INTRODUCTION ET PROGRÈS DU CHRIS- TIANISME DANS L’ALBANIE
La tradition rapporte au temps de Néron la fondation de l'Église albanaise. Les progrès de la foi nouvelle furent lents dans lTllyrie macédonienne : ce ne fut que sous le régne de Constantin qu’on y remarqua les bienfaits de l'influence religieuse. Depuis cette époque les Mirdites ne varièrent plus dans leurs croyances. Soumis aux empereurs aussi longtemps que ceux-ci n’essayèrent point de violenter leurs consciences, ils restèrent fidèles à l'unité romaine lorsque le schisme dePhotius vint séparer l’Église d’Orient de celle d’Occident. C’est à cause de leur attachement inébranlable au rite latin qu’on trouve leur pays désigné par le nom de Lalinia (I). F-ri vain Ton mit en œuvre pour les détacher de la communion romaine les promesses et les menaces; les attaques dirigées contre leurs libertés semblent même les avoir affermis dans leurs croyances.
Cette résistance courageuse valut à la Prévalitaine et à l’Illyrie macédonienne quelques franchises; mais en même temps les Grecs ne cessaient de les considérer comme des sujets à demi rebelles. La cour de Constantinople voyait d’un œil
(i) Dans noe lettre adressée aux Ragusais, en 983, on lit : Constantin, serviteur de Dieu, né du sang romain, ami des amis du Christ , empereur de Constantinople, de Brousse.d'Amasic, de LATINIA, de Romanie, de Bulgarie, d’Esclavonie jusqu'à la Brave et la Save, et au delà du Danube jusqu’au cercle polaire, etc.
jaloux le pontife de Rome nommer aux sièges épiscopaux de l’IUyrie méridionale, dont une seule province, le Monténégro, était soumise à l’Église d’Orient.
Jusqu’au quatorzième siècle, l'influence du Bas-Empire, qui marchait rapidement vers sa décadence, était contre-balancée dans son action religieuse sur l’Illyrie catholique par les rapports de Venise, de l’empire d’Allemagne et de la Hongrie ; mais, depuis la prise d'Andrinople par Amurat et surtout après la bataille de Nicopolis, la persécution changea de caractère; aux sentiments nés du schisme succéda la haine d’une secte, ennemie implacable de la chrétienté. C’était dans l’Illyrie et les provinces Danubiennes
Îue le Bas-Empire eût pu opposer aux ures une résistance efficace ; mais , au lieude réunir ces peuples par le lien d'une fédération qui en aurait fait des alliés puissants et intéressés à sa conservation, il s’était, appliqué à les opposer les uns aux autres, pour les opprimer séparément. On peut juger par les efforts d’une poignée de braves de ce qu’aurait pu faire une résistance générale et combinée. Déjà maîtres de la Tbrace, les Turcs avaient à peine passé le Vardar que l’incendie des villages illyriens signala leur arrivée. Les Mirdites coururent aux armes, et arrêtèrent les vainqueurs au pied de leurs montagnes.
Au cri de guerre de Scanderbeg , les La tins s'élancèrent sur les rochers de Croïa, et le Sultan recula devant le génie de son rival et le dévouement héroïque de quelques guerriers.
Après la mort de ce grand capitaine, les Mirdites virent la fortune changer brusquement ; harcelés par les Guègues, qui avaient embrassé l’islamisme, ils sc décidèrent à passer en grand nombre dans l’Abruzze, où Ferdinand avait cédé en propriété à Castriot la terre, de Saint- Pierre in Calatina. Plus tard ils offrirent la couronne de Macédoine à Emmanuel Ier, duc de Savoie; mais cetle offre ne fut pas agréée.
A la nouvelle des malheurs qui accablaient les fidèles Mirdites, le pape Paul II s'empressa d’envoyer des secours apostoliques dans l'Illyrie latine.
Ses légats, en arrivant sur 'cette terre arroscedusang des martyrs, trouvèrent un peuple exaspéré par la persécution,
retiré au milieu des montagnes et des forêts , où ils n’avalent pour demeures que de misérables huttes ou des cavernes .