TROUBLES ET AFFAIBLISSEMENT DE LA HORDE
Ce Naurouz éleva Dinitri de Souzdal à la dignité de Grand-Prince; mais il périt de la main de Khidyr, capitaine tartare, qui lui-même est assassiué par Thémis Khoja, dont le règne dure six jours. Tandis que les khans se détrônent et s'égorgent , Olgerd recule . par ses conquêtes, les limites de la Lithuanie, et Dmitri lvanovitch de Moscou se déclaré compétiteur du Grand-Prince et le somme de comparaître à la Horde.
Le khan Mourouth, que pressaient alors les armes de Marnai, se décide en faveur du prince de Moscou. Dmitri comptait à peine douze ans lorsqu'il ceignit la couronne ; sa démarche, qui annonçait une résolution au-dessus de cet âge, lui avait sans doute été suggérée par les boyards qui l’entouraient ; guidé par leurs conseils, il força son rival à se contenter de Souzdal, établit la suprématie de Moscou sur les souverains de Galitcb, deStarodoub, de Rostof ; jeta les fondements du Kremlin dans la capitale, et encouragea la résistance des Russes contre les Tartares, qui plièrent dans plusieurs rencontres. Mais un ennemi non moins terrible que les Mongols, le vieil Olgerd le menaçait; il détruisit l’armée du Grand-Prince à la sanglante journée de Trosten. Des bords de ce lac, le héros lithuanien marche sur Moscou, et, chargé de butin, se retire sans avoir donné l’assaut à la ville, qui dut son salut ù l’hiver et à ses murs de briques. Il revint une seconde fois pour secourir Michel, prince de Tver; mais une attaque des chevaliers livoniens le rappela ù la défense de ses Etats. Bientôt Michel, sans attendre les secours d'OIgerd et du kban Marnai, attaque seul Dmitri, qui le presse, le renferme dans Tver, et le force à capituler.
Quelque temps après , Dmitri envoya une armée en Bulgarie, et imposa un tribut à la ville de Kasan , dout on attribue la fondation a Sain, fils de Bâti, ou à Bâti lui-même. Les Russes s’applaudissaient de cette victoire, lorsque les Tartares surprirent leur armée, la taillèrent en pièces et livrèrent Nijni aux flammes. La ville de Briansk eut le
même sort; mais bientôt ces désastres furent vengés par une grande victoire.
Pour la première fois, les Mongols, sur les bords de la Voja, se virent défaits en bataille rangée. Marnai mit à feu et à sang la province de Riazan, et se retira pour se préparer à une nouvelle lutte.
Sur ces entrefaites, le vieil Olgerd mourut : son Ois Jagellon, qui lui succède, fait périr le vieux Kiestouti, compagnon de gloire de son père, et contraint Vitovte à se réfugier en Prusse.
Dmitri profite de ces dissensions entre les princes lithuaniens , pour reprendre quelques-unes de leurs conquêtes. Mais les Russes n'étaient pas moins divises que leurs voisins. Oleg, jaloux de Dmitri, avait fait une alliance avec Jagellon et Marnai, oui s’apprêtait a une invasion formidable. Cette coalition enflamme le courage de Dmitri ; à sa voix, les provinces se lèvent. Tous ceux qui peuvent porter une arme marchent résolûment a l’ennemi. Ces troupes, le dernier espoir de la Russie, reçoivent la bénédiction de Serge, abbé du monastère de la Trinité. « Vous vaincrez, lui dit-il; mais la victoire vous coûtera cher. » 11 leur associe deux moines qui jadis avaient porté le casque : « Voilà, s’écrie-t-il, une « arme qui ne périt jamais : qu’elle vous tienne lieu de cuirasse ! » Les priuces de Briansk et de Polotsk amenèrent des renforts à Dmitri. Ces chefs, fils d'Oigerd, avaient saisi l’occasionde se déclarer contre le parti de Jagellon. Déjà l’armée russe comptait plus ae cent cinquante mille combattants. Alors arrivent au camp de Diévitchié les ambassadeurs de Marnai pour exiger l’ancien tribut. Dmitri semble hésiter ; il consent, dit-il, à payer un tribut modéré; mais il ne ruinera pas ses peuples pour gorger d’avides étrangers : une telle réponse valait un défi. Le Grand-Prince voit encore son armée se grossir de quelques troupes auxiliaires : il passe t’Oka ; et ce mouvement rapide fait trembler Oleg, prince de Riazan. L’armée russe poursuit sa marche vers le Don, dont le nom doit bientôt s’unir à celui de Dmitri vainqueur. Le fleuve est traversé pour ôter tout espoir de retraite aux lâclies, et pour isoler les Mongols des auxiliaires lithuaniens qui s’approchent, et l’armée se déploie dans les champs de Koulikof. longtemps la
victoire resta indécise; déjà les Tartares s’étaient ouvert un chemin jusqu'aux
Srands drapeaux, lorsque le prince Viaimir Andréiévitch, avec la reserve, sort d'un bois qui le couvrait, et fond a 1 im-
Êroviste sur l'ennemi qu’il met en fuite, lamaï, témoin de la déroute des siens, s'écrie : Le Dieu des chrétiens est puissant! et il est entraîné au milieu des fuyards. Cent mille morts, un matériel immense et un riche butin furent les trophéesde cette journée, quivalutà Vladimir le surnom de brave, et à Dmitri celui de Donskoï.
A cette nouvelle , Jagellon rebrousse chemin en toute hôte, elle Grand-Prince rentre en triomphe dans sa capitale. S’il eut poursuivi les restes de l’armée vaincue, il aurait peut-être frappé la Horde au cœur dans cette même campagne.
Toutefois la vengeance n’était pas réservée à Marnai. Le khan, vaincu par Tochtamysch, qui avait su se ménager la faveur de Tamerlan, termina obscurément sa carrière en Crimée. Tochtamysch, que le revers de Marnai avait rendu prudent, consacre uue année à ses préparatifs de guerre; puis, appuyé par Oleg, il entre en Russie, où la terreur de son nom l'avait précédé. On eût dit que ce n’étaient plus les mêmes Russes qui avaient triomphé à Koulikof : ils n’osent attendre 1rs Tartares, et s’enferment daus leurs places fortes. Dmitri s’enfuit à Kostroma . On résista trois jours devant Moscou, qui fut prise et pillée; trop tard pour sa gloire, Dmitri rentra dans sa capitale, dont il essaya de réparer les désastres ; et, après s’être donné la satisfaction de détruire Riazan pour la punir de sa complicité avec l’ennemi, il envoya son dis Vassili s'humilier eu son nom devant Tochtamysch, et se réconcilia avec Oleg par l’entremise de l’abbé Serge.