaient d’Europe par la Hongrie, etentrepôt des produits du bassin du Danube et de ses nombreux affluents. Tous ces éléments de succès avaient été paralysés parle mauvais vouloir des Grecs, ce qui attira justement sur eux la catastrophe qu'ils voulaient écarter.

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