‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 85 sur 300 · FEMMES ALBANAISES · texte numérisé non relu

FEMMES ALBANAISES

Les femmes albanaises diffèrent entre elles selon qu'elles appartiennent aux races que nous venons de signaler. Chez les Guègues, leur regard fier, leur démarche imposante annoncent dignement les épouses ou les mères de ces intrépides guerriers. Des pistolets arment leur ceinture, des dogues terribles les escortent; elles n'attendraient pas pour se venger d’une insulte le secours de leur famille offensée. On conçoit que la crainte doit être étrangère à des enfants nourris et élevés par de telles femmes. Quand

116 I/UNIVERS

le foyer est menacé, elles prennent les armes, et vont se placer dans les rangs des guerriers, dont elles excitent le courage. Chrétiennes ou mahométanes, on ne les voit jamais porter le voile que la défiance a rendu obligatoire dans les moeurs des Orientaux. La pudeur et la chasteté semblent se fortifier chez elles du sentiment de leur courage ; et c’est en donnant une nombreuse famille à leurs époux qu’elles s’assurent de leur affection.

Les femmes des Toxides font l’ornement des harems. A la beauté du visage elles joignent la grâce et la délicatesse des formes ; quelques-unes auraient pu servir de modèles à ces statues grecques représentant des nymplies et des divinités.

Dans l'Acrocéraunie le type féminin est pauvre et porte le cachet de la souffrance et de la dégradation ; c’est pire encore chez les Arberi ou Avares, nui avoisinent le golfe d’Avlona. Leur délassement favori est la natation ; elles y excellent et peuvent délier les plus intrépides plongeurs.

Les femmes chamides ont l’angle facial grec ; leurs yeux sont grands et noirs, et leur longue chevelure est d’un brun châtain ; leur teint, quoique peu clair, a de la délicatesse.

Chez elles l’attache du cou est irréprochable ; leur port a de l’élégance, et la linesse des extrémités les fait aisément reconnaître pour Albanaises.

Cependant ces femmes si belles se fanent prématurément. Nubiles à douze ans, et mères à l’âge où les Européennes sortent à peine de l'enfance, elles offrent à vingt-cinq ans les premiers symptômes de la vieillesse. Chez les Nlahométans , cette déchéance précoce de leurs charmes empoisonne une existence dont Tonique but était de briller et de plaire ; si la mort vient à leur ravir leurs enfants, sûres d’étre délaissées, elles succombent bientôt elles-mêmes au découragement et aux regrets.

La vie du harem explique cette faiblesse et la rend excusable. Destinée aux plaisirs d’un maître , la femme passe dans ses bras sans l’avoir jamais vu. Comme sa faveur est un triomphe sur une rivale, elle sait qu’une rivale peut la supplanter à son tour ; et son régné est une lutte continuelle où s'épuisent en peu de

temps toutes ses forces morales. C’est surtout pour conserver son empire qu’elle souhaite d’être féconde , et lorsque la nature lui a refusé les douceurs de la maternité, elle recourt à des philtres dont l’effet détruit sa santé et abrège ses jours.

Les femmes guègues et les paysannes chrétiennes ont une destinée plus heureuse; les jouissances de la famille leur suffisent, et la religion chrétienne leur donne la résignation pour supporter les maux qu’il n'est pas donné même à la vertu de détourner.

Page 1