ETHNOGRAPHIE ET TOPOGRAPHIE DE LILLYH1E SUIVANT SCYLAX
Hérodote range les Hénètes au nombre des nations ulyriennes; mais Polybe et Tite-Livc les tiennent pour Paplilaoniens d’origine. Scylax, à l'exemple ‘Hérodote, passe sous silence certaines localités , ce que, du reste , la différence des temps et les changements survenus expliquent d’une maniéré naturelle. Scylax nomme le long des côtes de l'Adriatique les Diates, qu’on croit être les habitants du territoire de Jadera ou Zara ; puis, en suivant la direction sud-est, il signale ldassa, les Aliénites , Dyeta, les Aloupsi, les Olsi, les Poditæ et les Hémiones.
Parmi les iles de cette plage il range Istris, Kuretta et les Meutorides; il ajoute qu’il y en a plusieurs autres dont on ignore les noms, ce qui est d’autant plus vraisemblable que de nos jours encore les moins considérables manquent de désignations géographiques, bien que les connaissances hydrographiques faites récemment par le capitaine Gauthier aient considérablement augmenté la somme des données relatives à l'archipel Adriatique. Les Iles ci-dessus nommées nous semblent correspondre à celles de Veglia, de Cherso et de Lossini.
katarbatis. Au delà d’istris et de Litra, toujours dans la direction sud-est, est l’embouchure du fleuve Katarbatis.
Farlato, qui l'appelle Kerka, affirme que ce grand cours d'eau séparait anciennement la Liburnie de la Dalmatie comme le Telantus, aujourd'hui Zermagna, formait la limite entre cette dernière contrée et la lapidie. La double source du Titiusest placée dans la partie des montagnes que les modernes appellent Chator. Dans son cours, qui coule au midi, il reçoit à droite la Czernitza , la Bostimtza et la Toplitza (rivière des Peupliers ), dont les eaux réunies à celles du Titius forment un petit lac au sortir duquel le fleuve , qui se détourne au couchant, baigne les murs de l'aucienne Tininium. A neuf milles au-dessous, le même fleuve forme le lac de Vichovatz, et reçoit plus loin la Cicolla, rivière qui surgi i des monts Smilaïa, la Vysochitza, ainsi que la Eslerpolatza. Devenu plus
considérable, il se précipite dans le lac de Scardona , d'où il tombe dans un troisième lac, celui de Proclion non lu» de Sébenico, et se décharge enfin dans la mer, après avoir reçu pour dernier tribut les eaux de la Guduchia , à peu de distance de son embouchure. Les barques, comme au temps de Strabon, remontent jusqu’à Scardona , que Pline place à douze mille pas de la mer, mesurés en dehors du golfe.
Lorsqu’on examine avec attention le texte de Scylax, en ce qui concerne les Libûmes, on serait porté à croire qu'il ne fait que reproduire une relation plus ancienne, celle peut-être d’un autre Scylax qui voyagea parordre de Darius, au temps où la Macédoine était tributaire des rois de Perse. La fable des Hémioncs ou bâtards a trop de ressemblance avec celle des Amazones pour permettre de supposer que vers le milieu du second siècle de notre ère, temps où vivait Scylai dont nous avons le voyage, il existât une société de femmes, dont aucun écrivain contemporain ne fait mention.
Quoi qu'il en soit, Scylax signale parmi les peuples de ces contrées les llly riens, qui, a partir de la Liburnie. s'étendent jusque dans la Chaonie en face de Corcyre, île d’ Alcinoüs ; les Hiérostamnes, qui existaient probablement aux environs du Nyaphæum d’Apollonie. C’est de cette contrée que le commerce continue à extraire la poix fossile employée à calfater les vaisseaux. On y remarque encore de nos jours les phénomènes mentionnés par Elien, Vitruve et Aristote.
Parmi les villes, il remarque BylliSt dont les ruines, qui existent sur la rive droite de l’Aoüs, aujourd’hui Voïoussa, peuvent servir à déterminer le territoire des Byiliones, qu’ Étienne de Byzance place "entre les Hylles et les monts Cérauniens. Négligeant l'espace intermédiaire, il passe aux Hylles, qu’il dit être d’origine grecque et habiter quinze villes. Il donne à leur presqu’île une étendue presque aussi considérable que le Péloponcse , et place dans cette contrée le lac Lychnitis, dont les Bulimiens ou Byiliones occupaient les bords. Il ne serait pas impossibleque le premier établissement des Bulimiens en eût formé un autre, de sorte que l’on trouverait le même peuple aux bords de l’Aoùs et en
lOgl
Dalmntie dans le voisinage des Hylles; cependant DenysPériégcleditseuIement ue les Bulimiens étaient limitrophes es Hylles, et ce témoignage nous paraît d’un plus grand poids que les indications d'un texte évidemment altéré.
La presqu’île de Hyllis a donné matière a une foule de conjectures diverses, ce qui arrive toutes les fois que les données d’un problème géographique sont vagues et contradictoires. Dans l’hypothese où cette presqu’île se serait étendue parallèlement au rivage de la Dalmatie , ce qu'il faut admettre en la supposant presque aussi grande que le Peloponèse, elle aurait dû embrasser les îles situées en face de la côte jusqu’à Porno, ce qui n’est guère probable, à moins que quelque cataclysme, dont le souvenir aurait précédé l’âge mythologique, n’ait fait disparaître une vaste étendue de pays, dont les points culminants formeraient les Iles actuelles. Ce qu’on peut affirmer, c’est que le sol des plages de l’Illyrie et des lies offre une grande analogie avec celui de l'AUique.
On a supposé que la pointe de la presqu’île s'appuyait à Trau Vecchia, l’ancienne ville deTragurium. Cette position forme un promontoire arrondi.
C’est au golfe Manios que commence le Sinus Manius, aujourd'hui golfe de Solta. I.e pays des Nestiens, qui est dans le voisinage, renfermait le territoire de ïrau, de Clissa, de Spalatro, qui forme la primorié des Slaves. Dans la partie du golfe appelée Brazza , on rencontre Protexas, Craticas et Olynta, qui correspondent probablement aux îles de Zerono, Solta et Brazza. Bua, qu’un pont réunitaTrau, se rattache pour ainsi dire à la terre ferme; Pharos, aujourd'hui Lésina, Issa ou Lissa, sont situées dans Je golfe de Manios, dont l'étendue est d’une journée de navigation ; l’embouchure du Nestus et celle du Naron mesurent une distance de soixante-quatre kilomètres.
Le Nestus ou Tilurus , fleuve qui est la Cettigna des Slaves, descend de la partie des monts Ardyens qu'on appelle aujourd'hui Polog (N'emus Dci). Apres avoir réuni les eaux de ses sources primitives dans un lac, il coule au milieu de montagnes abruptes dont il se dégage an pont du Tilurus que l’itinéraire d’An-
toniu place à vingt-deux mille pas de Salone, distance qui correspond à la position de Donara. Au-dessous de ce point, c’est-à-dire au débouché des montagnes de Mossor, le Nestus se détourne à l’occident, pour se jeter daus la mer, après un cours de vingt lieues, à peu de distance d’Alomissa.
Entre cette dernière ville et l’embouchure du Naron , la côte n’offre de remarquable que les îles de Corcyre et de Mélite ( Corzola et Meieda), sur lesquelles nous reviendrons plus tard.
Au delà du pays des Nestiens, on rencontre le Naron, qui se prête à la navigation des trirèmes et des barques jusqu’à un comptoir situé à quatre-vingts stades de la mer (I). Au-dessus de ce point s’étend un grand lac; on y remarque une île de cent vingt stades , dont le sol est très-fertile. C’est de ce lac que sort le Naron.
Opus forme une île dont l’élendue varie suivant les inondations périodiques , et que des travaux de dessèchement pourraient faire cesser. Depuis le temps des Romains, le sol d’Opus s’est exhaussé de dix pieds, comme le prouvent des fouilles récentes. C'està Pocitegl que s’arrêtent les Ciopule ou Zopogli , petites barques du port d’un tonneau, qui ne rencontrent plus assez de fond pour coutinuer leur navigation. Ceendant le Naron, est le plus grand euve de la Dalmatie : son cours , en y comprenant ses sinuosités, dépasse
(i) Scylax, ainsi que l'alibé Fortis et Farlato, sont dans l'erreur, et paraissent n’avoir connu de ce fleuve que son embouchure et son cours jusqu'à Pocitegl dans l’Hcrtzégovine moderne. La ville de Narona, que Pline place avant daus les terres, u’était éloignée de la mer que de quatre-vingts stades en ligne droite. Nous conjecturons que Scylax, ayant pris la plaine de Kostok, qui est le Rastoza de Constantin Porphyrogénète , pour le lac en question , lequel n’est considérable que dans la saison des pluies et à l'époque de la fonte des neiges , aura confondu le Naron avec la Trehiza qui traverse ce grand marais ainsi que celui de la Narenla dans laquelle il se décharge. L’ile dont Scylax vante la fertilité est vraisemblablement cette partie de la campagne qui s'étend eutre la Narenla et je Nolin. C'est à cette accumulation d’eau qu’il faut sans doute attribuer l'idée du lac.
L’UNIVERS
soixante lieues de vingt-cinq au degré.
Du Naron à l’Arion la distance est mesurée par une journée de navigation.
L’étendue de la côte entre ces deux (leuves n'a que dix-huit milles de développement : mais comme, dans l’indication de Scylax, il fallait contourner la presqu’île de Sabioncello, on trouve au moins soixante-six milles, ce qui est excessif pour une journée de navigation, et cependant il faudrait encore ajouter dix milles pour la distance entre Stagno et l'embouchure de l’Arion.
Tout ce littoral appartient à l’Enchélie, qui forme aujourd'hui l’Etat de Raguse. Les Enchéliens étaient de race illyrienne : les habitants d’Epidaure, leur capitale, avaient consacré a (lad mus et à Harmonie les écueils appelés de nos jours Pettini, sur lesquels ils avaient élevé un autel à ciel ouvert. Là s'ouvrait le port de Rhizon , aujourd’hui Cataro, et tout le territoire qui s’étend jusqu'à Buthoé ( Budua ) en dépendait.
De Buthoé à Epidamne ( Durazzo) la navigation est d’un jour et d'une nuit , et le trajet par terre de trois jours. Gette donnée de Scylax est exacte. Épidamue ou Dyrrachium, ville grecque, était située dans le pays des Taulentins.
A deux journées de Dyrrachium on trouvait Apollonle, ville grecque. La distance directe serait de quarante-deux milles; mais l'obligation où l’on se trouve de rétrograder pour aller chercher les ponts, les bacs et les gués des fleuves oui coupent cette contrée, comporte des détours qu’on peut évaluer à huit milles. L'évaluation de cinquante milles, donnée par Scylax , peut donc être admise pour la distance entre ces deux villes; il en est de même de son appréciation de la distance d’Apollonie a la mer, quoique, sur ce dernier point, Pline ou plutôt ses copistes varient d’environ sept mille pas à quatre mille.
L’Aous, qui sort du mont Lingon dans la chatue du Pinde, tombe dans la mer, suivant les calculs astronomiques du capitaine Gauthier , par le 17° 21 30" à l’est du méridien de Paris.
D'Apollonie à Amanlia la distance est de 320 stades ou de quarante milles de 60 au degré. Cette ville, située dans le canton moderne de la Chimère, fut restaurée par Justinien. Constantin Por-
phyrogénète , qui a écrit l’Histoire de Basile le Macédonien , en parle comme d'une place très-forte. Elle a été le siège d'un évéché, et l'on cite son évéque Eulalius parmi les Eusébiens qui se séparèrent du concile de Sardique.
Oricum, port de mer, était la capitale de l’Oricie , contrée qui se prolongeait dans la mer Ionienne et qui corres-
Knd à l’étendue de pays appelée par i modernes le Val d’Orco. Scylax désigne par le nom Oricie la partie des monts Cérauniens qui se termine par le lac de Linguetta, en face de l’tle Sason, aujourd'hui Saseno ou Sasino:
Les Oriciens avaient pour voisins les Alintanes qui habitaient au-dessus de l’Amantide, les Chaoniens et les Hédoniens. Les ruines d'un temple que ces peuples avaient élevé à Pluton, sur les noras de l'Achéron, subsistent encore.
Quanta l'Ërythie, Arrienla place dans l’Ëpire, non loin d'Ambracie.