AUTRES CAMPAGNES DE MAHOMET II
L'échec était d'autant plus sensible à Mahomet, qu’il avait résolu la conquête de l'ile de Rhodes, dont les chevaliers se rencontraient partout où il y avait des inlidèles à combattre. Il commença par exiger de l'ordre un tribut, sous prétexte que cette île avait toujours reconnu la souveraineté de Constantinople. Jean de Lis tic, alors grand maître, lui rélondit que leurs vœux les avaient faits es ennemis des musulmans et non leurs tributaires.
Une ligue venait de se former contre les Turcs; le pape Calixte III y avait fait entrer le roi de Hongrie , celui d’Aragon, le duc de Bourgogne, les Vénitiens, les Génois, les chevaliers de Rhodes et quelques princes d'Italie.
Mahomet n’attendit pas qu’on l'attaquât; il marcha sur Belgrade avec cent cinquante mille guerriers.
Cette place , située au confluent du Danube et de la Save , ‘s’élève sur une presqu’île que forment les deux fleuves. Du coté de la terre , c’est-à-dire au sud et à l’est, de bonnes fortifications la défendent. Mahomet, pour l'environner entièrement, forma une chaîne de tous ses navires, de manière à intercepter les communications par eau. Ilunyade, informé de ces dispositions , descendit le Danube avec une flottille nombreuse, qui portait des renforts et des munitions. Il aborda deux brigantins turcs , les coula, après avoir tué de sa main l'amiral ennemi ; une fois la ligne forcée , il pénétra parcelte brèche, s’emparad’une vingtaine de bâtiments et dispersa les autres. Ce
succès inspira une grande confiance à la garnison, qui trouva unecoopération active dans les bourgeois, les prêtres et même les femmes. Tous les assauts fureut repoussés ; les généraux de Mahomet périrent sur la brèche. Luimême, blessé dans une sortie, fut sur le point de tomber entre les mains des Hongrois. Hunyade eut la satisfaction de ,voir l’ennemi lever le siège ; et le même jour il mourut de ses blessures.
Mahomet venait de faire l'expérience que les chrétiens l'emportaient sur les Turcs en tactique navale et dans l’art d’assiéger et da défendre les places fortes. Une attaque combinée des Génois et des Vénitiens pouvait lui enlever Constantinople. Il résolut de mettre l’ancienne capitale de l’empire grec à l’abri d’un coup de main et d’en Mire le siège de ses États. Il s’v construisit une résidence magnifique' ; et bientôt la beauté de la situation , les avantages que trouve le commerce dans le voisiuage de deux mers au point de jonction de l’Europe et de l’Asie , y attirèrent une population considérable. Ce fut vers cette époque que ses généraux lui soumirent Athènes et le reste de la Moréc. Ainsi, tout ce qui restait de la Grèce antique tombait avec la ville qui avait hérité de ses splendeurs et de celles de Rome païenne. Pour comble d’humiliation, les chrétiens de la communion grecque, qui déjà étaient rentrés dans la ville vaincue, demandèrent au sultan un patriarche , croyant triompher de l’Église romaine, en conservant ces dogmes qui avaient fait leur isolement et leur faiblesse, et en plaçant la croix du laharum sous la protection du croissant (1).
( t ) Les Grecs orthodoxes s’écartent si peu de l’Église catholique, si ce n’est dans quelques formules, qu’on est porté à attribuer à des causes tout autres que des motif.', de conscience la séparation des deux cultes. laissons parler un historien talaque, M. Kogalnitchan.
« Les Grecs orthodoxes suivent les dogmes tels qu’ils étaient au temps du concile de Nicée; et c’est celte parfaite conformité avec l’Église primitive qui leur assure la catholicité des temps, tandis que l'Église romaine peut revendiquer la catholicité des lieux , attendu qu’elle est plus répandue sur la surface du globe.
« Les Grecs ont sept sacrements et quatre
L’UNIVERS
possession de Constantinople entraîna la conquête, non-seulement des provinces qui avaient appartenu à Tem-
graoils carêmes, pendant lesquels on doit «'abstenir, non-seulement de viande, mais de beurre, de lait, d’œufs, etc. Leurs jours maigres sont le mercredi et le vendredi. Ils ont dans leurs églises des images; mais ils proscrivent les statues et rejettent le purgatoire. Ils communient d'apres les préceptes des pères de l’église saint Basile et saint Jean Chrysostome.
- En général, la religiou grecque a eu sur le peuple une influence moins bienfaisante que la religion romaine; la cause eu est que la première, opprimée par la domination des Turcs, dans un grand nombre de pays où elle s’étend , ne pouvait pas agir ouvertement , et que, dans d’autres contrées, le gouvernement s’inquiétait peu de l'instruction des ministres de la foi. En effet, que peut-on attendre, au point de vue religieux, d’un peuple qui ne comprenait pas la messe dite en grec ou en slavon, d'un peuple qui avait de» prêtres aussi ignorants que lui-méme , et qui, n’entendant jamais la parole de Dieu sous une forme claire et éloquente, se contentait d’observer les jours maigres et les carêmes, de faire des génuflexions devant les saintes images, de faire brûler des cierges, et de répéter Guspodi pomilouï ( Kyrie Eleison ) ?
« Le clergé de l’Église orthodoxe se divise en deux classes ; les religieux ou kalugberi ( xaXoy£poi ), qui peuvent être revêtus des hautes dignités de l’Eglise, et les prêtres séculiers, qui ne peuvent des cuir ni évêques ni archimandrites. Le clergé valaque est pour ainsi dire héréditaire de père en fils; car les prêtres mondains auxquels le mariage ést permis et qui sont exempts du tribut ont l'habitude d'élever leurs enfants pour le culte des autels. Les religieux suivent la règle de saint Basile : ils reçoivent la tonsure, portent la cape, même pendant le service divin , s’abstiennent de viande toute l'année et font vœu de chasteté. Ils forment quatre classes : i* les archevêques et évéques; a* les chefs des cloîtres; 3° les religieux consacrés prêtres; 4° les simples frères. Les deux premières classes ont reçu le sacre supérieur; ils ont la haute inspection de l'Église, et sont nommés arclnnfres , ou arrhiprétres.
« Le chef des évéques ( pour la Valachie ) est l’archevêque et métropolitain de toute la Valachie qui, outre son diocèse particulier, est le chef suprême de l’Église valaquc , et ne dépend que de nom dit patriarche de Cons-
pire grec dans l’Europe orientale, mais encore celle des États de l’Asie qui s’étaient constitués à l’époque de l’établis-
tantinople Le métropolitain et les évéques
portent une mitre ornée de pierres précieuses.
« Les chefs des cloîtres sont ou archimandrites ou igumeni; les premiers gouvernent de grands monastères sans siège d’éveque, les autres administrent les biens d'un couvent de seconde classe. Les évêques sont choisis ordinairement parmi les archimandrites; mais quelquefois un simple religieux est appelé, à cette dignité : toutefois, avant sa consécration , il doit être nommé le premier jour arcliiatre et le secoud archimandrite : ce n’est que le troisième jour qu’il est nommé évêque.
« Les religieux consacrés prêtres sont bien moins nombreux que les simples frères. Ils sont divisés en deux classes : les luéromonakhes, qui peuvent célébrer la inesse, cl les hiérodiaeones, qui assistent le prêtre dans le service divin , sans pouvoir administrer les saints sacrements. Les religieux de cet ordre sont les seuls qui se soient occupés de sciences et de théologie; les prêtres mondains ne savent que leur catéchisme , et c’est à peine s'ils sont en état d’écrire.
« Les simples frères n’ont aucune dignité dans l’Église; ils poitenl le nom des divers emplois qui leur sont confiés, tels que boulangers du saint pain , portiers , etc., etc. ; ils sont aussi charges de labourer les terres de leur monastère.
« Les prêtres mondains font maigre, comme les laïques, le mercredi et le vendredi; avant d’être consacrés ils sc marient; mais, une fois veufs, il leur est interdit de contracter un nouveau mariage. Comme veufs, ils peuvent devenir archimandrites, évéques, mais après être entrés daus un monastère pour y recevoir la tonsure. Les prêtres mariés peuvent devenir économes et protoiérei ; et dans ces fonctions ils composent la dicaslérie de l’archevêque, où sont jugées les affaires de mariage, de divorce, de baptême, etc. Dans les grandes églises, les prêtres ont aussi des diacres , et des anagriostes ou lecteurs ; ce.s derniers reçoivent une consécration d’un ordre inférieur; mais ils n'administrent pas les sacrements.
« Les monastères de la Valachie sont ou consacrés (aytcpopéva) ou libres ( e>.cu8£pa). Les premiers sont dédiés aux sièges d’Antioche, d’Alexandrie, de Jérusalem , on aux monts Sinaï et Atlios. Les couvents sont régis par des a h liés envoyés par les sièges ci -dessus Dominés; ils en perçoivent les revenus et les
Bcmeut des croisés. David Comnèue régnait alors à Trébisoude; le titre d'empereur que portait le chef de ce petit
font parvenir aux siège* respectifs. Les monastères libres sont gouvernés par îles abbés que les religieux élisent eux-mémes , et dont r élection est confirmée par le prince. Tous les ans, ils lui rendent compte des revenus des doilres qu’ils dirigent, par l'entremise du métropolitain, des évêques ou du grand logolhèU , ministre de la justice et des cultes.
« Sous le règne de Rodolphe le Grand , le clergé devint une autorité temporelle absolue; et son autorité, déjà grande, s’en accrut sensiblement. Dans les temps les plus anciens le métropolitain présidait aux assemblées générales ; mais, sous Rodolphe, les évêques, les archimandrites et les abbés eurent aussi voix délibérative, soit dans les assemblées convoquées par le prince, soit dans relies où il s'agissait de l'élection du souverain. Une de ses prérogatives les plus considérables était le droit de censure. Si le prince gouvernait mal, ou qu'il abolit quelques privilèges,, le uiétropoliUin pouvait lui adresser en parlii ulier des remoulrances. Si le prince persistait, c'était devant la nation, dans le divan, dans les assemblées publiques, qu'il lui rappelait le aermeut prêle à son avènement au trône de respecter les droits du peuple.
f Tout homme d'Église ne relevait que de l'Kglise. Le simple prêtre était jugé par l'archimandrite; les archimandrites par l'évêque ; mais les évêques et l’archevêque étaient jugés par le tribunal du prince. Les prêtres mariés étaient leuus de payer à leur evèque ■inc taxe annuelle de deux à trois piastres; du reste, ils étaient affranchis de tout impôt civil. Dans les assemblées nationales ils siégeaient et comme ministres de Dieu et comme propriétaires : armés du droit divio , ils s'opposaient aux décrets du peuple, et frappaient d'anathéme ceux qui osaieut attaquer leurs privilèges.
« Dans les principautés de Moldavie et de Valachie, le moiudre couvent a trois ou quatre terrev. Primitivement ces dotations avaient été faiiei dans un but utile; car les couvents devaient supjiléer à toutes les institutions de secours et de charité qui manquaient entièrement. Dès le seizième siècle, les biens de l'Église, dans les Principautés, étaient plus considérables que ceux de tout le reale de la nation ; cet dotations étaient faitea par les princes et, à lenr exemple, par les boyards.
> La religion catholique a de tout temps été en haine aux classes inférieures du peu-
pays offusquait l'orgueil de Mahomet; il attaqua cette ville, s’en empara apres quelques semaines de siège , et conduisit
pie, quoique, en général, les princes se soient montrés tolérants. Le mot papiste, dans la bouche d'un YaUque, était synonyme de païen; et, si quelque catholique embrassait la religion grecque orthodoxe , on disait ; Il s'est fait chrétien, ou il s'est fait baptiser. Cette rcpulsiou peut cire attribuée à plusieurs causes. D'abord toute religion prescrit, quelles que soient les conditions qui la cimslilueot , la stricte observation dises dogmes, et le cèle est exclusif de sa ns turc; ensuite il était naturel que le clergé des Principautés partageât les répugnances des Grecs de Constantinople qui lut avait envoyé ses premiers pasteurs. Enfin, ce sentiment ne put que se nourrir et se fortifier au milieu des guerres que soutinrent si longtemps les peuples du Danube, d'un coté coutre les Hongrois et les Polonais, et de l’autre contre les Tores; et le dissculimcnt religieux se confondit avec la haine politique. Nous ajouterons encore que, les iulrigucs des jésuites ont contribué à ce résultat. Ils ont employé toutes surtes de moyens pour obtenir l'entrée du pays; et ils l’obtinrent souvent de la Porte, par exemple, en 1587, sous Mihne II ; mais ils ne purent jamais y faire de prosélytes. Le clergé n’avait aucun intérêt à reconnaître la suprématie de Rome ; et, quant au peuple, il aurait fallu connaître ses mœurs et sa laugue, et surtout le tirer de son ignorance, pour l'amener à une conversion solide et raisonnée. Les premiers apôtres prêchaient dans des conditions bien différentes; ils opposaient avec uu avantage incontestable la morale de l'Évangile aux désordres du monde païen; tandis que les missionnaires catholiques n'ap|iortaieiit à l'appui de leurs prétentions que la convenance d'un changement dans quelques formules.
Grâce à la langue latine, les jésuites trouvèrent des auditeurs dans les communautés hongroises des Carpathes. Rodolphe le Noir, à la prière de sa femme , la priucesse Marguerite , avait fondé un couvent catholiauc à Câmpulongu. Dans le quatorzième siècle , un évêché catholique fut aussi établi à Argeasu; mais celle fondation dura peu r en effet, le dernier évêque catholique de ce siège dont l'histoire fasse mention est Paul de Vacia, qui vivait en 1480. Malgré cette défaveur, les couvents catholiques jouissaient de privilèges qui remportaient sur ceux de l'Église grecque orthodoxe. »
Sans discuter ici les opinions de railleur
L’UNIVERS
à Constantinople le prince vaincu, qui s'était laissé déposséder sous la promesse que sa tille épouserait ce sultan et qu'il recevrait comme dédommagement le gouvernement de quelque province. Au lieu de partager un trône, la jeune princesse entra dans le sérail; et son père , accusé d’entretenir des intelligences avec le roi de Perse , fut indignement exécuté. Le prince de Lesbos eut le même sort; et la réunion de la Caramanie à l'empire, au mépris des droits des enfants de Caraman Ogli , ajouta une province considérable aux nombreuses conquêtes des Ottomans. .
Au milieu de ses succès, le sultan ne pouvait oublier que Scanderbeg l’avait vaincu. Le héros albanais se concertait avec les Vénitienspour recommencer la guerre contre les Turcs; s’il s’était montré redoutable au milieu d'un pays puvre, et entouré de ses seuls guerriers, il était probable qu'à la tête d une ligue puissante, il triompherait plus facilement encore de ceux qu’il avait tant de fois forcés à la retraite. Rarement la politique des sultans a reculé devant un crime; ils sacrifient sans hésiter leurs proches parents à la sécurité de l’État ou à leur ambition ombrageuse ; A plus forte raison ne se font-ils aucun scrupule de se défaire d’un ennemi chrétien par la ruse et l'assassinat. Mahomet, désespérant de vaincre son rival,
cité, au point de vue religieux, nous croyons qu'on nous pardonnera la longueur de cette note qui explique, en ce qui regarde l'influence des croyances, la situation des Principautés dans le grand conflit qui agite l’Europe. Le schisme est au fond de la question politique, la seule dont se préoccupe l'Europe occidentale. L'empire grec est tombé pour s’étre isolé dans son schisme; la Russie a grandi dans les mêmes conditions , et n’est arrivée qu’i une civilisation imparfaite, qui emprunte aux États avancés leurs conquêtes dans l'ordre matériel. Cet empire est menacé aujourd'hui par les causes qu'il a regardées jusqu'ici comme les plus sArs garants de sa puissance. Enfin , c’est grâce à ce schisme que la religion de Mahomet, également hostile aux deux Églises, trouve un appui momentané dans la catholicité et le protestantisme, et se prête à des réformes qui, acceptées, amèneront tôt ou lard sa ruine.
soudoya des misérables qui devaieut le poignarder. Ce complot fut découvert; mais peu de temps après, l'homme extraordinaire que la fortune venait de sauver de ce péril succomba à une maladie aiguë (1467). Peut-être le poison triomphait-il de celui que le fer d’un assassin n’avait pu atteindre. Il expira à Lisse avec la réputation du plus grand capitaine de son temps ; car aucun ne fit de plus glorieuses campagnes arec des troupes si peu nombreuses et des ressources si restreintes.