LE CHANT DU PRUTH
Pruth! rivière maudite!
Puisses-tu devenir large
Comme le déluge aux eaux troubles I
Que le rivage ne puisse voir le rivage,
(>) Certains noms païens, comme Florica, Flore ; Dama, Diane’; Da 'mitia , soûl encore ires-répandus parmi les femmes.
(s) Voyez la ballade d’Hercule ( Erculcan ).
(3) Je m'étonnais devant un Roumain de la rigueur de la saison ( r 849) : « Ne vois-tu pas, me dit-il, que les Russes nous ont apporté leur hiver? - Par une coïncideure singulière, on remarque en effet que chacune des invasions moscovites dans les Principautés a été suivie non-seulement de la peste ou de lafamine,ce qui serait une conséquence naturelle, mais de catastrophes purement accidentelles, comme l’èpitootie, l'inondation, etc.
Ni la voix entendre la voix,
Ni les yeux rencontrer les yeux A travers ta vaste étendue!
Quand les sauterelles [lasseront, Qu'elles se noient dès l'autre bord; Quand le* choléras passeront ,
Qu'ils se noient au milieu de ton cours; Quand les ennemis du pays passeront, Qu'ils se noieut près de notre rire !
El toi, Pruth, lier de tes eaux,
Puisses- tu les porter, les porter encore, Jusqu’au Danube, jusqu'à la mer Et jusqu'à l’entrée des enfers !
11 ne se doute pas , l’ignorant Roumain, et la savante Europe ne le sait guère plus que lui, qu’au delà du rivage maudit il a des frères par le sang; que la Roumanie ne finit pas aux montagnes qui bornent sa vue; qu’au delà de ces montagnes et jusqu'au cœur de la Hongrie, au delà du faible ruisseau qui le sépare de la Bukovine(l), comme au delà du Danube et jusqu'aux limites de la Macédoine, au delà du Pruth et jusqu’au Dniester, les monts et les vallees, les plaines et les rivages nourrissent des hommes dont la race est la sienne, dont la langue, la religion,, les coutumes sont les siennes, et qui, comme lui, quel que soit le maître de la terre qu’ils fouleut, répondent au passant qui les interroge : Sünt Rôman, a je suis Roumain. •
Il esl ainsi huit millions et plus de Roumains jetés d'un seul bloc dans la Moldo-Valachie , la Hongrie, la Bessarabie et les contrées adjacentes , sans parler des colonies disséminées par groupes par delà le Danube et le Dniester, nuit millions de Roumains dont les ancêtres , placés en sentinelles à l’entrée du monde barbare, soutinrent pendant un siècle et demi , sans en être ébranlés, le choc de l'invasion, et servirent de rempart à l’empire romain.
Qui empêcherait de renouveler de nos jours cette politique en préparant les Principautés Danubiennes pour le rôle que remplit la Dacie après Trajan? Les circonstances sont demeurées les mêmes ; il n’y a de changé que les noms et les temps. Quelle résistance n'opposerait pas aux envahissements du slavisme une masse compacte composée de huit millions d’individus , d’origine la-
(t) La MoluiUa.
L’UNIVERS
line, si les autres nations de l'Occident reconnaissaient hautement la communauté de race et d’intérêts qui lient leur destinée à la sienne ? Quel gage de stabilité pour le maintien de l’équilibre en Europe que cette Roumanie, si généreusement douée par la Providence,
si, pour emprunter l’image poétique de son peuple, « les divers rameaux du chêne, éparpillés autour de son vieux tronc, reprenaient leur place primitive, pour reconstituer l’arbre majestueux , le noble roi des forêts) a
TABLE CHRONOLOGIQUE